Régions GRAND OUEST entretien avec Patrick Mareschal

« Je ne crois pas à une desserte en tram-train du futur aéroport »

Après des années de flottement, le projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) commence à devenir une réalité avec un consensus autour du financement et la désignation, cet été, du concessionnaire pressenti – le groupe Vinci. Reste de nombreuses questions à régler, comme la desserte. Le point avec Patrick Mareschal, président du conseil général de Loire-Atlantique et du syndicat mixte d’études de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

– Pour quelles raisons, selon vous, la candidature du groupe Vinci a-t-elle été préférée à celle de SCN Lavallin pour construire puis exploiter le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

En termes d’investissement, la proposition de Vinci était moins consommatrice de fonds publics. Vinci a de plus monté son projet dans l’esprit d’un gestionnaire d’équipement public et pas uniquement d’un constructeur. Enfin, il a pris avant l’été la gestion des aéroports de Rennes et de Dinard, après avoir obtenu en 2010 celle de Chambéry, Clermont-Ferrand, Grenoble et Quimper. La stratégie est logique et plutôt habile.

– Combien va coûter la construction de cet aéroport ?

Le coût s’avère légèrement moins élevé que prévu, soit aux alentours de 570 millions d’euros HT (valeur 2010), contre 581 millions (valeur 2006). La construction des deux pistes, de l’aérogare et des parkings mobilisera environ 450 millions, celle de la tour de contrôle 37 millions. La desserte routière, assurée par une voie apaisée entre les axes Nantes-Rennes (RN137) et Nantes-Vannes (RN165), coûtera 81 millions.
L’Etat et les collectivités locales subventionnent respectivement le projet à hauteur de 138,5 millions et 115,5 millions, Vinci prenant la différence à sa charge.

– Comment sera réparti ce financement entre les quatre collectivités : conseil général de Loire-Atlantique, Nantes Métropole, les conseils régionaux des Pays de la Loire et de Bretagne ?

Un accord d’engagement de l’Etat et des collectivités a été signé le 15 juillet, mais chaque collectivité votera, simultanément le 18 octobre, sa contribution (lire ci-contre). Nous réfléchissons également à l’évolution du rôle du syndicat mixte d’études de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes comme collecteur unique des contributions financières de chaque collectivité en assurant le portage financier. Il serait en plus chargé de récolter les recettes issues de deux sources : le produit de la clause de retour à meilleure fortune (le concessionnaire rembourse les collectivités dès que l’aéroport dégage des bénéfices) et celui de la vente éventuelle de l’aéroport Nantes Atlantique dont l’Etat est propriétaire (NDLR : le produit de cette vente, jusqu’à un montant maximal de 50 millions d’euros, sera reversé aux collectivités, au prorata de leur apport). Ce syndicat mixte mènera également la réflexion et les actions relatives à l’aménagement des territoires concernés.

– Quelles sont vos exigences en ce qui concerne les aménagements autour de l’aéroport ?

Nous souhaitons préserver un espace vert de 17 000 hectares entre l’agglomération nantaise et l’aéroport de façon à ne pas créer une nouvelle banlieue. Au total, la superficie mobilisée n’excédera pas 700 hectares, dont une petite partie seulement sera artificialisée.
Enfin, le syndicat mixte envisage avec la communauté de communes Erdre et Gesvres qui n’est plus farouchement opposée à l’aéroport, la création d’un contrat de territoire pour planifier le développement des zones à proximité du nouvel équipement.

– Plusieurs alternatives ont été évoquées pour relier Notre-Dame-des-Landes à un réseau de transport en commun. Quelles sont selon vous les plus pertinentes ?

Nous avons une structure urbaine très diversifiée et je ne crois pas à un accès par le tram-train à partir du centre-ville de Nantes. De fait, une étude réalisée par le cabinet TTK sur la fréquentation entre la gare de Nantes et Notre-Dame-des-Landes a montré que seuls 20 % des usagers l’utiliseraient pour aller à l’aéroport, le reste correspondrait à des déplacements urbains. De plus, ajouter à la ligne de tram-train Nantes-Châteaubriant une bifurcation à partir de La Chapelle-sur-Erdre vers l’aéroport, comme le souhaite Jean-Louis Borloo, coûterait 120 millions d’euros. Qui devra en supporter le coût ?

– La création d’une ligne ferroviaire rapide entre Nantes et Rennes avec un arrêt à Notre-Dame-des-Landes est-elle une solution satisfaisante ?

Je ne vois aucun intérêt à créer cette ligne spécifique. Toutefois, RFF doit faire, pour le compte des régions Pays de la Loire et Bretagne, des études sur la réalisation de cette nouvelle voie rapide Rennes-Nantes pouvant desservir l’aéroport. Je préférerais une liaison déjà reliée au réseau ferroviaire national qui desservirait Notre-Dame-des-Landes à partir de Saint-Etienne-de-Montluc par une navette cadencée en autobus au début, puis par une voie ferrée qu’il faudrait construire. Cela présenterait aussi l’avantage de connecter plusieurs villes du Grand Ouest au nouvel aéroport.

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Un aéroport à énergie positive

Vinci signera en fin d’année avec l’Etat le contrat de concession portant sur la reprise de l’exploitation à partir du 1 er janvier 2011 des aéroports Nantes-Atlantique et de Saint-Nazaire/Montoir, et de la construction du nouvel équipement à Notre-Dame-des-Landes, puis de sa gestion pendant cinquante-cinq ans. Le groupement de conception-construction est composé de Vinci Construction France, Eurovia, ETPO, du paysagiste Bernard Lassus, ADPi, Sogreah, SCE, Setec et Elithis. L’architecte Jacques Ferrier a conçu un aéroport BBC, doté d’une centrale photovoltaïque, qui devrait produire plus d’énergie qu’il n’en consommera. La concession impose de plus au gestionnaire d’investir 40 millions d’euros dans l’intégration environnementale de la plate-forme. Ainsi, les haies bocagères seront conservées et les parkings ne seront pas bitumés ou bétonnés.

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Financement : les collectivités locales font bloc

Nantes Métropole, le département de la Loire-Atlantique et les régions Bretagne et Pays de la Loire ont répondu favorablement à la demande de participation financière formulée par l’Etat. « Nous avions émis un certain nombre de conditions, comme un apport des collectivités territoriales inférieur à celui de l’Etat et sous forme d’avances remboursables ou comme la desserte ferroviaire de l’aéroport. Ces conditions ont été respectées par l’Etat », déclare Jacques Auxiette, président de la région Pays de la Loire qui participera à hauteur de 40,4 millions d’euros au projet, soit 35 % de la part des collectivités. La région Bretagne versera 28,5 millions d’euros (25 %), le département Loire-Atlantique 23,1 millions (20 %), Nantes Métropole 17,9 millions (15,5 %) et les communautés d’agglomération de la région nazairienne et de l’estuaire (Carène) 2,9 millions (2,5 %) et Cap Atlantique 2,3 millions (2 %). Au total, les 115,5 millions d’euros des collectivités iront à l’Etat sous la forme d’une contribution d’investissement globale et forfaitaire, et pour l’ensemble des opérations à réaliser (plate-forme, informatique, voie de desserte). « A l’Etat d’en assurer la répartition avec le concessionnaire », explique Patrick Mareschal, président du conseil général de Loire-Atlantique.
Les collectivités acteront ces décisions simultanément le 18 octobre et un syndicat mixte, qui empruntera ces 115,5 millions d’euros sur trente ans, sera ensuite créé. Pour Jean-Marc Ayrault, président de Nantes Métropole, la création de cet aéroport « vient conforter tout ce qui a pu être entrepris ces dernières années ». « Nous sommes enfin dans une nouvelle étape qui est celle de la réalisation », conclut-il.

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Les dates clés

1965 : recherche d’un site par l’Etat.
1974 : création d’une ZAD (zone d’aménagement différé) de 1 225 ha après enquête.
2000 : décision du gouvernement de lancer le projet.
Décembre 2002-mai 2003 : débat public.
Octobre-novembre 2006 : enquête publique.
Février 2008 : décret déclarant le projet d’utilité publique.
1 er janvier 2011 : signature du contrat de concession par Vinci.
2013 : début des travaux.
2017 : ouverture de l’aéroport.

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