Autres Philippe Bonnave

« Je casse les silos pour rendre notre organisation plus industrielle »

Mots clés : Entreprise du BTP - Établissements industriels, agricoles, ICPE

Le P-DG de Bouygues Construction, nommé en mars 2015, parle pour la première fois. Il dévoile sa stratégie pour révolutionner le major du BTP.

Vous êtes arrivé à la tête de Bouygues Construction il y a un peu plus d’un an. Quelles ont été vos premières actions ?

J’ai impulsé un programme pour réinventer notre groupe autour de deux grandes orientations. D’abord, les éléments culturels que nous devons absolument tous partager ont été affirmés. Dans le même temps, j’ai procédé à une réorganisation complète de la maison. J’ai mis en place une organisation plus cohérente, plus industrielle, en cassant tous les silos. La prochaine étape sera la présentation de notre plan stratégique en octobre.

Quels sont ces « éléments culturels » qui doivent être « absolument partagés » par le groupe ?

La priorité, c’est la santé et la sécurité de tous les collaborateurs partout dans le monde. Sur un chantier au Maroc, à Hong Kong, au Myanmar, à Paris ou à Bordeaux, nous devons mettre en œuvre les meilleurs outils, les meilleurs standards, la meilleure qualité. Nous travaillons sur des sujets d’ergonomie et de lutte contre les addictions. Nous n’avons plus le droit de consommer la moindre goutte d’alcool sur nos chantiers, au siège ou ailleurs. C’est un message de santé, soutenu par une politique d’aide de tous ceux qui acceptent d’être soignés. Et ce n’est pas uniquement la direction qui les accompagne, mais l’ensemble du corps de l’entreprise, c’est remarquable.

Ces sujets relèvent-ils de la responsabilité de l’employeur ?

La France est un pays arriéré du point de vue de la lutte contre l’alcool dans l’environnement professionnel. Le Code du travail indique que l’on peut boire de la bière, du poiré, du vin… sauf si cela est susceptible de porter atteinte à la sécurité et à la santé du collaborateur ! Je considère que, sur les chantiers, boire de l’alcool est toujours susceptible de porter atteinte à la sécurité. Nous avons établi des règlements intérieurs très clairs, avec la possibilité de réaliser des tests. Nous testons tout le monde, y compris nos sous-traitants. Jamais un chef d’entreprise n’a refusé que ses collaborateurs soient soumis à des tests, aucun ne nous a reproché de renvoyer chez lui un salarié positif.

En plus de l’alcool, ces tests concernent-ils les stupéfiants ?

Bien sûr. C’est un vrai souci : on minimise le rôle joué par les drogues et par l’alcool dans les accidents du travail.

Dans quelle proportion ?

Je n’ai pas une vision globale mais, souvent, dans les accidents gravissimes, l’un des opérateurs est sous l’emprise de la drogue ou de l’alcool. Le dernier accident mortel que nous ayons connu a eu lieu à Flamanville et l’opérateur à l’origine de l’accident était sous l’emprise de stupéfiants. Pourtant, sur place, nous avons eu des débats sans fin avec l’inspection du travail pour pouvoir réaliser des contrôles. En appel, les tribunaux nous ont relaxés du chef de l’homicide involontaire. Nos efforts pour combattre ces problèmes ont sans doute été pris en considération.

Comment réagissez-vous en cas de manquements ?

Nous avons complètement revu le positionnement de la sécurité dans le groupe. Un directeur santé-sécurité m’est directement rattaché et il peut arrêter tous les chantiers qu’il visite. Nous pouvons faire une enquête, et les sanctions tomberont en fonction des responsabilités. De même, chaque...

Vous lisez un article de la revue Moniteur n° 5885 du 09/09/2016
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X