Actualité Isolation

ITE, bientôt l’âge de raison ?

Mots clés : Efficacité énergétique - Isolation thermique - Réglementation thermique et énergétique

Le renforcement des exigences réglementaires de performance énergétique a fait bondir le marché de l’isolation thermique par l’extérieur (ITE). Devenue une solution parmi d’autres, elle semble avoir gagné ses lettres de noblesse.

La ruée vers l’or serait-elle terminée ? En tout cas, la croissance du marché de l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) ralentit. Selon la dernière étude de TBC Générateur d’innovation, société de conseil et d’études spécialisée dans l’innovation pour le bâtiment et l’écoconstruction, le marché n’a progressé « que » de 6,5 % en 2013. Il faut dire qu’il a été multiplié par trois depuis 2009 passant de 6,7 à 19,8 millions de m² installés en France, pour atteindre entre 20 et 25 % de parts du marché de l’isolation. « Le marché pourrait être multiplié par deux d’ici quatre à cinq ans », estime Nicolas Motte, directeur général France de l’industriel Baumit. Des chiffres loin d’être anecdotiques dans une économie globale en repli et où la tradition de l’isolation thermique par l’intérieur (ITI) est bien ancrée.

« L’ITI reste prédominante, confirme Annabelle Vounatsos, responsable marketing de TBC. Les acteurs industriels historiques ont beaucoup d’influence. » Si l’ITI reste leader, c’est aussi parce que les industriels de la filière ont réagi. Ainsi, nombreux sont les acteurs de la préfabrication béton qui ont revu leur gamme en développant des prémurs à isolation intégrée ou des blocs avec rupteurs de ponts thermiques… Notons aussi l’apparition de bétons plus performants « thermiquement » (Thermédia de Lafarge par exemple). De gros efforts ont été consentis également du côté des dispositifs de doublage. De sorte que la France n’a pas délaissé l’ITI même si l’ITE a gagné du terrain.
La loi « Grenelle 2 » et la RT 2012 ont remis au goût du jour cette dernière technique marginalement pratiquée depuis plus de trente ans en France. « Pour traiter les ponts thermiques, l’ITE se positionne très bien car elle permet un chantier propre, rapide, sans réduire les surfaces », estimait récemment dans nos colonnes André Pouget, dirigeant du bureau d’études Pouget Consultants. Charles Thourot, directeur de la promotion de Roxim, concède que « le choix du procédé est assez contraint par les études thermiques, compte tenu de la situation et de la forme du projet », montrant en exemple son programme Newcastle à Montpellier. « En fait, beaucoup de maîtres d’œuvre et d’entreprises ont pensé que, pour respecter la RT 2012, recourir à l’ITE était presque indispensable, explique Annabelle Vounatsos. C’est ce qui a vraiment fait décoller le marché. »

Vive la RT 2012

« Au-delà du R + 4 ou R + 5, la continuité d’isolation offerte par l’ITE est particulièrement intéressante pour respecter la RT 2012, mais aujourd’hui la palette de solutions n’a jamais été aussi large », estime Hervé Ravenet, chef de produits ITE systèmes minéraux chez Weber (Saint-Gobain). Céline Tamaillon, directrice marketing de Wienerberger, confirme : « Le marché de l’ITE, qui a atteint une certaine maturité, s’oriente aujourd’hui vers davantage de substitution des matériaux. Et séduit des maîtres d’ouvrage ou des architectes qui réfléchissent vraiment en coût global. » D’autant qu’outre l’enduit, les vêtures et bardages, qui permettent de nombreuses variations esthétiques et nécessitent peu d’entretien, gagnent du terrain (45 % de parts de marché contre 38 % en 2009).
Reste que, dans l’absolu, l’ITE est une solution onéreuse. « Pour l’instant, personne n’a réalisé d’étude comparative, mais il y a quatre à cinq ans, l’ITE était environ trois fois plus chère au m² que l’ITI, explique Carlos Ferreira, secrétaire général de l’Union nationale des entrepreneurs d’enduits de façades (Uneef). Ainsi, il faut compter environ 30 à 40 euros HT par m² fourni posé pour l’ITI, 80 à 100 pour l’ITE ‘‘ enduit sur isolant ’’ et 180 pour le bardage. » Mais gare aux comparaisons hâtives : les avantages de l’ITE pour traiter les ponts thermiques, améliorer l’étanchéité à l’air peuvent impacter sur le choix des autres équipements du bâtiment. S’il n’y a évidemment pas de recette unique, les opérateurs ne prennent en général pas le temps de faire des études thermiques et des consultations d’entreprises comparées des deux types d’isolation avec le mix de solutions et d’équipements qui les accompagnent. « L’ITE n’est plus aujourd’hui l’eldorado qu’il a pu être », analyse Marc de Sainte-Foy, chef de produit Façade et ITE chez Tollens (groupe Materis Paints). Pour autant, il continue à aiguiser les appétits. Ainsi, au printemps dernier, l’autrichien Baumit, dont l’ITE est le cœur de métier, annonçait son intention d’atteindre 20 % de parts de marchés à moyen terme en France.

Gros potentiel pour la rénovation

« Nous installons 40 millions de m² d’ITE par an, pose Nicolas Motte. La France est un marché complexe par sa taille, mais nous estimons qu’il a un potentiel très important. Nous visons principalement le logement collectif construit avant 1990. » Bonne pioche car, selon l’étude de TBC, le marché de la rénovation consolide sa position et s’impose comme le segment le plus dynamique en matière d’ITE. En effet, les ventes d’ITE ont même reculé dans le neuf en 2013. En cause, toujours selon l’étude, le net repli des permis de construire et un contexte économique et financier qui pèse sur les projets d’investissement. « Le logement social demeure le principal débouché en surface d’ITE installée », précise Annabelle Vounatsos. Céline Tavaillon, également secrétaire du Syndicat national des bardages et vêtures isolés (SNBVI), estime que « le marché de la rénovation n’est pas arrivé à maturité. Non intrusive, l’ITE laisse augurer d’un bon potentiel d’activité avec des résultats thermiques et esthétiques très intéressants ». Même chose pour l’individuel : « L’intérêt de la clientèle est manifeste. Nous conseillons l’ITE quand l’état et la performance énergétique de la maison nécessitent une intervention assez lourde », explique Béatrice Duguet, directrice générale de Phénix Evolution, filiale de rénovation de Geoxia.
« L’ITE a un tort, c’est que cette technique a trente ans, plaisante Carlos Ferreira, qui est aussi secrétaire général du Groupement pour l’isolation thermique par l’extérieur (GITE-FFB). Cela a paru simple à beaucoup d’entrepreneurs. Les documents normatifs n’existaient pas, seuls les industriels prodiguaient des formations. Conséquence : il y a eu beaucoup de malfaçons [notamment avec les enduits, NDLR], ce qui a détérioré l’image de la technique. » Ce mode d’isolation suppose en effet un travail de précision et donc du temps pour traiter les points particuliers (gonds de volets, balcons, bouches de ventilation…).
La situation a évolué : les entreprises se forment, sont sensibilisées à la conception, la règlementation incendie, l’organisation, le choix des produits, les assurances, etc. Les DTU (documents techniques unifiés), en cours d’écriture, sortiront d’ici deux à trois ans. Qualibat, de son côté, propose trois qualifications ITE et le nombre d’entreprises qualifiées a crû régulièrement depuis 2011 (1 083 détenaient au moins une qualification en mars 2014 contre 835 en 2011).

Le booster de l’écoconditionnalité

« Nous anticipons une forte augmentation de la demande ces prochains mois, notamment pour la technique ‘‘ enduit sur isolant ’’ à la faveur de la mise en place de l’écoconditionnalité », avance Pierre Girard, directeur de la politique technique chez Qualibat. Car, dès le 1 er juillet 2014, pour bénéficier des aides financières de l’Etat, les particuliers devront choisir une entreprise titulaire d’un signe de qualité Reconnu garant de l’environnement (RGE). « Nous avions du mal à remplir nos formations. L’écoconditionnalité va favoriser la montée en gamme de la filière », se réjouit Marc de Saint-Foy de Tollens. Annabelle Vounatsos reconnaît que seulement « deux tiers des répondants à l’étude TBC ont effectué une formation spécifique à l’ITE ». Il n’existe pas de métier vraiment consacré à cette technique. Le GITE-FFB, par exemple, regroupe treize métiers qui se positionnent sur ce marché. Les applicateurs sont avant tout des peintres ou des spécialistes de l’enduit de façade (50 % environ), mais aussi des façadiers, des charpentiers, des carreleurs des maçons des plâtriers, etc. « Peut-être que, d’ici deux à trois ans, des entreprises seront véritablement spécialisées uniquement dans l’ITE », suppose Carlos Ferreira. En tout cas, les entreprises qui faisaient uniquement de l’enduit de façade n’existent presque plus. Dans le camion, elles ont aussi la boîte à outils ITE. Reste que Céline Tavaillon prévient : « Maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre doivent être raisonnables sur les prix sinon les chantiers sont inévitablement mal faits. » Et Carlos Ferreira d’ajouter : « Les entreprises doivent continuer à se former et les assureurs à mettre le nez dans le sujet. » C’est à ces conditions que le métier obtiendra véritablement ses lettres de noblesse et profitera du relèvement des exigences en matière de travaux d’isolation.

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L’isolation par l’extérieur modifie les matériels

Pour faire face à la demande croissante des chantiers du bâtiment, les loueurs et les fabricants adaptent leur matériel aux contraintes de cette nouvelle technique. Thierry Michel, directeur de Laho Tec, spécialisé dans la location de plates-formes suspendues temporaires, le confirmait l’an dernier dans notre supplément matériels : « L’isolation thermique par l’extérieur (ITE), marché en expansion, est porteur pour l’activité de location de matériels. » La situation n’a pas changé : depuis 2011, la demande de plates-formes à crémaillères a fortement augmenté, tout comme celle d’échafaudages volants ancrés en partie haute des immeubles.
Mais la nécessité de percer les façades pour fixer l’isolant entraîne un léger ballant et certains bâtiments ne peuvent pas accueillir des structures suspendues du fait de leur architecture. Il a donc bien fallu adapter les matériels. Etudiées et conçues par le loueur pour répondre aux besoins spécifiques de ce type d’isolation, les plates-formes suspendues à mâts Fixeo ont été développées dès 2008.
Autre industriel incontournable : Layher France croit au développement de l’ITE et continue de réfléchir à des solutions permettant d’améliorer les conditions de travail et de sécurité dans toutes les phases, du montage à l’approvisionnement.

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Chiffres clés

19,8

millions de m² d’isolation thermique par l’extérieur installés en 2013 (6,7 millions en 2009).

+ 6,5 %

C’est la croissance du marché de l’ITE en 2013, après + 14,5 % en 2012.

70 %

des professionnels de l’ITE tablent sur une augmentation des ventes en 2014.

56 %

des applicateurs poseurs et distributeurs pensent que le marché va se développer en priorité dans la rénovation de maisons individuelles, 33 % misent sur le logement social collectif et 22 % sur les copropriétés privées.
Source : TBC.

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