Enjeux

Isolants polyuréthane : autopsie d’une crise

Pénurie et envolée des prix frappent une filière qui anticipe déjà des retards de chantiers.

C’est une crise comme le BTP en a rarement connu. Depuis plusieurs semaines, la pénurie de méthylène diphenyl diisocyanate (MDI), un composant indispensable du polyuréthane (PU), affecte toute la filière des isolants en PU, qui pèse 10 % du marché de l’isolation thermique dans la construction en France (24 millions de m²). Manque de produits, envolée des prix, retards de livraison… « Le Moniteur » fait le point sur un problème dont personne n’entrevoit l’issue avant la fin de l’année.

Comment en est-on arrivé là ?

Parmi les composants nécessaires à la fabrication du PU, il en est un plus important que les autres : le MDI, un dérivé du pétrole qui pèse pour 70 % dans la formule chimique. Ce marché du MDI se trouve sous tension de longue date, les volumes répondant à peine à la demande mondiale des secteurs de la construction ou de l’automobile. Or, depuis septembre dernier, une invraisemblable série d’accidents restreint la production du MDI, concentrée entre les mains de cinq producteurs mondiaux : les allemands Covestro (Bayer) et BASF, les américains Dow Chemical et Huntsman, et le leader chinois Wanhua Chemical.

Tout commence le 20 septembre dernier. En Chine, d’abord, une explosion paralyse une usine de Wanhua et sa production de 600 000 tonnes par an. L’usine tourne depuis au ralenti. Celle d’Huntsman, aux Pays-Bas, subit un « arrêt de maintenance » depuis la fin 2016. Le 25 avril, c’est dans une unité allemande de Covestro qu’une explosion bloque la fabrication. Le même jour, Borsodchem, qui appartient à Wanhua, fait part de « problèmes de production » dans son usine hongroise. Résultat, le volume de MDI disponible chute, ses délais de livraison s’allongent et son prix s’envole. Il avait déjà presque doublé en avril, par rapport à la fin 2016. Les fabricants de panneaux isolants PU Soprema, Recticel, Iko, Knauf et Unilin sont pris en étau. Leur syndicat professionnel, le Syndicat national des polyuréthanes (SNPU), reconnaît officiellement la crise le 26 avril. « Les quantités de MDI disponibles ne [satisfaisant] pas les besoins de nos usines en mai, le déficit est de 30 % », alerte alors Hervé Fellmann, son président. Une partie des lignes de production est depuis à l’arrêt.

Quelles conséquences sur les chantiers ?

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Vous lisez un article de la revue Moniteur n° 5925 du 09/06/2017
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