Enjeux

Inondations sur la Côte d’Azur : les stratégies de prévention en question

Mots clés : Sécurite civile

Investir dans la protection ou intégrer le risque au fonctionnement urbain… Que choisir ?

Vingt morts, 32 communes en état de catastrophe naturelle (1), des centaines de millions d’euros de dégâts… La Côte d’Azur et le Var ont payé un lourd tribut aux inondations, et cet événement tragique renvoie à des drames similaires : 17 victimes dans l’Hérault, le Gard et le Var en 2014, 25 victimes dans la région de Draguignan en 2010… En cause dans la nuit du 3 au 4 octobre sur la Côte d’Azur : des orages diluviens, localisés sur 100 km² avec des quantités d’eau phénoménales (près de 200 mm en l’espace de deux heures à Cannes, 80 à 120 mm entre Antibes et Nice, 74 mm en une heure à Nice, selon Keraunos).

Pour autant, relèvent plusieurs experts, si de tels épisodes orageux sont rares, ils ne sont pas exceptionnels sur la Côte d’Azur au cours des décennies écoulées et sont même constitutifs de son climat. En réalité, c’est l’intensité du phénomène – des dizaines de millions de mètres cubes d’eau déversés en très peu de temps -, sur une étroite bande littorale très urbanisée et adossée à des pentes en contrefort – deux facteurs aggravants -, qui ont entraîné les débordements rapides des cours d’eau et les inondations par ruissellement dans les zones denses.
Ces événements aussi violents que brefs soulèvent un flot de questions sur la prévention, la fiabilité des systèmes d’alerte, l’urbanisation des zones à risques, la consommation foncière qui fait disparaître les terres agricoles alors qu’elles pouvaient servir de tampons aux eaux de ruissellement… Confronté à ce risque, le département des Alpes-Maritimes compte 51 plans de prévention du risque inondation (PPRI) approuvés. L’élaboration ou la révision de 7 PPRI pour intégrer les dispositions de la directive européenne inondation a été prévue. Six programmes d’actions de prévention des inondations (Papi) ont également été engagés par les acteurs du territoire, incluant des investissements et des travaux pour améliorer les prévisions, réduire la vulnérabilité, réaliser des ouvrages de protection, etc.

Les limites des PPRI.

Ces dispositifs ont-ils montré leurs limites ? Il faut effectivement noter que les PPRI ne prennent pas en compte les phénomènes de ruissellement urbain. Autre problème : la question de l’aléa. A Biot, commune sévèrement touchée, un bassin de rétention ainsi que des travaux de protection sur plusieurs vallons avaient été réalisés en 2013, mais les niveaux de crue retenus (centennal et trentenal) se sont révélés insuffisants. Faudrait-il à l’avenir investir dans les ouvrages de protection résistant à des crues millénales ? Pour Philippe Gourbesville, directeur de Polytech’Nice Sophia, spécialiste en hydrologie, « ce sera hors de portée des capacités de financement des collectivités ou des aménageurs, et il faut admettre qu’à l’avenir les villes ne pourront pas se protéger de tels phénomènes. » Le directeur plaide donc « pour une analyse précise de ces risques, de leur impact sur le fonctionnement urbain et une préparation des populations aux bons comportements à adopter dans de telles situations ». Des mesures simples, comme la protection des systèmes électriques dans les bâtiments, pourraient aussi contribuer à réduire la vulnérabilité des constructions.

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Des solutions techniques existent

Si l’imperméabilisation des sols – donc l’urbanisation – est la cause principale de la catastrophe survenue dans le Sud-Est de la France, des solutions techniques existent toutefois pour se prémunir des inondations. La chaussée-réservoir est l’une d’elles. Remplie d’éléments creux en béton préfabriqués (60 % de vide), cette dernière est capable de stocker 600 litres d’eau par mètre cube environ. Le bassin en structure alvéolaire ultralégère a également fait ses preuves pour l’absorption et la restitution des eaux pluviales. Modulaire et facile à mettre en œuvre, ce dispositif offre une capacité de stockage très importante (95 % de vide). Côté matériaux, le béton drainant (composé de granulats enrobés dans une pâte de ciment), comme les enrobés bitumineux poreux, permet à la pluie de s’infiltrer là où elle tombe. L’« écopavé » drainant (à base de coquillages concassés), la dalle-gazon, le caniveau filtrant, le bassin de rétention à la parcelle sont d’autres solutions intéressantes. Tout comme, plus empiriquement, le retour de la nature en ville…

(1) Voir la liste des communes dans la rubrique « Vu au Journal officiel », p. 89.

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