Enjeux 3/7

Ingénieur BTP, option comédie

Mots clés : Béton - Conception - Entreprise du BTP - Manifestations culturelles - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

Dans la famille Le Fur, on coule du béton de père en fils. Son diplôme d’ingénieur en poche, Ronan avait donc sa voie toute tracée… avant que la découverte du théâtre ne change sa vie.

José, petit Basque paternaliste à l’accent prononcé, est chef de chantier. Avec Bruno, gros nounours taillé dans un menhir, Jean-Louis, l’intérimaire qui n’ose pas dire non, Michel Michel, le coordonnateur SPS à la voix perchée que personne n’écoute…, José est l’un des 15 personnages hauts en couleur de « L’irrésistible charme du BTP » que Ronan Le Fur interprétera au printemps prochain.

Ce spectacle de rue est en phase d’écriture mais le projet séduit : il a déjà collecté plus de 4 000 euros sur un site de crowdfunding et il est soutenu par Le Fourneau, le Centre national des arts de la rue à Brest. « Un chantier, c’est une comédie humaine explosive avec des personnages incroyables plongés dans un espace inconfortable et soumis à la dictature du béton. C’est aussi un rapport particulier à l’espace public, car ça dérange, ça perturbe. En racontant, avec un seul bruiteur et sans décor, les neuf mois de travaux de l’extension d’un bâtiment public, je veux créer une hallucination collective, mais aussi inviter le public à franchir la palissade », explique Ronan Le Fur. Ce comédien de 33 ans sait de quoi il parle. « Dans ma famille, à commencer par mes quatre frères, tout le monde travaille dans le bâtiment et, depuis l’âge de 16 ans, j’ai passé mes étés sur les chantiers de l’entreprise familiale. »

Etudes au Pays basque.

De cette période, il ne gardera pas de mauvais souvenirs et lorsque, le bac en poche, il doit choisir sa voie, il se lancera dans des études d’ingénieur génie civil à l’ISA BTP. « En réalité, mon choix s’est surtout porté sur Biarritz et ses plages », reconnaît-il en souriant. C’est alors qu’il se découvre une vocation de comédien. « Tout a débuté par des blagues potaches auxquelles j’ai vite pris goût. J’ai alors commencé à investir dans des costumes et à intervenir dans la rue, par simple plaisir du jeu ou de la provocation. » Après quelques stages chez des majors dont il gardera un souvenir amer, devenu ingénieur, une belle rencontre le fera rentrer au Ceroc, la filiale d’AIA, spécialisée dans le pilotage de chantier. Tant bien que mal, il essaiera de concilier la vie de chantier avec les cours de théâtre, au cours Florent puis à l’école internationale Jacques Lecoq.

Mais, au bout d’un an et demi, il démissionne pour se consacrer à sa passion. Avec tout ce que cela suppose ! « A Paris, j’ai enchaîné 18 sous-locations, mais j’ai vécu de belles expériences artistiques », explique-t-il, citant sa collaboration avec le chorégraphe Philippe Découflé.
Mais on n’échappe pas au déterminisme familial facilement. Aujourd’hui, Ronan Le Fur est retourné vivre à Douarnenez (Finistère) où sa compagnie s’appelle… Gigot Bitume. « Et, si ma première pièce porte sur le BTP, c’est une forme de déclaration d’amour à ma famille et à mon père qui vient de s’éteindre », avoue-t-il.

La semaine prochaine, le portrait de Jean-Marc Médio, entrepreneur ténor.

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