Architecture Technique Travaux publics

Inciter les maîtres d’ouvrage à innover

Mots clés : Maîtrise d'ouvrage - Travaux publics

Plusieurs dispositifs sont mis en œuvre ou à l’étude pour encourager les expérimentations en vraie grandeur.

Dans les secteurs industriels, comme dans les milieux politiques, le thème de l’innovation a aujourd’hui, plus que jamais, le vent en poupe. La communauté routière ne déroge pas à la règle, qui appelle régulièrement de ses vœux une innovation, selon elle gage de progrès sociétaux, de compétitivité économique, de gains financiers et de création – directe et indirecte – d’emplois.
Toutefois, comme l’indique Marc Tassone, directeur général de l’Institut des routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité (Idrrim), « contrairement à d’autres secteurs d’activité, comme l’industrie automobile par exemple, les entreprises routières doivent aller au-delà des études et des tests en laboratoire pour réaliser des expérimentations en vraie grandeur ».
Problème : comment associer davantage les maîtres d’ouvrage publics, gestionnaires des réseaux routiers, au développement de l’innovation dans le domaine des infrastructures de transport ? Car « pour un maître d’ouvrage public, recourir à l’innovation, c’est prendre un risque ; risque financier mais aussi politique, a fortiori dans un contexte socio-économique difficile, où les élus doivent justifier de chaque euro dépensé auprès de leurs administrés », rappelle Georges Tempez, directeur de la direction technique infrastructures de transport et matériaux du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema).

Pari tenu.

Plusieurs dispositifs de soutien à l’innovation routière existent déjà en France. Que l’on songe, entre autres, au Programme de recherche et d’innovation dans les transports terrestres (Predit), aux pôles de compétitivité, à l’Agence nationale de la recherche (ANR), au Fonds unique interministériel (FUI), au Crédit impôt recherche (CIR), au programme « Investissements d’avenir » de l’Ademe, mais aussi au Réseau génie civil et urbain (RGCU), aux projets nationaux, à l’Institut pour la recherche appliquée et l’expérimentation en génie civil (Irex), à la Charte de l’innovation de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes et d’ouvrages à péage (Afsa), à l’Appel à projets d’innovation du Comité de l’innovation routes et rues (Cirr), etc.
Principal outil de soutien à l’innovation routière, ce dernier a fait l’objet d’une refonte en profondeur en 2015 pour prendre davantage en compte les attentes des collectivités locales, notamment en termes de procédés et de services associés à la route, au-delà de la seule « approche produit », privilégiée jusqu’à présent par les industriels. « Pour nous, le pari est tenu, puisque nous avons recueilli une plus grande diversité de projets innovants et que plus de 80 % de ces derniers ont rencontré l’intérêt des maîtres d’ouvrage publics, lesquels se sont également étoffés », se réjouit Georges Tempez pour qui la collaboration entre la sphère publique et le secteur privé est essentielle. Pour chaque expérimentation en conditions réelles, le Cerema assure un suivi technique durant plusieurs années, avant d’émettre un avis, adressé à la fois au maître d’ouvrage et à l’entreprise concernés. Le fondement juridique de l’appel à projets du Cirr est l’article 75 du Code des marchés publics (soit l’article 97 du décret du 25 mars 2016), qui prévoit de passer par des procédures négociées.

Acculturation à l’innovation.

En complément des dispositifs de soutien existants, un certain nombre d’actions nouvelles sont par ailleurs initiées ou actuellement à l’étude, en ce qui concerne notamment la question épineuse du partage du risque financier. « S’il s’avère délicat, d’un point de vue juridique, de mettre en place un fonds dédié uniquement à l’innovation routière et alimenté par tous les acteurs de la route, la signature d’un protocole d’expérimentation peut clarifier officiellement le partage du risque entre le maître d’ouvrage et l’entreprise lorsque les seuils attendus ne sont pas atteints », explique Marc Tassone. Parallèlement, des réflexions sont en cours avec des assureurs pour créer des polices d’assurance spécialement adaptées aux spécificités de l’innovation routière. « Là aussi, des obstacles restent à lever… », avance le directeur général de l’Idrrim. Enfin, la sensibilisation des élus locaux aux enjeux de l’innovation, mais aussi l’acculturation des jeunes ingénieurs des travaux publics à cette dernière, sont des pistes de mobilisation loin d’être négligeables.
« Les marchés publics traditionnels ne sont pas appropriés pour l’innovation dans le domaine des infrastructures de transport. Pour innover, nous devons également réfléchir à de nouvelles formes de procédures, comme les marchés sur performances, par exemple », affirme Marc Tassone. Et de conclure : « Il nous faut trouver des innovations procédurales pour laisser le champ libre à l’innovation. »

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Trois questions à… - « Limoges est considérée comme une vitrine de l’innovation routière »

Gilles Bégout, vice-président de l’agglomération de Limoges, en charge des infrastructures routières.

Comment avez-vous pu participer à l’expérimentation du projet Lumiroute ?

Un peu par hasard en réalité. Un jour, nous avons rencontré les techniciens du groupement d’entreprises – composé des sociétés Malet, Spie Batignolles Energie et de l’éclairagiste Thorn – qui travaillaient sur ce projet de « route réfléchissante ». Ils cherchaient à monter un partenariat avec un maître d’ouvrage public pour réaliser une expérimentation grandeur réelle. Nous étions particulièrement intéressés de notre côté car nous cherchons constamment à réduire nos dépenses d’éclairage public. De plus, les élus et les ingénieurs de l’agglomération de Limoges ont une appétence naturelle pour l’innovation ; nous avons la volonté d’être en pointe dans ce domaine. Si bien que nous avons décidé assez facilement de nous lancer dans l’expérimentation du projet Lumiroute, en proposant une section d’un kilomètre de l’un de nos boulevards urbains.

Quel a été, au final, l’intérêt pour vous ?

D’abord, un intérêt en termes d’image. L’agglomération limougeaude est désormais considérée comme une vitrine de l’innovation routière. Et les résultats de l’expérimentation – non encore officiels – tendent à montrer que nous avons eu raison d’y participer, ce qui nous a d’ailleurs valu un plébiscite de la part de la communauté routière. Ensuite, nous en tirons bien sûr un intérêt économique – même si nous avons supporté l’intégralité du risque financier -, dans la mesure où la baisse de notre facture d’électricité s’avère significative : elle s’établirait entre 25 et 40 % sur la zone d’expérimentation. Notre objectif principal a donc été atteint !

En tant que maître d’ouvrage, quelles sont vos attentes en termes d’innovation routière ?

Nous cherchons à utiliser au maximum des matériaux de construction – et surtout des granulats – à la fois durables et « écologiquement vertueux ». Leurs gisements doivent se trouver, si ce n’est en France, au moins en Europe… Nous recherchons également des solutions qui intègrent des problématiques connexes à la route, comme l’enfouissement spécifique des réseaux ou la production d’énergie renouvelable. Le tout devant être disponible à des coûts raisonnables, en phase avec les budgets restreints des collectivités locales.

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