Territoires Environnement

« Il faut faire du développement durable un développement désirable »

Mots clés : Démarche environnementale

Jean-François Caron, maire (EELV) de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais)

Depuis vingt-cinq ans, Jean-François Caron œuvre à la résilience de sa commune, nichée au pied des terrils lensois. D’un champ de ruines a émergé un nouveau modèle de ville, érigé en exemple par l’Ademe.

Comment définiriez-vous votre commune ?

Loos-en-Gohelle est l’incarnation du changement du monde. Il y a du non durable partout. Nos terrils sont l’image de notre dette en carbone. Le sol de la commune s’est affaissé de 15 mètres. L’habitat se fracture. Bref, notre modèle est mort. Et en même temps, nous en mettons un nouveau en place, dont les capteurs solaires sur le toit de notre église sont le symbole. Chez nous, par exemple, l’écoconstruction est la règle depuis 1997. Sur un même lieu, vous avez donc le monde d’hier et celui d’aujourd’hui. Preuve que la résilience est possible. Et si c’est possible à l’échelle d’une ville de 7 000 habitants, cela doit l’être à l’échelle de la planète. Il suffit de trouver la bonne trajectoire.

Qu’entendez-vous par trajectoire ?

Je veux dire qu’on ne peut pas implanter un écoquartier dans un champ de betteraves. Il n’y a pas de résilience possible sans pensée de la trajectoire. L’entrée dans le changement ne saurait se faire par un point précis, comme la transition énergétique par exemple. Le développement durable est une action systémique, qui a besoin d’une ingénierie systémique. C’est la parole que je porte depuis des années au sein de l’Ademe.

Notre modèle est mort, dites-vous, mais il bouge encore…

Oui et c’est précisément pour cette raison qu’il y a encore des gens dans le déni. Mais la société a compris. Il y a encore du brouillard devant car le nouveau modèle n’apparaît pas encore distinctement mais des signaux faibles sont là : économie plutôt que gaspillage, recyclable plutôt que jetable, collaboratif plutôt que hiérarchique. Reste à inventer un imaginaire. Jeremy Rifkin (chantre de la troisième révolution industrielle, NDLR) en propose un. Notre job d’élu local, c’est d’opérer la transition. Et de ne pas se tromper. La fin de l’Empire romain a débouché sur la barbarie, la fin du Moyen Age sur les Lumières.

Vous ne croyez pas en la faculté des Etats à initier ce changement ?

Les Etats sont bloqués. J’ai conscience que la nouveauté peut avoir quelque chose d’angoissant. Or, quand la société a peur, on voit tous les corporatismes de résistance se lever. C’est pourquoi il faut faire du développement durable un développement désirable. Pour innover, il faut de la confiance et une bonne dose de désobéissance. Certains préfèrent se retrancher au fond du terrier, comme à Hénin-Beaumont. A Loos-en-Gohelle, nous avons choisi a contrario d’adopter une posture de projection positive. On a créé 200 emplois sur la Base 11/19 (sorte de laboratoire du développement durable, NDLR). Je ne dis pas que Loos-en-Gohelle constitue l’Eldorado mais au moins une cellule-souche. On a des séquelles de tout et pourtant, on y arrive.

Et ce sont ces remontées du terrain qui, selon vous, peuvent créer le rapport de force et de désir nécessaire aux Etats pour s’engager ? Robert Lion, l’ancien directeur de la Caisse des dépôts, dit qu’il faudrait 50 Loos-en-Gohelle en France…

On a, bien sûr, besoin d’un Etat qui influe sur les choses, et pour commencer sur la fiscalité, c’est même un prérequis. En revanche, partout où il y a déstabilisation, il existe des cellules souches. Qu’est-ce qui fait qu’elles produisent des ressources ? Qu’est-ce qui se dégage de leur code source ?

Que voulez-vous dire par code source ?

A Loos-en-Gohelle, nous sommes assis sur un socle de valeurs. On ne renie rien de notre passé. J’ai porté l’inscription du bassin minier au Patrimoine mondial de l’Unesco comme une démarche de développement. A partir de ce socle, nous fondons notre action sur trois piliers : l’implication dans le mouvement de tous les acteurs et non pas une simple démocratie participative, à l’égard de laquelle je suis de plus en plus critique ; l’approche systémique, qui vient questionner le processus de transversalité ; enfin, ce que j’appelle la vision du petit caillou blanc. Car on a tous besoin d’une étoile qui brille, sauf qu’on ne sait pas l’atteindre, donc on balise le chemin avec ces petits cailloux, en l’occurrence les objets durables de notre commune. Tout ceci produit des résultats analytiques. Et au final, vous retrouvez de la confiance, de l’attractivité et des compétences collectives. C’est ça le code source de notre commune.

Et ensuite, comment passe-t-on du local au global ?

Par simple transférabilité, pour peu qu’on parvienne à identifier un code source plus universel. J’y travaille ardemment car je veux contribuer à changer le monde.

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500 délégués de la COP21 sur les terrils

Ce sera la seule visite de terrain de la COP21. Le 3 décembre prochain, un TGV emmènera 500 décideurs du monde entier jusqu’à Lens. Jean-François Caron a convaincu François Hollande de montrer Loos-en-Gohelle aux congressistes du Bourget. Ceux-ci seront déposés sur le plateau des terrils, d’où ils redescendront à pied vers la fosse. Histoire de bien comprendre la trajectoire empruntée par la commune pour se projeter du passé vers le futur. Au programme : la découverte de la Base 11/19, qui résume à elle seule cette trajectoire, de la mine au développement durable. La Base 11/19 abrite notamment le Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE), le Centre ressource du développement durable (CERDD), le Centre de création et de développement des éco-entreprises (cd2e) et Villavenir, vitrine de la FFB Nord-Pas-de-Calais.

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