Architecture Technique Logement

Home, l’immeuble qui crève le plafond

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Logement social

Après 40 ans de limitation des hauteurs de construction, Paris renoue avec le ciel. Une opération d’habitation de 50 mètres a été livrée dans le XIIIe.

Habité depuis mars, « Home » est l’immeuble résidentiel le plus haut construit dans la capitale depuis les années 1970. Il culmine à 50 m au-dessus de l’avenue de France, dans un secteur du XIIIe arrondissement – Masséna-Bruneseau – où la Ville de Paris a autorisé un déplafonnement des hauteurs de construction maximum en 2011. « La hauteur n’est ni un tabou, ni une obsession, rappelle Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement. Cette réalisation démontre que produire un bel immeuble de 50 m où les habitants sont heureux de bénéficier de vues extraordinaires, c’est possible. » Selon l’élu, cette opération est également « exemplaire » par sa parité quasi parfaite entre locatif social (92 logements) et accession à la propriété (96 logements). « La ville se conçoit avec le brassage social et se construit avec le logement social qui, contrairement au préjugé, est une vitrine d’innovations et de qualité architecturale », explique encore Ian Brossat. La Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) a acquis les logements sociaux auprès du promoteur Bouygues Immobilier par une vente en l’état futur d’achèvement (Vefa). Comme de nombreux immeubles parisiens, le rez-de-chaussée devrait accueillir l’été prochain des commerces : une boulangerie et un restaurant de chef étoilé. De quoi continuer à animer ce quartier en construction.

« Référence esthétique, Home est aussi pour nous une référence technique, souligne Régis Bouyer, directeur de l’agence Hauts-de-Seine Sud de Bouygues Immobilier. Le bâtiment de 27 500 tonnes repose sur 333 boîtes à ressorts qui l’isolent des vibrations du réseau ferré de la gare d’Austerlitz voisine. » Cette infrastructure, invisible, explique en partie le coût des travaux qui s’élève à 24,5 millions d’euros HT. Le chantier a été mené par l’entreprise générale Bouygues Bâtiment Habitat résidentiel. En superstructure, l’édifice de 13 780 m² se présente sous la forme d’un socle horizontal de 68 m aligné sur rue d’où émergent deux masses verticales aux plans plus décalés. « Notre projet, c’est un peu la rencontre entre Henri Sauvage (1873-1932), inventeur de l’immeuble à gradins à Paris, pour la recherche du soleil et l’échappée progressive au diktat de l’alignement sur rue, et la tour de Babel en tant que défi architectural et symbole de mixité et de vie », s’accordent à dire ses auteurs, les agences d’architecture parisienne Hamonic + Masson et niçoise Comte Vollenweider. « L’immeuble à gradins est assez terrien et propose une sorte de topographie, tandis que la tour est plus aérienne et offre des plateaux décollés du sol », explique l’architecte Pierre-André Comte. Aucune différence de bardage entre les logements en accession, regroupés au nord de la parcelle, et les logements sociaux, disposés au sud du site. Tous sont revêtus de panneaux en aluminium thermolaqué, tantôt lisses et argentés, tantôt ondulés et dorés, qui deviennent plus mats ou plus brillants suivant l’ensoleillement. Les concepteurs évoquent une « dualité chaud/froid » entre le cœur d’îlot et la rue.
Après Paris, l’agence Hamonic + Masson démarre le chantier d’un R + 12 à Nantes avec le promoteur immobilier Kaufman & Broad. Et l’agence Comte Vollenweider a déposé le permis de construire d’un R + 13 à Nice, avec Cogedim. Les architectes n’ont donc pas qu’une tour dans leurs sacs.

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Un triumvirat qui a fonctionné

« Tiré vers le haut par un projet d’exception, le triumvirat maître d’ouvrage/maître d’œuvre/entreprise a fonctionné du début à la fin. Le maître d’ouvrage avait une envie d’architecture. Les architectes avaient la mission complète de maîtrise d’œuvre. Et l’entreprise avait le savoir-faire. Le bâtiment a été réalisé tel qu’il a été conçu. »

Gaëlle Hamonic et Jean-Christophe Masson, architectes

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Un projet qui porte la dualité

« Pour notre premier projet à Paris, l’enjeu était énorme : une tour de 50 m, presque 200 logements, sur une nouvelle avenue de la capitale. C’est un projet unique qui porte la dualité des deux agences d’architecture qui l’ont construit ensemble dans ses moindres détails. »

Stéphane Vollenweider et Pierre-André Comte, architectes

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Maîtrise d’ouvrage : Bouygues Immobilier. Maîtrise d’œuvre : Hamonic + Masson & Associés, architecte mandataire ; Comte Vollenweider, architecte associé. BET : Sibat (TCE et HQE), Jean-Paul Lamoureux (acoustique). Entreprise générale : Bouygues Bâtiment Habitat résidentiel. Surface : 13 780 m² Shon. Coût des travaux : 24,5 millions d’euros HT.

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Paysage urbain - La ligne d’horizon grimpe à la verticale

En 2011, le Conseil de Paris a révisé le règlement d’urbanisme du secteur Masséna-Bruneseau, situé dans le XIIIe arrondissement, afin d’autoriser la construction d’immeubles d’habitation hauts de 50 m, au lieu de 37. La même année, les participants au concours de maîtrise d’œuvre des lots M6A2 et M6A3 avaient la possibilité de bâtir deux édifices de cette hauteur. Les architectes lauréats ont choisi de n’en réaliser qu’un seul, à R + 16, uni par un socle à un autre bâtiment, à R + 14. Les raisons ? La densité, l’ensoleillement, les vues et la ligne d’horizon. « Jusqu’à présent l’avenue de France était dépourvue de skyline, le piéton avait la sensation d’une succession d’îlots répétitifs car tous plafonnés à la même hauteur », observe l’architecte Jean-Christophe Masson. « Notre parcelle amorce un mouvement ascensionnel », poursuit son confrère Pierre-André Comte, en attendant la construction, au bout de l’avenue, des deux tours mixtes de 175 m et 115 m conçues par les Ateliers Jean Nouvel.

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Espaces extérieurs - Terrasses et balcons à tous les étages

Qu’ils soient en accession à la propriété ou en locatif social, tous les appartements se prolongent à l’extérieur par un espace privatif de 20 à 30 m². « Cette généreuse épaisseur d’usage se retrouve sur toutes les façades de l’immeuble afin que les résidents profitent du privilège d’habiter en hauteur sur la ville », souligne l’architecte Pierre-André Comte. Et, pour que chacun se sente chez soi, chaque balcon, chaque terrasse, chaque loggia diffère du voisin.
Dans la tour, les balcons filants pivotent d’étage en étage, tandis que, dans l’immeuble à gradins, les terrasses se décalent niveau après niveau. Les loggias, isolées les unes des autres par des celliers, sont transformables en jardins d’hiver grâce à des parois coulissantes. Une manière de profiter de la vue et du soleil en toutes saisons. « Ce plaisir d’habiter à l’extérieur s’inscrit en droite file d’architectes tels Jean Renaudie (1925-1981) ou André Minangoy (1905-1985) », affirme leur confrère Jean-Christophe Masson.

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