Architecture Technique 2/6

Histoire belge dans une friche industrielle

Mots clés : Urbanisme - aménagement urbain

A Mons (Belgique), la mémoire de la guerre n’est pas soluble dans l’eau. Bien au contraire.

La commune de Mons, actuellement capitale européenne de la Culture, vient de se doter d’un centre d’interprétation – le Mons Memorial Museum (MMM) – dédié aux épisodes guerriers que connut la cité wallonne. La Ville s’étant constitué une collection de plus de 5 000 objets qui en témoignent, il s’agissait, au départ, de créer un nouveau lieu d’exposition pour abriter ce trésor des guerres. Mais les architectes Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit ont pris le programme à rebrousse-poil pour raconter l’histoire, non pas sous l’angle habituel des batailles, mais sous celui de la vie quotidienne des civils. « Par sa situation, la Belgique a servi de paillasson lors des deux guerres mondiales et a donc été bien plus le théâtre de l’Occupation que celui d’actions militaires », précise Pierre Hebbelinck. Un axe muséographique que souligne l’implantation du centre d’interprétation à l’endroit des anciennes fortifications qui protégeaient la population de Mons. Démolies en 1865, elles laissèrent place, quelques années plus tard, à une série d’équipements publics, dont une station de pompage et de distribution d’eau potable, accompagnée du bassin qui collectait – cela ne s’invente pas – les eaux de la Trouille.

Train fantôme.

C’est donc à un véritable travail d’archéologie urbaine que se sont livrés les architectes pour aboutir, à partir de ce site désaffecté depuis 1974, à cet édifice longiligne comme un morceau de rempart. Un rempart habité, constitué d’une halle industrielle du XIXe siècle, seul bâtiment subsistant de l’ancienne « Machine à eau » (nom originel du site), sur laquelle sont greffés deux volumes blancs en extension.

Avec ses hautes façades vitrées, la halle existante prend le statut de porche d’entrée monumental. De chaque côté, les extensions – qui abritent les salles d’exposition dédiées aux deux conflits mondiaux du XXe siècle – sont parées de briques blanches : une finition qui permet d’établir une nette différenciation entre les briques originelles des façades existantes classées et les briques neuves des volumes ajoutés. Le porte-à-faux progressif d’une des ailes de l’édifice traduit la pente du sol de l’espace d’exposition permanente, voulue pour mettre le corps à contribution dans la perception des heures sombres de l’Histoire. C’est d’ailleurs à un fort contraste lumineux que les visiteurs sont aussi soumis : s’ils entrent dans le volume inondé de lumière naturelle de la halle, ils plongent ensuite dans la pénombre de la guerre, progressant entre des murs opaques de béton peints en noir. Comme dans un train fantôme, ils réapparaissent par intermittence à la lumière naturelle, en traversant la halle au rez-de-chaussée ou à l’étage au moyen d’une passerelle, avant de replonger dans la nuit des espaces d’exposition. Mais, comme un fil tendu vers la paix, une fine tôle d’acier laqué en blanc parcourt le bâtiment, déclinée sous forme de passerelle, bibliothèque, banc, garde-corps, main courante…

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Mons. Maîtrise d’œuvre : Atelier d’architecture Pierre Hebbelinck-Pierre de Wit. BET : Aubry & Guiguet (programmation) ; Winston Spriet et Martial Prévert (scénographie et signalétique) ; Greisch (structure) ; Pierre Berger (techniques spéciales). Bureau de contrôle : Seco. Entreprise générale : ACH Construct. Surface nette : 2 800 m². Montant des travaux : 8,3 millions d’euros HT.

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