Architecture Technique Equipement culturel

Heavy metal

Mots clés : Manifestations culturelles

En Lorraine, une Scène de musiques actuelles rend hommage à la sidérurgie disparue…

A Nilvange (Lorraine), la réalisation de la Scène de musiques actuelles (Smac) s’inscrit dans la lignée d’un cabaret créé trente ans plus tôt par une poignée de militants associatifs mobilisés pour maintenir en vie le bassin sidérurgique malgré la fermeture de hauts fourneaux. Le succès immédiat remporté par ce premier espace culturel improvisé, baptisé « Gueulard » (en référence aux sirènes qui rythmaient les journées de travail des ouvriers), en fit un lieu incontournable de la vie culturelle régionale. Mais, en ce début de millénaire, de nouvelles réglementations contre les nuisances sonores envers le voisinage le rendent impropre à des concerts de musique amplifiée.

Poursuivant la tradition, le nouveau bâtiment nommé « Gueulard + » se devait de rendre hommage à la métallurgie au moment même où, sur le site de Florange à quelques kilomètres à peine, les deux derniers hauts fourneaux du bassin lorrain étaient en train de s’éteindre. Aussi les architectes Karine Chartier et Thomas Corbasson (Paris) ont-ils habillé le bâtiment qu’ils ont conçu d’une double peau en acier inoxydable microperforée, dont la teinte dorée évoque le minerai de fer en fusion. Elle est constituée de lames verticales posées en clin, avec éclairage par LED, glissées dans les interstices. En façade principale, l’acier est magnifié par une finition polie miroir qui reflète l’environnement. En partie basse, fixée à une poutre tridimensionnelle sinusoïdale, la couverture se soulève à l’endroit des accès, dessinant une marquise qui invite à entrer. La souplesse de ce drapé (pourtant en acier) évoque l’époque où les artistes Christo et Jeanne-Claude emballaient les monuments dans d’immenses toiles textiles (le Pont Neuf en 1985 et le Reichstag de Berlin en 1995). Ce dispositif parvient à faire oublier que l’édifice, loin d’être fraîchement construit, en est à sa troisième reconversion : d’abord équipement scolaire, puis piscine municipale et aujourd’hui Scène de musiques actuelles.

Mesure à trois temps.

C’est un parcours en trois étapes, comme les trois temps d’une mesure musicale, que le public effectue pour arriver dans le cœur battant de la salle. D’abord l’entrée dans le hall s’effectue en continuité de l’environnement urbain, grâce à ses façades transparentes et à un aménagement en bar-cafétéria sur tout l’espace. Ensuite, le foyer du public, totalement opaque, qui permet de s’abstraire de la réalité extérieure avant le spectacle. Dans cet univers onirique, murs et plafond se confondent, troués de niches colorées aux tonalités contrastées, de dimensions et disposition aléatoires, comme des éclairs de lumières hallucinatoires. La référence au Silencio (Paris) s’impose, un espace événementiel imaginé par le cinéaste David Lynch (voir « Le Moniteur » du 3 février 2012, p. 31) dont l’œuvre repose précisément sur la confusion entre rêve et réalité. Suite logique : les architectes viennent d’y réaliser une installation scénographique. Troisième temps du parcours : l’immersion dans la salle de concert où l’ancienne piscine se révèle parfaitement adaptée à une telle reconversion. La structure existante, constituée de grandes dalles de reprise en béton de 12 m de portée, soutenues par des poteaux périphériques, libère l’espace de tout obstacle visuel. L’ancien bassin devient parterre et les marches pour y descendre font office de gradins. Les plages de la piscine deviennent podium pour les musiciens et balcons pour le public. A Nilvange, si les hauts fourneaux sont définitivement à l’arrêt, l’imagination en revanche bat son plein.

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : Communauté d’agglomération du Val de Fensch (Lorraine). Maîtrise d’œuvre : Chartier-Corbasson Architectes (Karine Chartier et Thomas Corbasson), Luca Muratorio, assistant. BET : Egis Grand Est (TCE, économiste), Avel Acoustique (acoustique), Scène (scénographie), Atelier Jours (paysagiste). Principales entreprises : Eiffage Construction Metz (gros œuvre), Isolacier (bardage), Lefèvre (menuiserie extérieure), Techni-Plafond (cloisons, doublage, plafonds suspendus). Surface : 1 691 m2 SDP. Coût des travaux : 2,8 millions d’euros HT.

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