Référence

Hausermann et Costy Le Centre de Douvaine

Mots clés : Architecture - Béton - Education - Elections - ERP sans hébergement - Etat et collectivités locales - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

Apogée du parcours hors norme des architectes franco-suisses Pascal Häusermann et Claude Costy, les équipements publics du centre de Douvaine (Haute-Savoie) construits entre 1972 et 1977 offrent le rare exemple d’un ensemble réalisé en architecture-bulles. Le procédé technique – mis au point par le couple à partir du début des années 1960 -libère le béton de ses banches et favorise la création de formes variées. Pour aller plus loin dans l’économie et la légèreté, Pascal Häusermann travaille également sur des bulles en matières plastiques pouvant, entre autres, servir de maisons. À Douvaine, la salle polyvalente, l’école maternelle et les arcades témoignent d’un plus vaste et exceptionnel projet d’urbanisme évolutif, brutalement interrompu par la défaite du maire sortant aux élections municipales de 1977.

En 1970, Douvaine n’est encore qu’un bourg de Haute-Savoie, à la frontière de la France et de la Suisse. Dans cette période d’essor économique, il est en passe de devenir une cité-dortoir, satellite de Genève. La commune multiplie les permis de construire au même rythme que l’accroissement de la population. élu maire le 26 mars 1971, le docteur Jacques Miguet se préoccupe d’abord d’urbanisme. Car il convient d’« élargir le centre de Douvaine effiloché le long de la RN 5 et créer, au sud et à l’ouest de la mairie, une zone d’animation globale » pour densifier et dynamiser le bourg. Afin de donner de l’impact à son projet, il décide de « faire appel à un architecte à l’esprit créatif et prospectif, malgré tous les risques politiques qu’un tel choix pouvait comporter » (1). En amateur éclairé, Jacques Miguet a rencontré, dès les années 1960, Pascal Häusermann et Claude Costy par le biais de l’association douvainoise Art et Culture qu’il préside. Pour lui, l’intérêt est double : ils sont « de la région » – ils habitent à 50 km – et offrent une image de niveau national.

Naissance des bulles

En 1959, à Grilly, dans l’Ain, Pascal Häusermann bâtit de ses propres mains un pavillon expérimental de week-end, pour son père. Cette maison sera la première, en France, à être construite en voile de béton sur coffrage perdu : une armature légère en ferraille, entourée d’un grillage, et recouverte de mortier. À cette époque, il poursuit ses études à l’école d’architecture de Genève, où il rencontre Claude Costy, qu’il entraîne dans l’aventure des bulles. Pour eux, le choix de cette forme est avant tout d’ordre économique. Un seul matériau, une emprise au sol restreinte, des fondations légères, un équilibre statique parfait pour un minimum de matière et, mieux encore, un rapport surface extérieure/volume intérieur maximal. Sur une carcasse en fers à béton, courbée aux formes désirées et habillée d’un grillage ou de métal déployé, un mortier à base de liants hydrauliques est gunité, c’est-à-dire projeté par air comprimé. Un voile de béton ne mesure que 5 cm d’épaisseur environ. En revanche, le second œuvre est parfois plus complexe à exécuter, donc plus coûteux, en particulier les fenêtres. Chaque détail, tout comme le mobilier, doit être adapté aux courbes. Associés de 1963 à 1972, Pascal Häusermann et Claude Costy se séparent au début du projet de Douvaine, dont ils se répartissent alors les programmes. Leur carrière était arrivée à un sommet qu’elle ne pouvait plus dépasser ni même conserver : les conditions sociales et politiques allaient changer fondamentalement.

Du GIAP à Habitat évolutif

En 1965, les Häusermann deviennent membres du Groupe international d’architecture prospective (GIAP), fondé par le critique d’art Michel Ragon. L’année suivante, ils participent au concours d’urbanisme de la zone nord de Bordeaux en présentant des grandes structures de béton dans lesquelles des bulles sont insérées. En mars 1969, ils font partie des treize équipes sélectionnées pour le concours « Recherches pour une ville nouvelle », qui se déroule lors des Rencontres internationales de Cannes. Ils obtiennent une médaille pour leur maquette « Jeu de construction » associant des bulles en plastique dans une structure tridimensionnelle métallique. Le Grand Prix est remporté par leur ami et membre du GIAP, Jean-Louis Chanéac (2), avec son projet de ville-cratère. Deux grandes orientations se distinguent alors chez les architectes et les urbanistes. Les uns, tel Paul...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 242 du 18/05/2015
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