[TO] Urbanisme et aménagement

HABITAT dense Des volumes ciselés autour d’un jardin

Mots clés : Aménagement paysager - Architecte - Architecture - Espace vert - Politique du logement - Prix d'architecture

Par le fractionnement du programme (82 logements Plus) en plusieurs bâtiments, une volumétrie différenciée et la création d’un jardin partagé, l’architecte Emmanuelle Colboc réalise à La Courneuve des unités de voisinage, invitant à plus de convivialité et à des usages partagés.

La cité des 4 000 sud, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), se transforme au fil des livraisons de logements. Parmi celles-ci, l’opération de 82 logements sociaux Plus (dite résidence du 17-octobre-1961) dans le quartier de la Tour, de l’architecte Emmanuelle Colboc, livrée en 2007 et récemment récompensée d’un prix spécial par le jury du prix AMO 2009 « habitat, architecture, environnement ».

La forme triangulaire du terrain (110 m x 75 m x 30 m), issu de la démolition de la barre Renoir en 2000, a dicté l’implantation des bâtiments, égrenée sur les limites pour dégager l’espace central : un jardin partagé. Ce jardin est aussi le pivot d’une densité bâtie diversifiée. « Je ne voulais pas de nappes de logements : trop rigide. J’ai donc exploité la dynamique produite par ce terrain triangulaire, entouré de trois rues, bien exposé au soleil, en profitant de l’environnement urbain », explique l’architecte. D’où cette implantation en trois parties complémentaires, qui chacune confirme l’ambiance différente des rues.

Côté est, première réponse à l’échelle urbaine, un bâtiment à R 5 (39 logements). Il joue un rôle de signal de la résidence et, avec le centre culturel voisin, marque l’entrée de la rue. Côté nord, la réponse tient compte du contexte de la rue du 17-octobre-1961. « Sur cette artère que Paul Chemetov, l’architecte du quartier, a voulu très structurée, j’ai installé 5 plots de 23 logements séparés par des circulations à l’air libre. Cette volumétrie en plots assure une frontalité urbaine tout en préservant une porosité visuelle vers l’intérieur du site et le jardin », ajoute Emmanuelle Colboc.

Enfin, côté sud, sur l’hypoténuse du triangle, la volumétrie des logements, superposés deux à deux, est travaillée de manière à préserver l’ensoleillement en cœur de parcelle et à rendre la lumière présente en tout point du plan grâce aux orientations (deux au minimum). L’intimité est préservée également par l’ajout de loggias et de terrasses qui prolongent les logements.

Entité de vie

Vallon planté et engazonné servant de bassin de rétention, ce jardin partagé a aussi vocation à faire fonctionner et respirer cette densité à géométrie variable. « La forme triangulaire de la parcelle apporte des surprises au niveau des rapports volumétriques des bâtiments. Elle préserve des vis-à-vis mais donne l’illusion de rapprocher les bâtiments : les arbres sont là pour redonner de la distance », remarque l’architecte.

Cette forme de densité vise aussi à construire une convivialité respectueuse de chacun des habitants. Les accès aux logements sont visibles, mais différents suivant le type de densité et d’environnement, les grands logements (cinq pièces) disposant ainsi d’un accès individualisé. Autre élément de convivialité, les parties collectives, dotées de lumière naturelle et étudiées de manière à ce qu’il n’y ait plus de rupture entre le tout public (la rue) et le tout privé (l’appartement). Ces espaces intermédiaires tempèrent la densité et fluidifient les parcours. Ils évitent aussi les chausse-trappes de la résidentialité et le sentiment de fermeture que pouvait engendrer la seule entrée prévue dans la résidence, programmation oblige. La résidence s’affirme peu à peu ainsi comme une entité de vie, ouverte et libre pour les habitants. « On a l’impression d’habiter seuls, souligne une locataire. On voit les voisins, on les connaît mais on ne s’oblige pas à les voir. C’est un peu comme une famille. »

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L’EXPERT Emmanuelle Colboc, architecte

« Dans un habitat de faible hauteur, les espaces intermédiaires fabriquent de la convivialité »

« Au cœur du nouveau schéma directeur d’Ile-de-France, la question de la densité est incontournable. Je ne serai jamais contre la densité : elle stimule plutôt la créativité qu’elle ne l’entrave. Mais la densité verticale, pour le logement, ne me semble pas être une bonne solution. Dans nos paysages, je préfère proposer un habitat proche du sol, évidemment sans recouvrir tout l’espace de petites maisons. Cette forme de densité engendre de la convivialité. La densité doit partir de la qualité du logement pour fabriquer la qualité de la ville. Entre les deux, il y a cet intermédiaire de la rue à chez soi. C’est là, dans les lieux partagés, que la convivialité est essentielle ; dans les circulations, les espaces vélos et poussettes. J’en parle souvent avec les élus, les bailleurs, les promoteurs. La densité, c’est le moyen aussi d’éviter de faire table rase de l’existant pour, au contraire, venir se glisser entre les éléments qui fonctionnent déjà et redonner de la qualité en complétant le travail inachevé d’une certaine époque, je pense aux grands ensembles. »

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Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Fiac SA HLM.

Maîtrise d’œuvre : Emmanuelle Colboc, architecte, assistée de Vincent Chagniot ; J-P Tohier, économiste ; Bethac, BET fluides ; EVP, BET structure.

Surface : 6 650 m2 Shon.

Investissement : 11 millions d’euros.

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« Une opération dense, mais avec de l’espace, de la vue et sans vis-à-vis »

Stanislas Jobbé-Duval, directeur général de Fiac, bailleur social.

MQu’apporte pour un bailleur une densification raisonnée et contrôlée comme ici à La Courneuve ?

Elle apporte une qualité de vie radicalement différente de celle des barres construites dans les années soixante. L’implantation des bâtiments autour d’un jardin central, les volumétries, les espaces privatifs des logements, tout ceci concourt à un développement harmonieux des usages sans renoncer à l’objectif d’une certaine densité bâtie.

MQu’est-ce qui fait selon vous que cette densité est bien tolérée dans cette opération ?

C’est une densité qui permet à chaque résident de retrouver son espace de vie intérieur avec une ouverture sur l’extérieur : presque tous les logements ont un balcon ou une terrasse. Densité, donc, mais avec de l’espace, de la vue, et aucun vis-à-vis. Un bon tiers de logements sont aussi individualisés et les occupants ne sont pas les uns sur les autres. Certains n’ont quasiment pas de voisins directs.

MCette concentration des locataires ne peut-elle devenir une source de problèmes ?

Ici, les élus sont soucieux de la réalité du lien social. Pour l’instant, cela marche bien. Des résidents y veillent. Une amicale des locataires est en train de se constituer dans un esprit de coopération étonnant vis-à-vis du bailleur. Les tensions constatées les premières semaines se sont aplanies. Aujourd’hui, il n’y en a plus.

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