[TO] Environnement

grenelle de l’environnement La formation des maîtres d’œuvre en demi-teinte

Mots clés : Apprentissages - Architecte - Architecture - Conception - Conjoncture économique - Formation continue - Métier de la construction - Rénovation d'ouvrage

Financement incomplet, effet de crise, pénurie de formateurs sont les principaux handicaps de la formation continue destinée aux architectes, ingénieurs et économistes de la construction. Ces freins limitent le développement de cette formation, nécessaire pour répondre au défi du Grenelle de l’environnement.

«Le Grenelle de l’environnement est un changement de la même ampleur que la Reconstruction d’après-guerre. Cela touche toute l’activité du bâtiment, l’ingénierie, l’architecture, le chantier… Nous ne parlons plus du même produit. » Alain Bentejac, président de Coteba ne mâche pas ses mots pour dire l’impact des choix politiques faits pour inscrire dans la réglementation la production de bâtiments à basse consommation (50 kWh/m2.an) dès 2010 et à énergie positive dès 2020. « Ce n’est pas seulement maîtriser l’énergie, c’est également concevoir bioclimatique et évaluer en coût global », poursuit l’ingénieriste, enthousiasmé par ce défi sans précédent. « L’architecte ne peut prétendre à lui seul apporter toutes les réponses à des programmes dont la complexité va croissant et qui sont encadrés par un arsenal normatif et réglementaire envahissant », constate François Pélegrin, architecte, reconnaissant que le travail avec l’ingénieur en amont du projet est désormais capital.

« Les rivalités architecte-ingénieur, pourtant entretenues par le partage d’une rémunération souvent insuffisante, sont d’un autre âge », poursuit-t-il. Cette rémunération résultant parfois de la méconnaissance – ou du peu d’intérêt – que la maîtrise d’ouvrage porte aux études des bâtiments : « Il est urgent de mettre en place des formations pour nos clients, pour qu’ils formulent mieux leurs attentes et disposent de critères efficaces pour juger de la qualité des offres », assène François Amblard, président de la Chambre de l’ingénierie et du conseil de France (CICF).

La mise à jour des connaissances devrait-elle débuter par la maîtrise d’ouvrage ? Pas seulement si l’on en juge par l’urgence de la situation et les réactions des professionnels. « Avec le Grenelle, l’approche thermique des bâtiments devient prépondérante en rénovation », relève François Amblard qui envoie ses collaborateurs en stages de prise de parole, management d’équipe et communication. Conséquence directe pour ce dernier : le besoin de formation des ingénieurs se situe davantage dans le management de projet « comme les architectes savent le faire ».

Faciliter la mobilité

Un avis partagé par Dominique Céna, gérant de Céna Ingénierie, qui estime que si « le personnel des bureaux d’études doit savoir convaincre les clients, il doit surtout savoir expliquer ses choix aux autres acteurs de la maîtrise d’œuvre »… charge aux dirigeants eux-mêmes de transmettre leurs convictions environnementales à leur personnel via des formations en interne. « Il faut que ce soit une expérience nouvelle en permanence partagée », ajoute Dominique Céna qui sent que les regards sont tournés vers l’ingénierie pour garantir des performances thermiques chiffrées et fixer les limites techniques. « Le Grenelle est un jeu collectif, rappelle François Pélegrin, il n’y a pas de place pour une démarche personnelle. Malheureusement, en temps de crise chacun se replie sur son petit business. » Une crise économique qui fait dire aux représentants des organisations professionnelles qu’il est urgent d’envoyer les collaborateurs en formation pour faciliter la mobilité, préparer la reprise ou, dans le pire des cas, anticiper un futur retour à l’emploi…

Une crise qui plombe parfois les budgets formation (comptez à partir de 300 à 400 euros/jour) dont la prise en charge aujourd’hui dans la maîtrise d’œuvre ne couvre pas les salaires des stagiaires comme c’est au contraire le cas chez les entrepreneurs grâce au recours de la manne financière des certificats d’économie d’énergie (avec le FEEBat). Dans ce sens, Gérard Brandely, vice-président de l’Untec chargé de la formation prévoit une légère baisse de fréquentation en 2009 (850 stagiaires en 2008).

Exigences des maîtres d’ouvrage

Se basant sur les chiffres du 1er semestre, Yann Aselmeyer, président de l’IPTIC (1 500 stagiaires en 2008), vise quant à lui une progression de 30 à 40 %. Effet crise ou effet Grenelle ? « Notre succès est dû aux exigences de la maîtrise d’ouvrage, commente Yann Aselmeyer, mais nous sommes freinés par la pénurie de formateurs. » Un constat partagé par Patrice Bailly, président du Gepa, qui rêve d’un grand plan de formation pour la maîtrise d’œuvre (programme, partenariat, financement), espérant même donner à l’occasion un ton de conférences-débats, politique et polémique.

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François Pélegrin, architecte, président d’honneur de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa)

« Relire les fondamentaux de la conception bioclimatique »

« Le Grenelle ne modifie pas le métier d’un bon architecte. Concevoir des bâtiments sains en prenant en compte le climat et la topographie d’un lieu est l’essence même du métier. En fonction du rôle qu’il veut jouer, l’architecte doit acquérir les connaissances de l’expertise technique (analyse du cycle de vie des matériaux, systèmes constructifs nouveaux…) et la pratique des nouveaux outils. L’informatique lui permettra bientôt d’évaluer en temps réel la performance thermique d’un projet. L’architecte ne peut plus dire « l’ingénieur réglera le problème technique ». En fonction de son profil de compétence, il doit associer le plus tôt possible les autres acteurs de la maîtrise d’œuvre. »

ENCADRE

Pierre Mit, économiste de la construction, président del’Union nationale des économistes de la construction (Untec)

« Acquérir les connaissances sur les produits et les procédés »

« L’économiste doit être réactif et doit pouvoir donner rapidement les incidences économiques du Grenelle pour chaque projet sur lequel il travaille. Il est impératif qu’il acquiert rapidement les connaissances sur les produits et procédés industriels au fur et à mesure des progrès technologiques. Mais n’imaginons pas non plus qu’avant le Grenelle il se faisait n’importe quoi. Il n’est pas question de faire table rase des pratiques et des savoirs. Nous devons prescrire des solutions innovantes, sans pour autant imaginer des usines à gaz… Faire un bâtiment à basse consommation est un travail d’équipe partagé avec l’architecte, l’ingénieur, l’entrepreneur, l’industriel…»

ENCADRE

Dominique Céna, gérant de Céna Ingénierie, président de la chambre de l’ingénierie et du conseil de France Construction

« Accompagner les mises en service du bâti»

« Le Grenelle nous oblige à réussir l’efficacité énergétique des bâtiments. Le travail de l’ingénierie est plus innovant, plus pointu, moins répétitif. On attend de nous que nous fixions les limites technologiques de la prescription. Pour cela, nous avons notamment besoin de veille technique, de formations sur l’accompagnement de la mise en service des bâtiments et sur l’accompagnement des contrats de performance énergétique.

La mise à jour de nos connaissances fonctionne aussi comme les abeilles qui « pollinisent ». Nous nous enrichissons au sein de la maîtrise d’œuvre, de réunion en réunion. Le Grenelle ne fonctionnant qu’avec une ingénierie concourante, il doit y avoir une forte transversalité au sein de la maîtrise d’œuvre. En 2009-2010, j’enverrai mes six collaborateurs ingénieurs en formation sur la réhabilitation énergétique qui représente le gros du marché et le principal enjeu du Grenelle. »

ENCADRE

trois formations très grenelle

« Etude de faisabilité des approvisionnements en énergie pour les bâtiments », ou comment intégrer l’obligation qui découle de la loi POPE du 13 juillet 2005. Contact : Fafiec, organisme paritaire collecteur agréé de l’informatique, de l’ingénierie, du conseil et des foires et salons (www.fafiec.fr).

« Connaissances techniques et méthodes de conception intégratives », ou favoriser le partage des connaissances et les bonnes pratiques entre maîtres d’ouvrage, concepteurs, artisans et usagers. Contact : Gepa (Groupe pour l’éducation permanente des architectes). 12 jours de mai à octobre 2009 à la Cité de l’architecture et du patrimoine, palais de Chaillot, Paris (www.formation-architecte.com).

« Architecture responsable et développement durable », DVD-Rom édité en avril par l’Ordre des architectes pour sensibiliser et inciter les architectes à cette démarche (www.architectes.org).

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