[TO] Urbanisme et aménagement

Grand projet Nantes retrouve la Loire

Mots clés : Architecte - Architecture - Eau - Métier de la construction - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine

La reconquête urbaine de l’île de Nantes, entamée depuis le début de la décennie, devient effective. Elle prévoit la construction, sur vingt ans, de 1 million de mètres carrés et la création ou la requalification de 150 ha d’espaces publics. Elle suit une méthode douce qui permet un accompagnement personnalisé de chaque projet et sa conformité avec le « plan-guide » élaboré par l’urbaniste Alexandre Chemetoff.

L’île de Nantes est vaste – 330 ha –, artificielle, constituée au fil du temps par la réunion d’un chapelet de petites îles et de prairies qui parsemaient la Loire, face à la ville historique installée sur la rive nord. A partir du XIXe siècle, le lieu a abrité les chantiers navals et leurs activités connexes industrielles et d’entreposage, donné naissance à un faubourg, puis dans les années 1970-1980 accueilli de grandes opérations de logements et d’équipements. Le tout donnait, à la fermeture des chantiers navals à la fin des années 1980, une zone hétéroclite, urbanisée partiellement, sans souci d’organisation, ni plan d’ensemble. Une île qui, malgré sa situation avantageuse au cœur de l’agglomération, était ignorée par les habitants : « La Loire n’était plus du tout au centre de l’imaginaire nantais, dit Laurent Théry, directeur de la Samoa, la SEM d’aménagement dédiée à l’île de Nantes. Ce projet vise au final à transformer une île qui était restée hors la ville en une île dans la ville. »

Dans les années 1990, cette zone rejetée et jugée peu attractive apparaît comme le lieu stratégique pour étendre le centre-ville de Nantes et répondre aux perspectives de développement de l’agglomération sans augmenter sa croissance périphérique et son étalement urbain. Le potentiel d’accueil de surfaces construites est estimé au total à 1 million de m2, dont 7 000 logements et 300 000 m2 d’activités économiques. Mais, en l’absence d’une programmation précise ou de l’installation d’un grand équipement susceptible de jouer le rôle de locomotive – même si l’Etat décide en 1997 d’y installer le palais de justice construit par Jean Nouvel –, l’aménagement se fera progressivement et en douceur. Pas de table rase, mais une insertion chirurgicale des nouveaux programmes, lorsqu’ils se présentent, au sein du tissu existant, sur des terrains en friche ou en procédant à des reconversions de bâtiments.

Respect de l’histoire industrielle, du « déjà là »

La méthode, peu spectaculaire, est pourtant efficace. Depuis 2002, date de lancement des premières opérations, ce sont près de 350 000 m2 de surfaces de plancher qui ont déjà été réalisées ou lancées : plusieurs ensembles d’habitations, des immeubles de bureaux (dont le siège régional de « Ouest-France »), des pépinières d’entreprises, l’extension et la restructuration d’un centre commercial, une école d’architecture, un pôle d’enseignement en communication et arts visuels, une maison des avocats.

Une multiplicité de programmes divers et variés, publics et privés, dont la réalisation doit suivre un « plan-guide » établi en 2001 par l’urbaniste et paysagiste Alexandre Chemetoff, et actualisé tous les trimestres. C’est, au niveau de la méthode, la véritable innovation du processus d’aménagement de ces 330 ha. Un processus évolutif qui diffère sensiblement des plans d’urbanisme habituellement adoptés – à Euralille, Euroméditérranée, ou Lyon-Confluence – pour dessiner le futur d’un territoire de cette dimension. « Ce plan-guide, n’est pas un règlement, ni une contrainte, mais bien une méthode », dit Laurent Théry. Une méthode douce et non coercitive qui nécessite dès lors un gros travail d’accompagnement des projets, effectué par une structure spécifique créée pour l’occasion par l’équipe d’Alexandre Chemetoff et dénommée « Atelier d’urbanisme de l’île de Nantes ». Cet atelier prend en charge les études de faisabilité préalables à la réalisation des divers projets. « Tous les programmes sont acceptés. Le plan- guide n’est pas un garde-fou mais permet au contraire à chaque projet d’aller plus loin », dit Alexandre Chemetoff, citant la nouvelle école d’architecture avec sa place haute située sur le toit.

Sans être un plan d’urbanisme traditionnel, le « plan-guide » détermine néanmoins les fondements principaux sur lesquels se base l’aménagement de l’île. L’un des principes forts est le respect de son histoire industrielle et l’utilisation du « déjà là ». On le voit par exemple avec la conservation des anciennes halles de construction navale qui abritent aujourd’hui des manifestations culturelles et des jardins. « Au lieu de prédéterminer leur utilisation, on a d’abord réhabilité les halles, ce qui a déclenché des idées de programmes », dit Alexandre Chemetoff.

Les espaces publics, trame de l’urbanisation nouvelle

Même démarche avec la transformation en restaurants, bars et discothèque du Hangar à bananes, ou la réutilisation de l’usine Alsthom pour accueillir des entreprises « créatives » et des locaux d’enseignement.

On le voit aussi dans le traitement des espaces publics où la trace des sols anciens (ciment, béton, pavés, rails…) est conservée chaque fois que c’est possible. Un jardin implanté sur une friche a même été aménagé en gardant la végétation spontanée qui y a poussé au fil du temps. Car, au final, c’est bien l’espace public, dont Alexandre Chemetoff assure la maîtrise d’œuvre, qui fournit le lien unissant la disparité des programmes. Quais, rues, places, promenades, boulevards, jardins, parcs constituent la trame sur laquelle se développera – jusqu’en 2020 – la nouvelle urbanisation, tout en dégageant le plus souvent possible des vues sur le fleuve. Pour qu’enfin la Loire entre en ville.

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Chronologie

1987 : les chantiers navals cessent leurs activités sur l’île.

1991-1994 : mission d’étude préalable commandée aux architectes-urbanistes Dominique Perrault et François Grether.

1996 : l’agence d’urbanisme (Auran) établit un diagnostic détaillé de l’île.

1997 : implantation du palais de justice conçu par Jean Nouvel.

2000 : l’équipe d’architectes-paysagistes Alexandre Chemetoff et Jean-Louis Berthomieu est retenue pour la maîtrise d’œuvre urbaine.

2002-2007 : première phase de travaux. La communauté urbaine de Nantes adopte un programme d’investissements de 120 millions d’euros.

2003 : création d’une SEM dédiée au projet, la Samoa.

2007 : réhabilitation des halles de construction navales et biennale Estuaire 2007.

2008 : livraison de la nouvelle école d’architecture.

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La gestion de l’eau est essentielle

ALEXANDRE CHEMETOFF, urbaniste et paysagiste,maître d’œuvre du projet urbain de l’île de Nantes

«L’île de Nantes réinvente son lien avec la Loire ; les 12 km de berges, jusque-là peu mises en valeur, se découvrent peu à peu ; les aménagements établissent de nouvelles promenades au contact du fleuve. La gestion de l’eau dans son ensemble est essentielle. Des techniques alternatives limitent la consommation d’eau et réduisent les coûts et dispositifs de traitement des eaux pluviales. Sur l’espace public, des revêtements perméables, des noues paysagères ou des bassins traitent l’eau de pluie naturellement et alimentent les jardins et parcs. Les sols existants sont maintenus, les terres et les pavés réutilisés pour une moindre empreinte écologique des aménagements. Tous les espaces verts bénéficient d’un entretien naturel : pas de système d’arrosage, pas de pesticides. Dans les bâtiments neufs, les toits végétalisés et les terrasses plantées permettent de capter l’eau qui est réutilisée pour l’arrosage et l’entretien des parties communes et des jardins intérieurs.»

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Un lieu attractif pour le privé

Laurent Théry, directeur général de la Samoa

«La reconquête de l’île de Nantes ne se fait pas selon un programme prédéterminé d’opérations calibrées, mais en accueillant des projets les uns après les autres. La Samoa est un facilitateur de projets, qui proviennent de multiples acteurs, publics et privés. Notre grande ambition est de faire de l’île de Nantes un lieu qui soit attractif pour les projets privés, ce qui, évidemment, nous amène à faire parfois des compromis, à accepter des architectures « ordinaires ». Mais c’est le lot de toute ville. Il faut savoir s’adapter aux contraintes des opérateurs. Pour autant, aucune réalisation privée ne s’est concrétisée sans qu’il soit tenu compte du projet d’ensemble de l’île de Nantes. C’est au contraire parce que ce projet urbain est très constitué, avec une maîtrise d’œuvre urbaine dotée de capacités fortes, et parce qu’il est soutenu par une volonté politique marquée et durable, qu’on peut avoir cette attitude ouverte vis-à-vis du privé et que celui-ci entre dans notre logique.»

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Le secteur privé associé au projet d’ensemble

Un tiers des opérations engagées aujourd’hui sur l’île de Nantes sont implantées sur des terrains privés. D’où, souvent, de longues négociations avec les investisseurs, propriétaires et promoteurs pour « leur faire partager les objectifs de qualité architecturale et urbaine du projet ». La réalisation de l’immeuble Le Rhuys où se sont installés notamment le siège nantais de « Ouest France » et la Samoa elle-même, est un bon exemple de cette démarche de négociation. Un premier projet existait, à l’initiative du propriétaire du site. Identifiant cet espace comme stratégique pour l’image de l’île – rives du fleuve, face au centre-ville –, la Samoa s’est mobilisée pour convaincre le propriétaire de changer son projet. En premier lieu, Alexandre Chemetoff a établi une « faisabilité », proposant une grande façade sur la Loire et une augmentation de la constructibilité du terrain, en jouant sur sa profondeur. Appuyée par les élus locaux, la Samoa a attiré le groupe Ouest France, séduit par l’idée de jouer les pionniers sur l’île de Nantes, avec son architecte Jean-Yves Barrier. Le propriétaire a suivi et Le Rhuys a été inauguré en novembre 2005. A côté de « Ouest-France » se sont installées les radios locales et la nouvelle école d’architecture, et le quai a été réaménagé en promenade : « Tout le quartier est valorisé », souligne Laurent Théry.

Autre exemple de ce partenariat public-privé, la réhabilitation de l’immeuble « Mutuelle Atlantique » également en bord de Loire (voir photo 13 ci-dessus).

Cet immeuble austère et vieillissant, datant des années 1970, dénote fortement entre le palais de justice de Jean Nouvel, les logements signés Lipsky-Rollet, en chantier, et les grandes halles où loge l’Eléphant de Royal de Luxe. « Les dirigeants de la Mutuelle ont rapidement compris que la restructuration de leur site, nécessaire pour cause de remise aux normes, serait valorisée par celle de tout le quartier alentour. Mais il leur a fallu acquérir la partie de l’édifice qui appartenait à un fonds de pension et restructurer leurs activités dispersées sur plusieurs implantations afin de faire de cet immeuble un siège central », raconte Laurent Théry. Là encore, Alexandre Chemetoff est intervenu pour proposer différentes « faisabilités » démontrant le potentiel du site et l’intérêt de l’ouvrir sur le fleuve. La Mutuelle a souhaité un concours d’architectes – dont l’organisation a été assumée par la Samoa – à l’issue duquel Patrick Rubin (Canal) a été déclaré lauréat.

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