Architecture Technique

Grand prix national de l’ingénierie

Les lauréats du Grand prix national de l’ingénierie 2015 ont été présentés lors de la manifestation « Meet.ING de l’ingénierie », le 15 octobre à Paris. Organisé par les trois ministères de l’Ecologie, de l’Industrie et du Logement, en partenariat avec Syntec-Ingénierie et en association avec le Groupe Moniteur, le concours récompense des professionnels de l’ingénierie pour la qualité de conception et de conduite d’un projet exceptionnel, en cours de réalisation ou achevé, en France comme à l’international. Un prix est décerné dans chacune des catégories – Industrie et Construction-aménagement -, et un grand prix couronne LE projet de l’année au regard des critères de la compétition : l’apport de l’ingénierie à la faisabilité technico-économique du projet ; la pluridisciplinarité de l’équipe ; l’intégration du développement durable ; l’inventivité, la technologie et l’innovation déployée.

Le jury s’est montré sensible aux questions d’énergie en attribuant le grand prix à la société Assystem pour sa machine Energine, qui permet de produire simultanément de l’électricité et de la chaleur à partir de toute source de chaleur dans l’industrie, le bâtiment et même les véhicules. L’énergie encore, avec le prix Industrie qui récompense le projet Wind-it d’Egis consistant à intégrer des éoliennes à axe vertical dans un pylône de télécommunication en site isolé.
Enfin, le prix Construction-aménagement est revenu à Ingérop pour son projet d’aménagement Garonne Eiffel à Bordeaux, en zone inondable. Un projet qui correspond au thème des rencontres de l’ingénierie 2015 : « Ville et climat : répondre aux besoins des villes de demain ».

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Dixit Pierre-André de Chalendar

« L’ingénieur est par essence au cœur de l’innovation, c’est celui qui trouve des solutions. Mais la recherche est aujourd’hui plus ouverte. L’utilisateur final joue un rôle de plus en plus important dans le processus de décision, remettant en cause tous les acteurs de la chaîne. Chez Saint-Gobain, la R & D s’appuie sur des ressources extérieures : les clients maîtres d’œuvre, les laboratoires universitaires, le marketing – qui détecte les besoins – et un nombre croissant de start-up, notamment dans le domaine numérique, qui nous poussent à plus d’agilité. »

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LE JURY Président : Patrice Parisé, vice-président du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). CGEDD (ministère de l’Ecologie) : Serge Arnaud, Bertrand Delcambre, Jean Panhaleux, Georges Debiesse, Jean-Marc Boyer. Direction des entreprises (ministère de l’Industrie) : Benjamin Gallezot, Grégoire Postel-Vinay, Franck Tarrier, Benoît Rogeon, Elsa Demangeon, Sandrine Duchêne. Ingénierie : Patrice Albuisson (Altran), Jean-Pierre Bregeon (ABMI), Christian Bougeard (AIA), Francis Armengaud (Sofresid), François Bailly (SCE), Salah Abou Obeida (ADE), Philippe Naudi (Systra). Syntec-Ingénierie : Christophe Longepierre, Karine Leverger.

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Prix Construction- aménagement - Le risque inondation au cœur du projet

Ingérop a transformé la contrainte climatique, actuellement sur la sellette, en une opportunité.

Le groupe Ingérop est récompensé cette année dans la catégorie Construction-aménagement du Grand prix national de l’Ingénierie, avec le projet urbain Garonne Eiffel, à Bordeaux, pour son approche du risque inondation. Carine Dunogier, chef de projet ingénierie, ne s’attendait pas à cette victoire pour une opération qu’elle qualifie de complexe mais peu démonstrative. Mais elle savoure cette reconnaissance du rôle de l’ingénierie dans la conception de la ville, et l’émergence d’une nouvelle discipline, le génie urbain. « Ce que le jury a primé, ce n’est pas un ouvrage aux contours précis mais un projet ouvert, capable d’évoluer pendant vingt ans », souligne cet ingénieur ESTP responsable du département Génie urbain et infrastructures de l’agence Ingérop de Bordeaux. Dès la sortie de l’école d’ingénieur, elle a complété sa formation par un DESS en aménagement et urbanisme à la Sorbonne « pour s’ouvrir l’esprit ». Et sur le projet Garonne Eiffel, elle montre qu’elle y est parvenue.

Une démarche innovante.

Pour transformer cette friche de 128 hectares – dont plus de 100 inondables – en nouveaux quartiers accueillant des logements, des commerces, des bureaux et des espaces publics, l’équipe de maîtrise d’œuvre urbaine pilotée par TVK a convaincu l’EPA Bordeaux Euratlantique, maître d’ouvrage, en proposant de trouver de nouvelles réponses à la question « Comment construire en zone inondable ? » Carine Dunogier, entourée d’une équipe pluridisciplinaire d’ingénieurs en génie urbain, d’hydrauliciens, de spécialistes en assainissement, en environnement, en bâtiment et en génie civil, est à l’initiative des choix qui ont permis de mettre l’eau au cœur du projet. Garonne Eiffel est une zone de transfert des eaux d’inondation vers des territoires situés en contrebas. « Dans un projet classique, le risque inondation est évalué, et les zones constructibles définies comme un invariant du projet urbain, décrit l’ingénieur. Ici, nous avons proposé une démarche innovante où le projet urbain accueille l’inondation et diminue les hauteurs d’eau atteintes dans les territoires en contrebas. » Un résultat obtenu après des modélisations successives pour définir la meilleure configuration entre trame paysagère, espaces publics et formes urbaines, sans tenir compte des zones inconstructibles réglementaires. Une fois le projet optimisé, les zones inconstructibles ont été redéfinies. Ces espaces seront utilisés pour d’autres usages : espaces paysagers, venelles, noues de stockage des eaux pluviales, corridors de biodiversité. L’équipe est parvenue à cette combinaison de solutions simples et économiques grâce à une gestion de projet concourante et à la mise en place d’une maquette 3D, outil de conception et d’échange de données.

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Prix Industrie - Des tours de télécommunication dans le vent

L’équipe Egis, lauréate du prix de l’ingénierie dans la catégorie Industrie, a marié les ingénieries de la structure, de l’aérodynamique et de l’énergie pour concevoir Wind-it. Le projet consiste à intégrer une ou plusieurs éoliennes à axe vertical dans un pylône métallique au design spécialement conçu pour les accueillir (optimisation de la surface balayée, minimisation de l’impact de l’exostructure sur la production d’énergie, prise en compte des interactions vibratoires…). Après avoir envisagé d’intégrer le système Wind-it aux pylônes électriques haute tension, l’équipe de projet s’oriente aujourd’hui vers une application principale dans les tours de télécommunication mobile situées dans des sites isolés, non raccordées à un réseau électrique ou reliées à un réseau de mauvaise qualité.
Ces tours peuvent être ainsi rendues autonomes en énergie, évitant le recours aux groupes électrogènes, voire produire un excédent d’électricité réinjecté dans le réseau local. Après une maquette en soufflerie à échelle réduite et un prototype grandeur nature de 50 m de haut intégrant trois éoliennes à axe vertical, plusieurs autres prototypes opérationnels sont en projet, sur plusieurs continents. Une gamme de solutions sera ensuite proposée aux opérateurs de téléphonie mobile.

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Grand prix - Cogénération pour l’industrie, le bâtiment, les transports

Le Grand prix national de l’Ingénierie 2015 a été remis à la société Assystem, qui concourait dans la catégorie industrie, pour sa machine Energine. Il s’agit d’un moteur à apport de chaleur externe innovant, basé sur le principe du cycle d’Ericsson. Cette machine thermique permet de produire simultanément de l’électricité et de la chaleur, à partir de toute source de chaleur supérieure à 150 °C. Le moteur utilise des soupapes commandées pour contrôler l’écoulement de l’air entre une chambre de compression et une chambre de détente. La principale innovation réside dans l’utilisation de soufflets à la place d’un ensemble piston-cylindre, rendant le système naturellement étanche et éliminant les frottements mécaniques. Cette technologie peut s’intégrer dans un procédé industriel émetteur de chaleur fatale (métallurgie, verrerie, cimenterie). On peut ainsi valoriser 90 % de la chaleur fatale au-dessus de 150 °C : 25 % en électricité et 75 % en chaleur. Dans le bâtiment, ce moteur couplé à une chaudière permet de convertir 30 % de la chaleur produite en électricité, les 70 % restants servant au chauffage. Enfin, une autre piste est la valorisation de la chaleur à l’échappement d’un véhicule pour la convertir en électricité ou soulager le moteur à combustion interne.

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