Architecture Technique Urbanisme

Gérard Penot, un Grand prix à hauteur d’homme

Mots clés : Urbanisme - aménagement urbain

Salué pour la justesse de ses aménagements, le fondateur de l’Atelier Ruelle plaide pour des villes bienveillantes.

«J’ai en horreur l’hostilité des villes. » Les aversions de l’urbaniste Gérard Penot sont concrètes… Au ras du pavé, même. Le fondateur de l’Atelier Ruelle les fait défiler sur son écran d’ordinateur, sous la forme d’une série de photos de lieux moches : des rez-de-chaussée désolés, des cheminements troués et encombrés de rambardes et de poteaux malvenus. Pour celui qui devait recevoir le 25 novembre le Grand prix de l’urbanisme, décerné par le ministère du Logement, de l’Egalité des territoires et de la Ruralité, il ne s’agit tant de parler de l’esthétique de la bordure de trottoir, que de se préoccuper des citadins et de la considération qu’on leur porte. Ou non. « Comme tout le monde, j’apprécie les beaux skylines mais la ville n’est pas faite que pour être vue de loin. Si le sol n’est pas accueillant, ce sont les piétons que l’on méprise, les usages que l’on néglige. Je le vis comme une agression », s’agace-t-il.

Ulcéré.

Son histoire d’urbaniste avait déjà commencé en réaction à une agression urbaine, la brutale transformation de la place des Fêtes, dans le XIXe arrondissement de Paris, dans les années 1970. Né en 1949, Gérard Penot avait grandi du côté de République, où ses parents tenaient une épicerie. Adulte, il travaillait dans l’industrie agroalimentaire – « dans une entreprise où on fabriquait des machines à paner les poissons ou à fendre les têtes de porcs » – quand il a emménagé à Belleville, près de la place des Fêtes. Ce morceau du « vieux Paris populaire », fait de maisons et de petits immeubles, était alors sacrifié sur l’autel de la modernisation pour laisser place à des tours.
« Quelque chose s’échappait, raconte-t-il. J’étais ulcéré et férocement contre le milieu qui produisait cela. Je n’en comprenais pas les logiques. » Le jeune homme a commencé par militer au sein d’associations. Puis, pour comprendre l’origine de ce mal urbain, avec un ami, il est allé étudier la question à l’université, à Vincennes. « Bon an, mal an, je me suis retrouvé avec une licence d’urbanisme. » En revanche, il n’est pas architecte. S’il a fréquenté UP6, l’école d’architecture de la Villette, pour acquérir « les connaissances spatiales » qui lui faisaient défaut, il n’a jamais passé le diplôme. Il n’en avait plus le temps, puisqu’il avait déjà créé, avec l’architecte Alain Fournier à l’époque, l’Atelier Ruelle.

Intransigeant.

Trente-cinq ans plus tard, Gérard Penot n’a pas une réputation de théoricien. « Il écoute et transforme par petites touches. Il n’est pas dogmatique mais il a des convictions fortes », témoigne Eric Bazard qui a eu « le plaisir absolu » d’être un de ses maîtres d’ouvrage publics, à Saint-Etienne. Et en premier lieu, Gérard Penot plaide pour que la ville soit « aimable ». Il dit « son souci de faciliter la vie des gens. » Et en revient ainsi à ce fameux niveau du trottoir, le lieu du piéton, de l’usager de la ville par excellence. Gérard Penot pense ses projets à hauteur d’homme, réfléchit à des rez-de-chaussée accueillants, ouverts sur l’espace public. « Là-dessus, il est intransigeant », confirme-t-on du côté de ses maîtres d’ouvrage nantais, avec lesquels il travaille à aménager autant qu’à rénover un territoire de 164 hectares entre gare et Loire (lire page 72) depuis 2000. Car Gérard Penot, piéton de l’urbain, est aussi un marathonien. Il aime travailler dans la durée. « Le métier, tel que je le pratique, est un processus », explique-t-il.
Il reconnaît toutefois un moyen d’obtenir des résultats plus rapidement visibles : « Je suis devenu concepteur d’espaces publics car ils sont un accélérateur de qualité urbaine. » Le jury du Grand prix a d’ailleurs salué sa manière de fabriquer des aménagements « frugaux, justes et efficaces ». A entendre l’intéressé, cette simplicité lui est venue avec le temps. « Au départ, j’ai été tenté de surdessiner les espaces. Ce n’était pas nécessaire. Désormais, je préfère maintenir une certaine neutralité. » L’espace public, tel qu’il le crée, n’impose aucun usage et ne force à aucune attitude, permet la rencontre autant qu’il autorise la distance. Et respecte le citadin, puisque c’est bien là, la moindre des choses.

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1949 Gérard Penot naît à Paris.
1980 Il crée l’Atelier Ruelle.
2015 Grand prix de l’urbanisme.

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Sous les frondaisons de Marcillé

Gérard Penot aime « fabriquer ». Et puisque la réalisation urbaine met parfois un long temps à émerger, l’homme a voulu reprendre contact avec la matière et ce Parisien s’est un jour lancé dans la production d’arbres. L’Atelier Ruelle a ainsi créé une pépinière au milieu des années 1990, dans le parc abandonné d’un château en ruine au Plessis-Macé, près d’Angers (Maine-et-Loire). Aux Arbres de Marcillé, on fait ainsi pousser des érables, des hêtres, des chênes destinés à la vente, notamment aux collectivités. Une petite exploitation agricole et la coupe raisonnée du bois de chauffage ou de charpente participent à l’équilibre financier du lieu. Loin d’être une marotte, « l’endroit, dit Gérard Penot, fait partie intégrante de la démarche de l’atelier puisque nous nous confrontons directement à la gestion d’un territoire de soixante hectares ».

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Lyon - Un chantier pour rendre Perrache aux piétons

Dans les années 1970, le centre d’échanges de Perrache, à Lyon, a sans doute été un modèle de modernité. Le cours de Verdun, qui traversait la presqu’île, au sud de la place Carnot, était devenu une autoroute, et l’idée de regrouper dans une même plate-forme des parkings, des lignes de bus, des commerces et le métro, le tout en lien avec la gare SNCF du même nom, avait dû paraître révolutionnaire. « Mais c’était pernicieux », constate Gérard Penot. L’urbaniste décrit en effet ce gymkhana lyonnais en évoquant les ruptures entre le niveau du sol et les infrastructures ferroviaires – six mètres plus haut – et souligne la complexité des liaisons entre la gare et le pôle d’échanges.

Vers la Confluence.

Chargé de la transformation du site, l’Atelier Ruelle entend revenir à davantage de fluidité. « Une idée nous a guidés : penser du point de vue du piéton pour lui permettre d’accéder aux transports en commun… puisque, par définition, ces modes lui sont destinés », remarque Gérard Penot. Les travaux annoncés à partir de 2017 consisteront à démolir les structures parasites, tels des escalators. Les cheminements seront facilités et des ouvertures seront réalisées vers la gare de Perrache. Le piéton verra désormais où il va.

Ce chantier améliorera aussi, au-delà des voies ferrées, l’accès au nouveau quartier de la Confluence… Là où l’Atelier Ruelle mène deux autres missions. D’une part, il a pris la relève de l’urbaniste François Grether et du paysagiste Michel Desvigne pour l’aménagement de la phase I, côté Saône. Tout en interprétant les principes des précédents maîtres d’œuvre, il s’agit notamment d’opérer la connexion avec le quartier ancien de Sainte-Blandine. Enfin, l’Atelier Ruelle est chargé de la maîtrise d’œuvre des espaces publics de la phase II de la Confluence, côté Rhône, dont le projet urbain a été établi par l’agence Herzog & de Meuron et Michel Desvigne.

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Nantes - Sur les bords de Loire, deux quartiers, un projet unique

A Nantes, l’opération Malakoff-Pré Gauchet est un peu « l’autre » grand projet de la ville. Moins connu que L’Ile de Nantes, il s’étend néanmoins sur 164 hectares de la rive nord de la Loire et doit emporter dans un même élan deux quartiers différents. L’ancienne zone logistique du Pré Gauchet, à l’arrière de la gare SNCF, est en cours de métamorphose pour devenir un quartier neuf mêlant du logement et un centre d’affaires. Quant au secteur de Malakoff, avec ses tours et ses barres courbes, il est un exemple typique de ces grands ensembles des années 1970 qui font l’objet d’une rénovation urbaine. Leur point commun est d’être remisés à l’écart du centre-ville par le faisceau ferroviaire. « Il a fallu engager un grand mouvement pour mettre fin à leur ségrégation mais sans nier leurs particularités », explique Gérard Penot, qui arpente les lieux depuis 2000, quand la maîtrise d’œuvre urbaine de l’ensemble lui a été confiée.
Les convictions portées par l’Atelier Ruelle se lisent dans le projet, à commencer par l’attention aux habitants qui semble en avoir dicté le phasage. S’il paraissait stratégique de partir de la gare et de commencer par amorcer le nouveau quartier, il ne fallait pas désespérer le grand ensemble. Le chantier a donc démarré aux deux extrémités du périmètre, pour concerner tout le monde.

Des espaces publics essentiels.

Le soin apporté aux espaces publics a aussi été essentiel. Le boulevard à fort trafic qui longeait les tours de Malakoff a été pacifié et les bords de Loire sont devenus un lieu de promenade. Au Pré Gauchet, rebaptisé « Euronantes », la création du grand mail Picasso a été le premier acte de la reconquête des friches. « Il fallait donner aux investisseurs un signal fort, montrer que le projet était porté par une volonté politique », explique Gérard Penot. L’aménagement porte sa marque personnelle. Les grandes tables qu’il a installées sur le mail rappellent combien il tient à l’amabilité de la ville et au respect du piéton.

A œuvrer sur le site depuis quinze ans, pour les maîtres d’ouvrage Nantes Métropole et Nantes Métropole Aménagement, Gérard Penot a accompagné l’évolution des besoins. Ainsi, dans sa phase II, l’urbanisme d’Euronantes a été intensifié grâce à une augmentation des hauteurs de construction. Une dizaine de tours de logements de 50 mètres sont en projet, si ce n’est déjà livrées. Pour l’urbaniste, « cela permet aussi de créer un lien physique et mental avec les immeubles de Malakoff ».

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