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GÉRARD GRANDVAL LES CHOUX DE CRÉTEIL

Mots clés : Architecture - Béton - Stationnement

Commandé en 1968, le quartier du Palais, dans le Nouveau Créteil, est surnommé « les Choux », appellation qui répond bien au slogan du mois de mai de cette année-là, « l’imagination au pouvoir ». C’est en effet en réaction aux cubes et aux grands ensembles que Gérard Grandval construit entre 1970 et 1974, pour l’Ocil, onze tours d’habitation. Celles-ci adoptent une écriture qui oscille entre organicisme et architecture-sculpture. Tels des pétales de béton, les vastes balcons qui les habillent entièrement donnent aux immeubles leur allure singulière. L’architecte voulait pousser plus loin encore son projet sur l’épiderme de ces bâtiments, en prévoyant une végétalisation des façades qui ne sera jamais réalisée. A leur pied, deux écoles annulaires s’insèrent naturellement au sein d’un aménagement paysager au relief modelé où tout est courbe, de la voirie aux cheminements piétonniers, en passant par les parkings.

Montrez-nous que l’on peut faire autrement ! » lancent Pierre Billotte, maire de Créteil, et Pierre Dufau, architecte en chef du programme d’urbanisme de Montrez-nous que l’on peut faire autre-la ville, à Gérard Grandval, en 1968. Ils font appel à lui pour une vaste opération de logements dont le maître d’ouvrage est l’Office central interprofessionnel du logement (Ocil), un organisme collecteur du 1 % patronal, alors dirigé par Alexis Vibert-Guigue. Tous sont d’accord sur un point : trouver une alternative aux grands ensembles. Grandval vient de se faire remarquer, en 1966, comme lauréat du concours pour un palais de l’air et de l’espace à Paris avec un projet totalement futuriste. Mais aussi avec son prototype de maison-coquille en bois et plastique sur pilotis, dont quelques exemplaires sont construits en 1965 dans la station de ski de La Plagne et à Franconville (Val-d’Oise) dans le cadre du concours « Mille Clubs ». A la suite de nombreuses publications, en France comme à l’étranger, Grandval reçoit des demandes du monde entier mais il ne peut les satisfaire, faute d’industriel prêt à produire en série et à commercialiser son invention.

L’opération du Nouveau Créteil

Au début des années 1950, Créteil n’était encore qu’une petite ville champêtre d’à peine 14 000 habitants, avec des terres majoritairement consacrées au maraîchage. A partir de 1956, après l’édification du grand ensemble de Mont-Mesly par Charles-Gustave Stoskopf, la population croît considérablement. Les nombreux terrains encore libres de cette commune toute proche de Paris appellent la construction de quartiers d’habitation. Mais un déséquilibre se fait rapidement ressentir car la ville manque d’emplois, d’équipements et de transports. En 1965, le général Pierre Billotte (1906-1992), proche du général de Gaulle, est élu maire de Créteil. La commune est alors désignée comme chef-lieu du nouveau département nommé « Val-de-Marne » et il est décidé de prolonger une ligne de métro pour le desservir. Etendue sur 412 hectares, l’opération du Nouveau Créteil poursuit cette transformation, faisant grimper le nombre d’habitants à 59 000 au milieu des années 1970. Cependant, Créteil n’entre pas dans le cadre officiel des villes nouvelles. Après le décès du premier architecte en chef, Jean-Louis Fayeton, Pierre Dufau (1908-1985) lui succède en 1968. Chargé du plan d’urbanisme, il confie l’aménagement des sept quartiers à sept architectes, à qui il demande de faire preuve d’imagination. Pour éviter le syndrome de la cité- dortoir, il décide d’introduire dans chaque quartier un élément de vie diurne, grâce à l’installation de bâtiments publics – lui-même concevra la mairie et la médiathèque.

Un quartier dessiné en trois semaines

Le quartier du Palais, dans lequel Gérard Grandval doit intervenir, est le plus vaste – 29 hectares – et pourvu de nombreux équipements : tribunal de grande instance, université, écoles, crèche, centre commercial. Daniel Badani et Pierre Roux-Dorlut, également auteurs de la préfecture, sont chargés du palais de justice, construit entre 1976 et 1978. En forme de livre ouvert, il se dresse en lisière des tours de Grandval.

Un faisceau d’autoroutes et d’échangeurs fractionne Créteil en plusieurs territoires. Quelques passerelles lancées au-dessus de ces larges fissures tentent de compenser leur isolement. Le choix directeur consiste donc à singulariser par l’architecture des quartiers spatialement très séparés. « Dans le principe, cette idée me dérangeait beaucoup car pour moi, l’architecture n’existe qu’à l’échelle de la ville. Ces quartiers insulaires ne permettaient pas d’instaurer une grande continuité urbaine, des alignements de places et de rues »(*) , explique Gérard Grandval. L’architecte dispose de trois semaines pour dessiner un quartier dans un triangle entre l’autoroute 86 et deux départementales. Le terrain est une ancienne plaine maraîchère. « Il n’y avait rien : pas de site, pas d’historicité, rien à quoi se raccrocher, juste des trognons de choux ». Dans l’une des premières esquisses, Grandval prévoit au milieu du quartier un petit lac circulaire qui aurait rejoint le plan d’eau artificiel au nord duquel se développe le nouveau centre urbain de Créteil. Mais entre des débuts très libres et la réalisation, le projet évolue pour des raisons de financement. En mai 1970, le permis est accordé.

Du dahlia au chou

« J’ai toujours été persuadé que les gens souffrent d’habiter des bâtiments sans visage, des grands ensembles qui ne racontent rien », affirme-t-il encore aujourd’hui. Pour rompre avec la production anonyme, il imagine un lieu dont la singularité se lit déjà sur un plan-masse tout en cercles qu’il compose en pensant aux œuvres graphiques de Sonia Delaunay. « J’enrageais devant l’utilitarisme consternant des villes aux immeubles alignés comme dans des camps militaires, qui se construisaient encore alors que la guerre était terminée depuis plus de vingt ans. » Bâtiments et voies d’accès circulaires sont entourés de barres courbes réalisées par Louis de Hoÿm de Marien (1920-2007) pour la Cogedim, en suivant les serpentins dessinés par Grandval. Dans Le Figaro du 17 mai 1972, ce dernier déclare : « Le logement reste un produit relativement peu personnalisé. Le malaise du public témoigne d’une exigence qui n’est pas seulement limitée au confort. Il est temps de rompre avec une architecture très minérale, très brutale dans ses volumes. Il faut créer des formes plus souples, plus végétales. Des villes plus féminines, plus...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 258 du 17/03/2017
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