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Génie climatique Les installateurs se penchent sur la garantie de performance

Mots clés : Conjoncture économique - Efficacité énergétique - Energie renouvelable - Equipements techniques et finitions - Marché de l'énergie - Marché de lénergie - Marchés privés - Produits et matériaux

Que répondre à un client qui désire un engagement de l’installateur sur la performance de son installation, voire sur sa facture énergétique ? Les professionnels défrichent de nouvelles pistes.

«Il faudra vendre de la garantie. Est-ce que ce sera de la garantie de résultats ou de la garantie de performances ? L’avenir le dira. Mais nous allons devoir inventer des mécanismes, construire une réponse avec tous les professionnels : entreprises, assurances, bureaux d’études… » L’ancien président de l’Anah, Philippe Pelletier, qui va piloter une mission sur la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement dans le parc existant, sait que la tâche sera rude. « Ce sera possible à l’échelle d’un quartier et beaucoup plus difficile dans l’habitat diffus », a-t-il ajouté lors des rencontres de la performance énergétique le 7 septembre. Plus la facture énergétique est douloureuse et plus les maîtres d’ouvrage attendent des garanties sur la performance des installations. Les spécialistes des équipements techniques (climaticiens, plombiers, chauffagistes…) le constatent chaque jour. « Pour l’entreprise, c’est une nouvelle façon de s’engager auprès de son client, estime Eric Aubspin, directeur général de la société S2R (voir encadré ci-contre). Reste à bien maîtriser les risques. » Les contrats de performance énergétique représentent une solution performante pour les grands acteurs de l’énergie, les grands projets et les grands donneurs d’ordre. Mais pour les petites et moyennes entreprises, les outils alternatifs sont inexistants.

D’abord, se former !

« La filière n’est pas encore prête, constate Philippe Pelletier. C’est pourquoi nous n’avons pas opté pour la contrainte immédiate à engager des travaux. » « Il faut apprécier sur quelles bases techniques repose l’engagement de performance énergétique pris par l’entreprise, indique Hervé Leblanc, responsable du département technique assurance produits IARD à la SMA BTP. Le DPE dans les cas courants d’opérations de rénovation énergétique, l’audit énergétique dans les autres, seront des préalables nécessaires pour objectiver le degré de performance. » L’assureur incite les entreprises de génie climatique à la plus grande prudence. « L’engagement de performance pris relève du seul champ de la responsabilité contractuelle de l’entreprise, allant au-delà de la garantie décennale. Aussi, pour examiner les conditions de son éventuel transfert à l’assurance, cet engagement doit faire l’objet d’une analyse spécifique de la part de l’assureur. » De l’avis des entrepreneurs de génie climatique, le premier pas vers la garantie de performances ou de résultats, c’est la qualité de la réalisation. Les entreprises doivent engager un gros effort de formation de leurs salariés. Il faudra aussi miser davantage sur les démarches de qualification et de certification. « Un corollaire de la culture du résultat », a assuré Alain Maugard, président du comité opérationnel du Grenelle de l’environnement sur les bâtiments neufs, lors des rencontres de la performance énergétique.

Améliorer les pratiques des installateurs

« La qualification doit s’adapter aux nouvelles technologies, notamment aux énergies renouvelables, indiquait Pierre Chemillier, président de Qualibat lors d’un colloque consacré au développement durable le 28 octobre. Il faudra introduire de nouvelles nomenclatures d’activités ou modifier certaines définitions qui existent déjà. » Par ailleurs, les référentiels tiendront compte de la formation dispensée dans l’entreprise et définiront des méthodes pratiques de mesures des performances obtenues. De son côté, l’association Qualit’ENR qui délivre les appellations « Quali’Bois », « Quali’PV » et « Quali’Sol » a décidé d’accélérer les audits sur l’installation de chauffe-eau solaires. Chaque entreprise s’engage à être auditée dans sa période triennale d’adhésion. 5 500 audits devraient être réalisés cette année. L’objectif est avant tout pédagogique. Les référentiels de formation évolueront en fonction des défauts constatés. Notons que par cette démarche, Qualit’ENR anticipe la mise en place d’une certification européenne des installateurs inscrite dans le projet de directive européenne sur les énergies renouvelables.

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ENCADRE

Conjoncture :la décélération se confirme

Le dernier baromètre ONTSE/UCF* couvrant le second quadrimestre 2008 (mai à août) confirme le ralentissement de l’activité. Les entrepreneurs ayant répondu à l’enquête (près de 3 600) se montraient réservés quant à leur activité dans les mois à venir. Gageons que la situation actuelle de l’économie générale ne les aura pas incités à l’optimisme.

1,3 % c’est la hausse générale sur la période de mai à août, en décélération par rapport au quadrimestre précédent. C’est le métier du chauffage qui souffre le plus, notamment dans les travaux neufs avec un petit 0,6 %. Dans la droite ligne de la conjoncture générale du bâtiment.

3,8 % c’est la hausse pour le bois et le solaire. Les énergies renouvelables confirment leur bonne orientation. Les pompes à chaleur sont moins dynamiques avec une hausse de seulement 1,5 %. Un ralentissement qui pourrait se confirmer si le crédit d’impôt sur les systèmes air-air venait à disparaître, comme indiqué dans le projet de loi de finances 2009.

(*) ONTSE : Observatoire national des travaux et services liés à l’énergie ;UCF : Union climatique de France (FFB).

ENCADRE

Gaël Parrens*, AQUA SUN Montardon (64) - 7 salariés CA 2007 : 800 000 euros

« La profession doit d’abord se consacrer à la qualité des réalisations »

« Nous travaillons essentiellement dans le résidentiel privé. Mon client type : le propriétaire d’une maison de 100 à 200 m2 construite au début des années 1980 et chauffée au propane ou au fioul. De plus en plus souvent, il nous demande de nous engager, non plus sur les moyens, mais sur la performance des installations voire sur des résultats en termes de facture énergétique. Dire à nos clients « vous aviez une chaudière de 35 kW, je la remplace par une autre de puissance équivalente », c’est fini. Ne soyons pas naïfs. Ils sont de plus en plus instruits et de mieux en mieux informés lorsqu’ils sollicitent un devis. L’entrepreneur ne doit pas oublier son devoir de conseil. Aujourd’hui, il s’agit d’optimiser la rentabilité de chaque euro investi, ce qui suppose une approche globale et plus partenariale. M’engager sur les résul­tats ? Contractuellement, c’est très délicat. A mon sens, la profession doit d’abord se consacrer à la qualité des réalisations en misant sur les qualifications/certifications proposées par Qualibat ou sur les appellations de Qualit’ENR (association qualité énergies renouvelables). J’ai inscrit mon entreprise dans cette démarche avec les marques Qualisol et Club QualiCombi pour le solaire thermique et Qualibois pour le bois énergie. Reste qu’aujourd’hui, avec les prix de l’énergie, les calculs de retour sur investissement des installations sont délicats. A installation équivalente, il faut prévoir actuellement un amortissement sur huit ans au lieu de cinq au début de l’été. »

ENCADRE

Eric Aubspin*, S2R Savigny-sur-Orge (91) - 110 salariés CA 2008 (prévisions) : 35 millions d’euros

« La garantie de performances est un nouvel environnement de gestion des risques »

« Nos clients nous demandent de plus en plus de garanties. Pour l’entreprise, c’est un nouvel environnement de gestion des risques. Il concerne d’abord la bonne exécution du chantier. En travaux classiques sur des marchés privés, il n’est pas rare de voir figurer une caution de bonne fin en plus de la retenue de garantie. Quand on sait que cela peut représenter 20 à 30 % du montant du marché, il n’est pas question de s’engager en plus sur la performance de l’installation et les gains sur la facture d’énergie. A mon sens, il ne peut y avoir d’engagements que si l’entreprise intègre très en amont les réflexions. C’est à la conception que l’on trouve les gisements de progrès et qu’il est possible de limiter les surcoûts. Nous le constatons par exemple sur des opérations lourdes de rénovation dans l’hôtellerie de luxe. Nous optimisons les choix techniques très tôt avec les bureaux d’études. Pas d’improvisations et des prix mieux maîtrisés. Pour les grands projets où il est aussi question de maintenance et d’entretien, nous n’hésitons pas à nous associer avec des partenaires financiers, voire avec des exploitants de chauffage urbain. En fonction des investissements proposés au maître d’ouvrage, nous évaluons les économies d’énergie. La clientèle industrielle, aujourd’hui très sensible à sa facture énergétique, est friande de cette démarche. Nous la mettons d’ailleurs en œuvre depuis un an pour les parfums Christian Dior à Orléans. »

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