Edito Coup de griffe

Gare au Brilo !

Le marché du logement a tout l’air d’un patient incurable. Pour construire plus, le gouvernement continue de perfuser le malade et imagine sans cesse de nouveaux traitements pour remplacer les médicaments récemment prescrits, mais déjà sans effet. La nouveauté aujourd’hui, c’est le Brilo (le bail réel immobilier). Le principe est simple : on sépare la propriété du terrain de celle du bâti. Comme le terrain est cédé pendant un temps donné (jusqu’à 99 ans), sa valeur chute et les logements à construire seront vendus à prix cassés. Pendant toute la durée du bail, les logements peuvent changer de main sans problème, mais pas à n’importe quel tarif, le législateur plafonnera le prix de vente. A la fin du bail, tout ce qui est sur le terrain appartient au propriétaire du terrain.
« Certains ménages vont se faire bien arnaquer », glissait un promoteur lors d’une récente conférence. D’abord, les foyers les moins bien informés pourraient acheter trop cher un logement dont le bail arrive à terme. C’est évident, plus l’échéance du bail approche, plus la valeur du bien plonge. A quel moment la courbe va-t-elle s’inverser ? Pas sûr qu’un acheteur moyen saura en juger. Enfin, le Brilo ouvre une brèche car il aura des successeurs, qui, n’en doutons pas, viendront décorréler l’usufruit (le droit d’usage) de la nue-propriété (les murs). Petit à petit, on implante une idée nouvelle : ce qui a de la valeur, ce n’est plus le logement, mais le fait de pouvoir l’habiter. Demain, les ménages auront le choix : ils pourront acquérir les logements vendus en pleine propriété ou seulement l’usufruit. Et hop, on crée un marché à plusieurs vitesses, où les moins informés perdent à tous les coups.


Barbara Kiraly, journaliste @BarbaraKiraly

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