Edito

Fumer tue

Plus de 130 salariés décèdent chaque année sur les chantiers en France. La faute à la pression, à la négligence, à un malheureux concours de circonstances. Mais parfois, aussi, à cause des psychotropes. « Souvent, dans les accidents gravissimes, l’un des opérateurs est sous l’emprise de la drogue ou de l’alcool », nous confiait récemment le P-DG de Bouygues Construction, Philippe Bonnave.

Comment expliquer, en dépit des efforts d’information et de prévention, la permanence de la consommation de stupéfiants et d’alcool sur les chantiers ? La force des habitudes n’y est probablement pas pour rien. Une certaine dose d’inconséquence non plus. Mais, dans l’esprit des dirigeants du secteur, le vent est semble-t-il en train de tourner. En cas d’accident, les employeurs risquent, il est vrai, une condamnation au pénal, avec de lourdes amendes, voire des peines d’emprisonnement à la clé. Ils multiplient donc les tests d’alcoolémie… mais rien de tel pour la drogue.

Désormais, l’employeur peut s’assurer qu’un salarié n’a pas consommé de cannabis.

A les entendre, un dépistage s’apparenterait à une usine à gaz réglementaire. Soumis à une obligation de résultat, ils subiraient de fait une interdiction de moyens.

Le Conseil d’Etat vient de clore cet entre-deux kafkaïen (lire p. 13). Oui, des contrôles peuvent vérifier si un chauffeur a fumé un joint avant de prendre le volant. Oui, il est possible d’effectuer des tests salivaires sans l’aide d’un médecin. Et oui, en cas de résultat positif, des sanctions peuvent suivre.

Difficile de connaître les effets de ces mesures sur les statistiques. Mais, à l’instar de ce qui se constate dans la sécurité routière, on peut parier que les accidents du travail dans le BTP ne diminueront drastiquement qu’en mêlant prévention, menaces et sanctions. Qu’on le veuille ou non, la peur du gendarme reste efficace. Tant pis pour les récalcitrants, simple grutier ou grand P-DG. Tant mieux pour la centaine de vies qu’il reste à sauver.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X