Management et prévention

Formation Le lycée des métiers : un dispositif en quête de moyens

Mots clés : Apprentissages - Education - Formation continue

Le gouvernement entend doubler le nombre de ces établissements réunissant l’ensemble des filières de formation dans un même lieu. Un objectif ambitieux qui met en lumière la réussite du dispositif. Mais des moyens supplémentaires sont nécessaires.

Objectif : 800. En cette rentrée des classes, le ministère de l’Education nationale vient d’annoncer son intention de doubler le nombre d’établissements labellisés « lycée des métiers ». Lancé en 2001 par Jean-Luc Mélenchon, alors ministre délégué à l’Enseignement professionnel, ce dispositif incite les établissements à centraliser l’ensemble des filières de formation d’une famille de métiers en un seul et même lieu. Le but ? « Regrouper la voie technologique, la voie professionnelle, la voie de l’apprentissage, ainsi que le centre de formation continue et le centre de validation des acquis de l’expérience », comme le précisait Jean-Luc Mélenchon à l’époque. Autrement dit : offrir une palette d’enseignements allant du CAP jusqu’à la licence professionnelle. Pour être éligibles au label, les établissements doivent remplir un certain nombre de critères, parmi lesquels, outre la création d’une offre de formation cohérente et complète, on retrouve l’existence de partenariats avec les collectivités et les milieux professionnels, la mise en place d’actions concernant l’orientation des collégiens, la création de services d’hébergement ou encore un dispositif de suivi des sortants de formation. Actuellement, 400 lycées portent l’étiquette « lycée des métiers », dont une cinquantaine dans la filière BTP.

Un atout en terme d’image

Près de sept ans après le lancement de l’initiative, le bilan est plutôt flatteur. « Le dispositif a permis d’offrir un parcours plus fluide et personnalisé aux élèves, en fonction de leurs qualités : théorique, manuel, concret, abstrait… Chacun est orienté plus facilement vers la filière qui lui convient le mieux », explique Laurent Brault, inspecteur pédagogique régional dans l’Est de la France. D’autant que les passerelles entre chaque mode de formation sont désormais plus souples. « Si un apprenti est en situation de rupture de contrat d’apprentissage mais qu’il a la chance d’être inscrit dans un lycée des métiers, il pourra basculer plus facilement vers la formation initiale ou continue », appuie Jean-Louis Martinez, directeur de l’académie de Bordeaux. Deuxième effet bénéfique, qui bénéficie autant aux élèves qu’aux professeurs : la montée en gamme de la qualité de l’enseignement dans les lycées labellisés. « En s’adressant à des publics différents et en appliquant des modes de formations variés, les enseignants gagnent en pédagogie, ce qui se répercute ensuite sur leurs élèves », précise Fernand Kremer, inspecteur général de l’Education nationale en charge du BTP. Enfin, se prévaloir de l’étiquette « lycée des métiers » constitue un atout de choix en terme d’image. « Un établissement labellisé s’impose de soi-même comme une référence sur la filière qu’il défend. Aux yeux du public, il acquiert le statut d’un pôle de formation complet », décrypte Jean-Louis Martinez. De fait, la majeure partie des lycées labellisés a vu leur nombre d’élèves augmenter de manière significative (voir témoignages).

Un manque de moyens

Même si la dénomination joue parfois contre le lycée… « Le terme de ” métiers ” peut paraître péjoratif pour certaines familles, comme celui de ” professionnel ” ou de ” technique ”. Dans ce cas, le label peut alors être contre-productif en terme d’attractivité si la communication autour de la notion de lycée des métiers n’est pas suffisante », souligne Laurent Brault. Au rayon des bémols, le principal inconvénient du « lycée des métiers » reste d’ordre administratif. Ainsi, un enseignant qui intervient en formation initiale, en apprentissage et en formation continue, est payé par autant d’acteurs différents : l’Education nationale dans le premier cas, le conseil régional dans le second, et les Greta dans le troisième. Résultat ? Il recevra plusieurs fiches de paie… Pas simple de s’y retrouver. Surtout, ce type de tracas démontre qu’un établissement qui acquiert le label « lycée des métiers » est contraint de demander à son corps enseignant de se diversifier et, souvent, de travailler plus. « On demande à un enseignant de prodiguer de la formation initiale, continue et de l’apprentissage, mais en gardant un modèle classique en termes d’horaires, de moyens et de statut », pointe Patrick Gaillard, inspecteur pédagogique régional à Lyon. « En 2003, 11 lycées avaient obtenu le label dans l’académie de Bordeaux. Aujourd’hui, ils sont au nombre de 33, dont quatre spécialisés dans le BTP. Mais aucun moyen supplémentaire n’a été débloqué entre-temps », précise Jean-Louis Martinez. Une situation d’autant plus difficile dans une filière qui, comme le BTP, manque cruellement de professeurs. Cela fait, en effet, quatre ans que le concours de recrutement de professeurs de l’enseignement technique est fermé, réduction du nombre de fonctionnaires oblige. « Il manque environ six ou sept professeurs de génie civil dans mon académie. Un déficit sans impact sur les enseignements dispensés aujourd’hui mais qui peut freiner le développement de formation dans le secteur », illustre Laurent Brault. De quoi apposer une sérieuse réserve sur l’objectif de 400 labellisations supplémentaires…

Plus d’information :

http://eduscol.education.fr

site pédagogique du ministère de l’Education nationale.

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« Une bonne chose pour l’image de l’établissement »

Jacques Marty, proviseur du lycée Cantau à Anglet (64)

C’est en juillet 2003 que le lycée Cantau, à Anglet, a reçu officiellement le label « lycée des métiers ». « Nous nous sommes toujours vus comme un centre d’enseignement global au BTP puisque nous organisions déjà avant la labellisation, outre les cours de lycée, de l’apprentissage et de la formation continue. En plus, nous avons pour voisins une école d’ingénieurs spécialisée dans le bâtiment, et un doctorat de génie civil. Il a juste fallu pousser plus loin ce que nous pratiquions déjà », explique Jacques Marty, le proviseur. Reste que l’appellation « lycée des métiers » a permis à l’établissement de changer de braquet. Aujourd’hui, le lycée Cantau accueille des élèves de la 3e découverte jusqu’à la licence professionnelle, propose 10 BTS différents et s’est considérablement rapproché du tissu économique local. « Nous n’avons pas loin de 2 000 entreprises dans notre fichier et nous gérons 600 offres d’emploi en continu via notre cellule d’insertion dans l’emploi des anciens élèves », précise Jacques Marty. De quoi mettre en lumière l’établissement. « Deux chiffres suffisent à montrer ce que le label apporte en terme de reconnaissance : de 1 150 élèves, nous sommes passés à 1 400 en cinq ans », conclut-il.

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« Un dossier très lourd à constituer »

Olivier Pallez, directeur du lycée Gustave-Eiffel à Talange (57)

L’équipe du lycée Eiffel a tout de suite saisi les avantages à tirer d’une labellisation « lycée des métiers ». « Cela permettait de gagner en cohérence en terme d’enseignement, et surtout de s’afficher clairement comme un pôle BTP », expose Olivier Pallez, directeur de l’établissement. Bonne pioche : alors que l’académie perd 700 élèves par an au niveau secondaire, le lycée Eiffel en a gagné 100 en trois ans. Aujourd’hui, le lycée Eiffel accueille 250 élèves en lycée professionnel, 300 en lycée technique, 170 en BTS, 50 en apprentissage et 50 en formation continue. Mais que ce fut dur ! Pour obtenir la labellisation et s’ouvrir à l’apprentissage et à la formation continue, l’établissement a dû recruter une dizaine d’enseignants vacataires et, faute de crédits, demander aux professeurs déjà présents d’élargir leur spectre de compétences. Pas évident, d’autant qu’entre l’apprentissage et la formation initiale, les fiches de paie n’émanent pas des mêmes autorités. « Certains professeurs ont reçu une partie de leur salaire avec dix mois de retard », se désole Olivier Pallez. De plus, le dossier à constituer pour la labellisation demande plusieurs mois de travail et 450 pages d’argumentaire. « Quand on regarde les résultats, on se dit que ça vaut le coup », positive Olivier Pallez.

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