Management et prévention

financement Soulager sa trésorerie grâce à l’affacturage

Mots clés : Entreprise du BTP - Gestion de l'entreprise

Très utile pour obtenir un règlement rapide des factures d’une entreprise et ainsi renflouer sa trésorerie, le système de l’affacturage connaît un regain d’intérêt dans le secteur du BTP. Il doit toutefois être utilisé avec prudence, eu égard notamment à son coût.

Bon outil, à manier avec précaution. Au dire d’experts, l’affacturage offre de nombreux avantages, mais implique un suivi rigoureux de la part de l’entreprise qui choisit d’y recourir. Cette technique, qui consiste à céder tout ou partie de ses créances à un factor qui en assure le paiement immédiat, contre commission, offre en réalité trois prestations « à la carte », comme le rappelle Patrice Coulon, directeur général adjoint de GE Factofrance : « Il permet d’abord de bénéficier d’un financement cash, dès l’émission de la facture, sans attendre les délais actuels de 60 ou 90 jours. Il permet ensuite d’externaliser la gestion de son poste clients et de se concentrer sur son cœur de business, le factor s’occupant des relances et recouvrements. Enfin, il propose de garantir les créances et supporter les pertes éventuelles relatives aux débiteurs insolvables, par le biais de l’assurance-crédit. »

Une solution temporaire

Longtemps considéré comme « l’antichambre de la mort de l’entreprise », car utilisé en dernier recours, l’affacturage est aujourd’hui perçu comme une technique de gestion. « Il offre effectivement une bonne solution temporaire, et peut s’avérer structurant pour l’entreprise, explique Jean-Louis David, secrétaire général de l’AFDCC (association des crédits managers). Mais c’est un système onéreux, qui risque d’amener l’entreprise à perdre le fil avec ses clients. »

C’est pourquoi Patrick Willer, expert-comptable chez KPMG, recommande de l’utiliser avec prudence : « Il est impératif de bien examiner les conditions de la société d’affacturage et surtout d’assurer un suivi, en interne. L’entreprise ne doit pas laisser le factor gérer seul son compte client : si ce dernier n’arrive pas à se faire payer, par exemple, il redébitera le compte de l’entreprise. D’où la nécessité de bien suivre, en interne, ce qui se passe. »

Traditionnellement, les factors financent assez peu les entreprises de BTP, en raison de leur mode de facturation : « Les factors ont besoin d’avoir entre les mains des créances certaines, explique André Cadrot, directeur général de BTP Banque. Or les entreprises de BTP ne peuvent présenter que des situations mensuelles, lesquelles ne sont qu’une photographie, à un moment donné, de l’évolution d’un chantier. Le factor risque d’être perturbé par la méthodologie des situations de travaux. »

Ce que nuance Patrice Coulon, de GE Factofrance : « Il est certain que le BTP a du mal à trouver ce type de financement. Pour autant, si une entreprise du secteur a des clients de qualité, répartis en termes de risques, nous les acceptons. » C’est sans doute la qualité de son client principal – EDF – qui a permis à Jean-Luc Tuffier, dirigeant d’une entreprise d’électricité parisienne, de se tourner vers l’affacturage. Une solution qu’il a été amené à adopter par nécessité. « Les banques ne prêtent pas pour le haut de bilan, explique-t-il. Or, je manquais de fonds propres pour faire face à ma croissance. »

Découvert contre créances

S’il le considère aujourd’hui comme un outil de financement de fonds propres « classique », Jean-Luc Tuffier déplore toutefois le coût de ce service, entre 0,1 et 2 % du chiffre d’affaires. Un coût que dénonce Hervé Garabédian, directeur du pôle Finance de Marianne Experts. « Il faut en effet payer, sur le montant total, une commission d’affacturage, à laquelle s’ajoutent une commission spéciale de financement, ainsi qu’une retenue de garantie. En outre, souligne-t-il, les banques limitent les lignes de trésorerie court terme et, pour diminuer le risque, demandent aux entreprises une cession de leurs créances en face d’un accord de découvert. Nous l’avons notamment vu dans la location de matériels de BTP. » Aussi, si le coût de l’affacturage s’avère trop élevé, et le besoin de trésorerie trop pressant, Pascal Labrue, directeur général Europe du Sud de Intrum Justitia, préconise une solution d’urgence : « Nous prenons la totalité du poste clients, et effectuons des relances qualifiées et soutenues sur deux mois. Cela permet de faire rentrer un maximum de cash, et de passer une échéance court terme. »

«L’affacturage est intéressant mais il ne doit pas être un système de gestion qui déchargerait l’entreprise de ses responsabilités.»

Jean-Louis David, secrétaire général de l’AFDCC

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

L'EXPERT olivier burdeyron, directeur de e-affacturage, courtier en affacturage

« Le BTP est un secteur tout à fait factorable »

mEst-il judicieux de recourir à l’affacturage dans la période de crise actuelle ?

Le recours à l’affacturage est particulièrement recommandé à trois moments clés de la vie d’une entreprise : en création, lorsque les banques ont tendance à prêter peu, voire pas du tout ; en période de forte croissance, au cours de laquelle les banques accordent des lignes plafonnées, et n’accompagnent donc que très partiellement les sociétés ; et enfin lorsque l’entreprise connaît un passage à vide, comme ce peut être le cas aujourd’hui ; car à la sortie du bilan, les banques suppriment ou réduisent les lignes, et l’entreprise doit trouver des financements ailleurs. L’affacturage apparaît alors comme un bon moyen de répondre à un besoin de trésorerie, de renforcer son fonds de roulement.

mLes PME de BTP ont-elles une grande pratique de l’affacturage ?

Le BTP recourt de plus en plus à cette technique, surtout les petites entreprises de sous-traitance, qui sont souvent payées à des échéances longues. Avant, les banques les accompagnaient, mais elles le font de moins en moins. Le second œuvre est très utilisateur de solutions d’affacturage, sur de petits chantiers de quelques mois. Depuis fin 2008, la demande d’affacturage de ces petites entreprises de second œuvre (entre 50 000 euros et 5 millions d’euros de chiffre d’affaires) est particulièrement forte.

mLes factors semblent toutefois réticents à financer les PME du secteur. Pourquoi ?

Parce que les factors veulent financer des créances liquides, certaines et exigibles. Or, le BTP fonctionne beaucoup par situation de travaux, ce qui peut rendre le recouvrement très difficile en cas de contestation de factures ; ce rejet est tout simplement lié au risque. Mais, pour nous, le secteur est tout à fait factorable ; régulièrement, des factors acceptent de financer des créances sur des chantiers courts (moins de 6 mois), avec des situations quantifiables.

ENCADRE

joël viallon . sotrim . menuiserie . grigny (Rhône)« Cette solution nous offre une grande souplesse »

« Nous avons mis en place l’affacturage il y a environ trois mois car nous connaissons un très fort développement. Notre financement par cessions de créances « Dailly » étant plafonné, il nous fallait trouver une solution pour le compléter. Malgré quelques difficultés, imputables à notre chiffre d’affaires, inférieur à 1 million d’euros, et à notre système de facturation, par situations de travaux, nous avons été acceptés par Bibby Factor, sans doute rassuré par le fait que nous ne travaillons que pour de grands comptes (Icade Capri, Nexity.).

Nous faisons une situation tous les mois, que nous envoyons pour validation au maître d’œuvre, puis nous cédons la facture à Bibby Factor. 48 heures après, l’argent est sur le compte. C’est sûr que c’est un peu plus cher que le Dailly, mais cela offre une grande souplesse. »

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X