Enjeux

« Fayat va chercher la croissance sur les marchés à l’export »

Mots clés : Entreprise du BTP - Industriels du BTP

Codirigeant du 4e groupe de BTP français depuis 2013, Jean-Claude Fayat expose sa stratégie de développement.

Questions à Jean-Claude Fayat, président du groupe Fayat.

Là où certains auraient pu se contenter de gérer l’acquis, Jean-Claude Fayat a hérité de son père Clément, fondateur du groupe Fayat, le goût d’entreprendre et la vision claire d’une stratégie de croissance. Porté par l’activité de Razel-Bec en Afrique, le quatrième groupe de BTP français a compensé le repli des travaux publics en France par une nouvelle percée à l’export.

Quel impact a eu la crise sur votre groupe ?

Aujourd’hui, je ne parlerai pas de sortie de crise, parce que les indicateurs économiques ne sont pas au rendez-vous. Mais le groupe est diversifié, et certaines activités en compensent d’autres. Dans le secteur du bâtiment, même si nous avons souffert, nous n’avons pas enregistré de baisse globale mais une tension en France sur certains métiers. Côté TP, nous avons connu une baisse en France mais elle a été compensée par l’export.

Quelle est votre stratégie ?

L’année dernière, notre activité travaux publics a baissé de 50 millions d’euros en France, mais elle a été compensée à l’export. De 2013 à 2014, le chiffre d’affaires du groupe est stable [entre 3,5 et 3,4 milliards d’euros, NDLR], mais la répartition a changé. Nous gagnons 250 millions d’euros à l’export, mais nous perdons 280 millions en France. Nous souhaitions que l’international continue de croître, et il croît, effectivement, proportionnellement à la baisse d’activité en France.

Quels sont les métiers les plus tendus et ceux sur lesquels vous misez le plus à l’international ?

Nos activités sont liées à l’histoire du groupe, mais aussi à la conjoncture. Les travaux publics sont tendus en France. Les grands projets s’achèvent, même si le Grand Paris est en passe de se concrétiser. Quant aux travaux de proximité, que j’appelle les « travaux d’agence », ils suivent la baisse des investissements des collectivités locales. A l’export, nous étions déjà très présents en Afrique grâce à Razel-Bec, et nous continuons cette progression : depuis le rachat de Razel-Bec, nous sommes passés de 100 à 250 millions d’euros. Notre autre point fort à l’export, c’est la division des matériels routiers, où 90 % du chiffre d’affaires se fait à l’export. Cette division connaît une bonne croissance, sauf en France, où la baisse des ventes de matériel suit la diminution des chantiers routiers.

Comment quantifiez-vous le recul des TP et cela implique-t-il des redéploiements ?

Le repli du marché des TP est de l’ordre de 12 % par an depuis deux ans, ce qui est colossal. Un redéploiement peut être envisagé dans certains métiers, mais cela dépend des activités. Chez Razel-Bec en France, nous avons compensé une diminution très forte des travaux de terrassements au profit des travaux souterrains. Pour cela, nous avons dû créer de la polyvalence, car ce ne sont ni les mêmes métiers, ni les mêmes savoirs. Reclasser, former les gens à un nouveau métier, c’est compliqué, mais nous y mettons toute notre énergie.

Comment se porte la construction métallique, secteur dans lequel vous êtes leader national ?

Nous souffrons aussi. Nous mettons tout en œuvre pour augmenter notre part à l’export, qui n’est pas très forte, mais il faut du temps, être présent sur le plus possible de projets, se présenter comme entreprise générale métal, mais aussi sur les services. Notre stratégie à l’export est de suivre Razel, qui est bien implanté en Afrique. Quand Razel y fait des routes, nous pouvons susciter des synergies sur des ponts, du génie civil industriel. Nous utilisons aussi leur connaissance du pays, même s’il n’y a pas forcément une synergie commerciale. Notre second secteur géographique de développement se situe au Moyen-Orient, dans les Emirats et en Arabie Saoudite. Nous y allons avec les moyens propres de Fayat Métal, avec un savoir-faire très large dans le groupe qui nous permet de nous positionner sur des sujets précis. Pas question de croître tous azimuts.

Votre stratégie de diversification à l’export s’étend-elle à tous vos métiers ?

Si je reprends la stratégie historique du groupe, la diversification s’est faite vers les métiers liés au BTP, et cela reste vrai. Depuis trente ans, nous nous sommes diversifiés à l’export, essentiellement sur les travaux routiers et les TP. Désormais, cette stratégie s’étend à d’autres métiers, parce que nous considérons que c’est un facteur de pérennité. Nous avons commencé sur l’électricité et encore timidement avec Fayat Métal, mais la diversification va se développer.

Autre diversification notable, les PPP. Comment vous positionnez-vous par rapport aux majors ?

Nous faisons des PPP à notre taille. Notre dernier PPP important est celui du périphérique nord de Lyon, où nous sommes présents dans la partie électricité et TP. Nous sommes d’autant plus sélectifs dans nos choix que l’ingénierie financière est difficile à mettre en place sur un PPP. Nous avons aussi réalisé le grand stade de Bordeaux, en partenariat avec Vinci, qui a été livré ce printemps. Je suis satisfait que cet ouvrage ait trouvé son nom. C’est une bonne chose pour la Matmut Atlantique, car ce stade est beau et sera un bel outil de communication.

Et votre groupe se lance dans la promotion immobilière…

Je dirais plutôt que Fayat Immobilier (ex-Somifa) a été créé pour venir épauler Fayat Bâtiment. Nous ne voulons pas faire de l’immobilier pur, mais accompagner notre pôle bâtiment sur certaines opérations, sur des projets où nous estimons être bien placés, apporter une valeur ajoutée, dans la région Sud-Ouest ou plus récemment en Ile-de-France.

Quelles sont vos principales opérations immobilières ?

Les premières opérations importantes de Fayat Immobilier ont été lancées sur l’agglomération bordelaise dans des secteurs en mutation : les Bassins à flots, Euratlantique et à Bruges avec le projet d’aménagement Ausone [850 logements et un parc écologique, NDLR]. Sur ces nouveaux secteurs, nous nous sommes positionnés comme opérateur global en montage d’opération, promotion et aménagement urbain. Sur Euratlantique, nous allons créer 10 000 m2 de bureaux et 140 logements en accession (opération quai Deschamps). Sur l’aménagement des Bassins à flots, nous réalisons une opération mixte de 35 000 m2 de programmes immobiliers. Et des négociations sont en cours à Paris et à Bordeaux.

Vous avez aussi une ambition dans l’énergie ?

Nous avons réalisé en effet notre croissance externe dans ce domaine. Le rachat de Cenergia et de Sageces va permettre à Fayat Energie Services de continuer son maillage territorial et d’étendre son domaine d’activité sur une offre globale pour le bâtiment et l’industrie. Et si l’ancien propriétaire de Cenergia est aussi resté avec nous, comme souvent dans nos croissances externes, c’est parce qu’il a senti que nous avions une volonté de développement.

En résumé, votre stratégie se poursuit dans la durée ?

Nos trois axes demeurent : la croissance interne, celle que l’on maîtrise et où l’on peut mettre en place une stratégie ; la croissance externe, qui fait partie de nos gènes mais qui dépend beaucoup des opportunités ; la croissance à l’international, à travers nos différents métiers. En dix ans, nous avons doublé notre chiffre d’affaires à l’export qui représente 40 % de notre chiffre d’affaires total.

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Un groupe diversifié, leader dans quelques métiers

Fayat est leader français en construction métallique, leader mondial en matériel de compactage (Bomag) et seul full-liner en matériel routier. Avec 19 440 collaborateurs répartis dans 138 filiales, il est présent dans 120 pays. Le chiffre d’affaires 2014 du groupe s’élève à 3,498 milliards d’euros, contre 3,566 milliards en 2013 et 3,408 milliards en 2012. Ses métiers : TP et fondations (30 % du CA), équipement routier (27 %), bâtiment (16 %), construction métallique (10 %), chaudronnerie, manutention et levage (leader des ponts roulants).

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