Technique et chantier

Faux plafond Le polochonnage sauve le Parlement

Mots clés : Jurisprudence - Maîtrise d'ouvrage - Produits et matériaux - Retraite - Second oeuvre

Dans des conditions acrobatiques et sous une chaleur de plomb, la mise en sécurité de 8 000 m2 de faux plafonds du Parlement européen a validé une technique connue depuis plus de cinq siècles, mais jamais mesurée auparavant.

Le traitement de la zone orange succède à celui de la zone rouge dans la sécurisation des faux plafonds du bâtiment Louise Weiss du Parlement européen de Strasbourg (voir encadré). Le sprint d’août et septembre 2008 a précédé un marathon jusqu’au 30 septembre 2009, limite fixée par la commission de sécurité pour le maintien de l’exploitation du bâtiment de 220 000 m2. Près de la moitié des 8 000 m2 à traiter impose des travaux en hauteur. « La tension reste d’autant plus vive que depuis le début du chantier, nous n’avons connu que des mauvaises surprises dans l’analyse de l’existant », affirme Dimitri Tenezakis, chef de site chargé des bâtiments de Strasbourg au Parlement européen : souvent mal positionnées par rapport à l’axe et mal réparties, les suspentes présentent des parties en caoutchouc qui les rendent inadaptées à l’effort exigé. Les défauts du produit et de sa mise en œuvre s’ajoutent à l’abandon des résidus de flocage dissimulés dans le plenum à la fin du chantier, en 1998.

Conditions de travail difficiles

Dans les zones proches de l’hémicycle, le maintien de l’exploitation a contraint le maître d’ouvrage à opter pour une réparation in situ. D’où l’importance cruciale des accès et de la sécurité dans l’opération Dans un espace confiné d’1,40 m de haut à 30 m au-dessus du sol, avec une température avoisinant 40 °C sous le soleil, la sécurité des plâtriers repose sur une forte consommation d’eau et une organisation du travail par binômes. A l’issue des exercices d’évacuation, le Groupement de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux (Grimpe) a conclu à un temps incompressible de 2 h entre un malaise et l’accès aux soins, un accident vasculaire cérébral pouvant entraîner la mort. Sous-traitant spécialisé du staffeur stucateur WereyStenger, Net Concept a jugé l’aptitude de chaque personne travaillant sur le chantier. Le personnel harnaché évolue dans un réseau d’1,8 km ­de rails, et des filets empêchent la chute de bacs ou d’outils.

« Le renforcement et l’intégration de nouvelles suspentes plus résistantes ne présentent guère de difficultés », précise Christian Werey, P-DG de WereyStenger, titulaire du contrat-cadre sur la maintenance des faux plafonds. La validation du mode opératoire a néanmoins donné des sueurs froides à l’issue de la première phase qui a suivi l’effondrement de 8 t (sur un total de 210) du faux plafond en staff partiellement ondulé qui surplombe l’hémicycle. En l’absence d’appréciation technique d’expérimentation (Atex), Bureau Veritas et Apave n’ont pas donné leur feu vert à la technique du polochonnage, utilisée par les staffeurs depuis le XVe siècle pour renforcer des suspentes avec un plâtre liquide armé d’une fibre végétale. Face à la menace d’une annulation de la session parlementaire d’octobre, le CSTB, doublé en Allemagne par le Tüv, a réalisé et analysé les essais dans un temps record d’une vingtaine de jours.

Cette aventure humaine a été marquée par la mobilisation sans faille de chaque maillon de la chaîne de décision : « La performance de nos collègues à Strasbourg restera une référence pour la fonction publique européenne », témoigne Costas Stratigakis, directeur des infrastructures et de la logistique (1). Le maître d’ouvrage réfléchit désormais à la refondation de sa stratégie de maintenance, avec l’assistance du CSTB. Parallèlement, un collège d’experts éclairera le TGI de Strasbourg, saisi en référé à l’issue d’un effondrement survenu trois mois avant l’échéance de la garantie décennale.

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ENCADRE

L’accident du 7 août 2008

Le 7 août 2008, une travée du faux plafond en plâtre de l’hémicycle du ­parlement européen s’effondre d’une hauteur de 25 m. Heureusement, ­l’accident s’est produit pendant les vacances. Aucun signe avant coureur n’avait alerté l’exploitant sur la qualité des suspentes portant 210 tonnes de plafond. Aussitôt prévenu, Christian Werey, P-DG de WereyStenger, interrompt ses congés et ceux de son personnel, tout comme le menuiser Stutzmann et les peintres Europaint et Peintures Réunies. « Le maire de Strasbourg a accepté de différer des chantiers pour que nous concentrions sur le parlement », témoigne Christian Werey. Après la réparation de l’hémicycle en trois semaines, la commission de sécurité a conclu à la nécessité de renforcer ou remplacer les suspentes dans tout l’établissement.

ENCADRE

Fiche technique

Maître d’ouvrage : Parlement européen

Maître d’œuvre : LVS

Staff et faux plafonds : WereyStenger

Bureaux de contrôle : Veritas, Apave

Montant des travaux : 13 millions d’euros

Calendrier : août 2008-septembre 2009

(1) Citation extraite du bulletin interne au Parlement consacré à la première phase du chantier.
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