Autres Biodiversité

Faune et flore à tous les étages

Mots clés : Architecture - Démarche environnementale

Préservation du vivant oblige, architecture et nature font désormais cause commune. La loi biodiversité scellera leur réconciliation…

Coassez rainettes, zinzinulez mésanges : l’architecture ne vous veut (plus) aucun mal ! Les 22 projets lauréats de la récente consultation « Réinventer Paris » (voir « Le Moniteur » du 12 février 2016, p. 62) en attestent volontiers, à grands renforts de bouquets d’arbres, de ruches, de gîtes et de nichoirs accueillants. Paradis pour les insectes assuré et bonne conscience en prime pour les résidents « locavores », friands de laitues, de fraises – voire de thé ! -, végétaux cultivés, récoltés et consommés sur place, sur l’autel du « circuit court ». Qui s’en plaindra ? Le temps n’est pourtant pas si lointain où l’on souffrait pour ces pauvres hirondelles des faubourgs qui ne trouvaient plus où nicher depuis que les anfractuosités du bâti ancien avaient disparu de nos villes. Sans même évoquer les volées de piafs perturbés allant s’écraser comme kamikazes aveuglés contre les falaises de verre des tours de la Bibliothèque nationale de France ou de La Défense…

La COP21 et le louable souci écologique de préserver – ou mieux, de favoriser – la diversité biologique dans toutes ses composantes sont passés par là. C’est que cette biodiversité, définie comme « la totalité des êtres vivants en interaction, y compris les micro-organismes et les services rendus par les écosystèmes », constitue le fondement même de la vie. L’impact d’un bâtiment sur ces fragiles écosystèmes se doit donc d’être évalué et la prise de conscience est désormais bien réelle.
« Il n’y aucune raison de concevoir aujourd’hui un toit-terrasse banal, avec une simple membrane d’étanchéité, souligne ainsi l’architecte Pascale Dalix. Il faut redonner l’espace que le bâtiment prend au sol, à la terre, en végétalisant sa toiture. Le bâtiment rend étanche le sol. Sa toiture doit donc être poreuse. La terre retient l’eau qui n’engorgera pas les canalisations. Elle participe aussi de l’isolation thermique. Pensez au feuillage d’une vigne qui atténue le rayonnement solaire sur un mur, et derrière lequel circule un air rafraîchi. » Et, de fait, ainsi que le soutient Grégoire Bignier, architecte, dans son ouvrage « Architecture et écologie » (Eyrolles) : « Nous pouvons concevoir un urbanisme et une architecture qui favorisent la biodiversité. Couloirs de connectivités écologiques, aires de déplacement, prise en compte des périodes annuelles sensibles pour le développement de la faune, services rendus par le bâtiment (les traditionnels nids de cigogne sur les cheminées) permettent d’entrevoir une organisation créant de la valeur biologique. »

Croissance verte et bleue.

De la nature et de ses lois, il en est précisément question… dans la loi, à tout le moins dans le projet « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages ». Un texte touffu, adopté en deuxième lecture à l’Assemblée nationale dans la nuit du 17 au 18 mars, qui ambitionne de « protéger et de valoriser nos richesses naturelles » en permettant « une nouvelle harmonie entre la nature et les humains » pour faire de la France « le pays de l’excellence environnementale et de la croissance verte et bleue »… L’Agence française pour la biodiversité, qui vient d’être créée, devrait y veiller dès le 1er janvier prochain. Le projet de loi prendra ensuite la route du Sénat pour examen à une date… non encore arrêtée.

Un PLU favorisant les murs verts.

« Ce projet aura différentes conséquences en matière d’urbanisme et d’architecture. Les mesures les plus importantes concernent notamment le paysage », concède-t-on au ministère de l’Ecologie. Soit. Un printemps ne fait pas l’hirondelle et, de ce ballet parlementaire, coccinelles et chauves-souris ne se soucient guère. Mais, qui l’eut cru, ce sont près de 2 000 espèces animales et végétales – libellules, tritons, faucons pèlerins, fougères, mousses et champignons – qui prospèrent en toute quiétude dans la capitale ; Paris qui vient de lancer une « large concertation » en vue d’élaborer, cinq ans après un premier du genre, son « nouveau Plan biodiversité » (voir p. 12). L’objectif affiché de ce programme qui pourrait être arrêté début 2017 reste notamment de préserver/restaurer les « continuités écologiques » en ville, limiter l’imperméabilisation des sols, renforcer le maillage végétal et aquatique de la ville, végétaliser le bâti…

Sur ce dernier volet, la modification du plan local d’urbanisme (PLU) qui pourrait être présentée au Conseil de Paris en mai ou en juin prochain, contient déjà des mesures en faveur du développement de murs verts, de toitures végétalisées et de pieds d’immeubles plantés.
Dans ce vertueux concert, les architectes font entendre leur petite musique. Zélateur des « immeubles qui poussent » en tous genres, l’architecte Edouard François vient ainsi tout juste de livrer avenue de France, à Paris (XIIIe), 92 logements sociaux en plein ciel, abrités dans la bien nommée « tour de la biodiversité » (voir p. 13). Mais cette biodiversité – tout comme l’architecture – est un art de la durée qui a besoin tout à la fois des conditions propices pour s’épanouir et de temps pour y parvenir.

La biodiversité ne se décrète pas.

Du côté de l’immobilier de bureaux, la diversité biologique se veut tout aussi « tendance » même si, comme le confie un brin circonspect un maître d’ouvrage spécialisé, « ça finit toujours avec de la verdure qui dégouline de partout »… Il n’empêche, une telle approche « favorise le bien-être des collaborateurs, améliore la qualité de l’air et du confort thermique, l’esthétique du bâtiment, etc. », veut croire Olivier Haye, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez Gecina, lequel travaille en ce moment aux côtés des architectes Elisabeth Naud et Luc Poux à la réhabilitation lourde d’un immeuble de bureaux, rue d’Amsterdam (Paris IXe), qui aura vocation à être labellisé « BiodiverCity ». « On ne se contente pas du toit, précise-t-il encore, et cette approche nouvelle a un impact réel sur la conception des bâtiments dans la mesure où l’on ensemence également la façade. Nous travaillons sur ces sujets avec les agronomes parisiens spécialisés de l’entreprise ‘‘ Sous les fraises ’’. » Et à l’intérieur même des locaux ? « Cela n’apporte rien. En l’absence de lien avec l’extérieur, ce n’est plus un relais à insectes. C’est de la pure déco ! » Reste que la nature ne s’en laisse pas conter. La biodiversité ne se décrète pas et ne s’installe pas toujours là où on l’attend. « Les oiseaux et les plantes nichent où bon leur semble. A nous de leur offrir le gîte et le couvert, en recréant des îlots de nature à l’état sauvage », relève encore l’architecte Pascale Dalix.

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« Il faut aller plus loin pour renforcer la place de la nature à Paris »

« Replacer la nature en ville est un objectif important et nous allons élaborer un nouveau ‘‘ Plan biodiversité ’’. Le précédent, lancé en 2011, a conduit à la mise en place de stratégies qui dépassent le cadre des parcs et jardins et a permis d’enregistrer plusieurs avancées : les trames verte et bleue ont progressé, des zones humides ont été aménagées et nous avons considérablement renforcé notre engagement dans une gestion ‘‘ zéro phyto ’’ des espaces verts. Mais il faut aller plus loin. D’ici à la fin mai, nous établirons un bilan de cette action, en concertation avec les Parisiens, puis, à partir de juin, nous engagerons la conception du nouveau plan. Il pourrait être présenté au Conseil de Paris début 2017, après l’adoption de la loi sur la biodiversité. Nous avons déjà des pistes telles que la généralisation de systèmes d’éclairage plus favorables à la vie nocturne des espèces dans les espaces verts. En ce qui concerne la construction, la prochaine modification du PLU prévoit déjà des mesures incitatives ou contraignantes en faveur de la biodiversité, parmi lesquelles le retrait du bâti par rapport à la voirie pour créer des bandes plantées en pied d’immeubles, ou l’obligation de végétaliser les toitures au-delà d’une certaine surface. »

Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris, chargée des espaces verts, de la nature et de la biodiversité.

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A Paris XIIIe, une tour qui sème à tout vent

Dérogeant au plafond parisien des 37 m, la tour M6B2, judicieusement baptisée « tour de la biodiversité », atteint les 50 m de hauteur (18 étages). Imaginée par l’architecte Edouard François pour le compte de l’OPH Paris Habitat, elle est végétalisée à l’aide d’espèces prélevées en milieu sauvage via un partenariat avec l’école Du Breuil (école d’horticulture de la Ville de Paris). Encore déplumée, elle a vocation à se recouvrir, d’ici au mois de mai, de chèvrefeuilles et autres grimpantes « sinon je ne porte plus jamais de souliers en croco », a d’ores et déjà prévenu son architecte ! La tour se fera également semencière en permettant aux vents de diffuser des graines dans son environnement immédiat. Intégralement enveloppée de filets d’acier et revêtue de plaques de titane irisé vert, elle a fait l’objet, avec les paysagistes de l’agence Base, d’une « stratégie végétale » qui panache, aux horizons de six mois, dix ans et vingt-cinq ans, des grimpantes et des arbres de basse et haute tiges dans des tubes d’acier avec un système d’arrosage/purge intégré.

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Cohabitation hommes, arbres, oiseaux

Il y a dix ans, une idée a germé dans l’imaginaire de l’architecte milanais Stefano Boeri : un « bois vertical ». Résultat : en 2014, deux tours végétalisées ont poussé dans sa ville grâce au terreau financier des promoteurs Hines Italia et Coima. Aujourd’hui, dans ces deux immeubles de 19 et 27 étages, cohabitent quelque 480 personnes, 780 arbres, 11 000 plantes, 1 600 oiseaux et papillons, sans oublier 9 000 coccinelles… « C’est un lieu de résidence partagé par différentes formes de vie », explique le concepteur qui expérimente ici « une autre façon d’habiter en ville ». La flore attire la faune, et l’homme n’a plus qu’à admirer le spectacle de la nature devant ses fenêtres. L’arrosage est automatique, des cordistes taillent périodiquement la végétation de ces jardins suspendus. « Le vert n’est pas ornemental mais architectural, c’est un matériau de façade qui change de couleurs selon les saisons », explique Stefano Boeri. L’architecte espère semer son bosco verticale sur d’autres terres, pour d’autres programmes.

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Falaise minérale pour la faune et la flore

A Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le Groupe scolaire des sciences et de la biodiversité n’accueille pas que des élèves. Il héberge aussi dans ses murs des oiseaux, des insectes et des plantes. Depuis un an et demi, saison après saison, la nature colonise peu à peu la falaise artificielle qui pare l’extérieur du bâtiment. « Dans l’épaisse croûte en béton que nous avons imaginée, des mésanges et des moineaux sont déjà venus nicher », s’enthousiasme l’architecte Pascale Dalix (agence Chartier-Dalix Architectes). Les blocs préfabriqués, empilés jusqu’à une hauteur de 14 m, disposent de trous d’envol adaptés à chaque espèce d’oiseau. Et des cannelures favorisent l’enracinement des végétaux. A la nature d’y prendre progressivement sa place…

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