Grand Paris

« Faisons d’abord vivre la métropole »

La métropole du Grand Paris a voté son budget. L’occasion pour son président, Patrick Ollier, d’évoquer sa feuille de route.

Patrick Ollier, député-maire (LR) de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), a été élu président de la métropole du Grand Paris le 22 janvier dernier, soit trois semaines après la création officielle de cette nouvelle intercommunalité francilienne, qui regroupe 131 communes et 7 millions d’habitants. L’organisation étant désormais en place et le premier budget voté, la métropole va pouvoir passer à l’action.

Quel regard portez-vous sur ces premières semaines à la tête de la métropole du Grand Paris ?

Quelle progression en un peu plus de deux mois ! La métropole du Grand Paris (MGP) a mis en place toute son organisation. Nous sommes en ordre de marche qu’il s’agisse du conseil métropolitain et de ses 209 élus, du bureau composé de vingt vice-présidents et de dix conseillers métropolitains délégués, et des sept commissions thématiques, désormais au travail. Sur le plan administratif, nous avons voté le tableau des effectifs. Thomas Degos, préfet du Morbihan en exercice, nous rejoindra en mai comme directeur général des services. Maintenant que nous disposons d’un budget, adopté le 1er avril, nous allons pouvoir lancer le recrutement des 27 collaborateurs de notre cadre de mission. Puis, en septembre, nous rejoindrons nos propres locaux car, actuellement, nous sommes accueillis par la mission de préfiguration de la métropole du Grand Paris, rue Leblanc (XVe arrondissement).

Quelles sont les grandes lignes de ce budget ?

Il s’élève en recettes à 3,421 milliards d’euros. Sur ce total, 3,36 milliards sont redistribués aux 131 communes de la métropole en tant qu’attributions de compensation, qui sont le juste retour aux communes de la fiscalité perçue par la MGP. La métropole supporte d’ailleurs, sur son budget, 9 millions d’euros pour garantir la neutralité budgétaire que nous voulons pour les villes. Après déduction des frais de fonctionnement – émoluments des personnels, indemnités des élus, qu’ils ont accepté de ne percevoir qu’à compter du mois de juillet, loyer… -, nous dégageons une marge d’excédent de 60 millions d’euros. Le 1er avril, nous avons transformé cet excédent en fonds d’investissement métropolitain. D’ici à septembre, le bureau devra décider de son utilisation sous forme d’aide aux territoires ou aux communes dans le cadre de nos compétences actuelles : développement économique ; développement durable et environnement. Ce qui ne sera pas dépensé viendra abonder un fonds plus important en 2017. Non seulement la métropole disposera de deux autres compétences – aménagement de l’espace métropolitain et politique locale de l’habitat – mais, en 2017, nous devrons aussi réfléchir aux dispositions nécessaires pour réduire les déséquilibres territoriaux et sociaux au sein du territoire métropolitain.

A quels premiers dossiers allez-vous vous atteler ?

La première priorité est de rendre la métropole lisible, d’en faire comprendre l’intérêt auprès de l’opinion, des chefs d’entreprises, des investisseurs, des aménageurs… et donc de la faire accepter. Nous sommes encore en pleine construction de cette nouvelle collectivité avec, pour stratégie, le pragmatisme, la progressivité et le consensus.

Le 18 février, vous avez lancé « Inventons la métropole » ? Où en est cette initiative ?

« Inventons la métropole » est un appel à projets innovants, qui s’adresse à des architectes internationaux associés à des investisseurs, des aménageurs… L’objectif est de concevoir des projets clés en main sur des terrains proposés par les maires intéressés. Nous nous inspirerons beaucoup de ce qu’a fait la Ville de Paris, qui viendra nous expliquer lors d’un séminaire à Nogent-sur-Marne, le 23 mai, comment elle a procédé. Depuis février, la situation a évolué. Le Premier ministre voulait lui aussi organiser une consultation, « Les hubs du Grand Paris », autour des futures gares du nouveau métro qui auront une visibilité internationale, liée à la proximité d’un aéroport, d’un quartier d’affaires… Nous avons donc décidé de jumeler les deux initiatives, et la métropole contrôlera l’ensemble de l’opération, les maires ayant le dernier mot dans leur ville. Ces concours vont permettre à la métropole d’exister dans les faits et de montrer sa volonté d’être immédiatement utile aux populations.

Le conseil régional envisage lui aussi de lancer un appel à projets, « Dessine-moi le Grand Paris »…


C’est un bouillonnement d’idées très positif, et j’en suis heureux, mais ces deux consultations ne doivent pas se concurrencer. A un moment donné, elles devront être coordonnées pour éviter toute confusion. Nous allons proposer à la région de participer au comité d’organisation et/ou au jury d’« Inventons la métropole ». Nous souhaiterions aussi y associer les départements de la petite couronne.

Comment comptez-vous travailler avec Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Ile-de-France, qui a qualifié la métropole du Grand Paris de « contresens historique » et d’« aberration administrative et économique » ?

Mon objectif est de pouvoir travailler en connivence avec le conseil régional, étant entendu que la région est la collectivité majeure. C’est elle qui émet les documents prescriptifs comme le Schéma régional de l’habitat et de l’hébergement ou le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation auxquels la métropole se conformera. Je n’imagine pas qu’entre Valérie Pécresse, son équipe et nous-mêmes, il existe la moindre différence ni sur les objectifs, ni sur les moyens.

Le 22 janvier, à peine élu, vous avez évoqué une évolution possible de la MGP…

Je pense qu’il faut changer la loi Notre [pour Nouvelle organisation territoriale de la République] car, pour la métropole, elle n’est satisfaisante ni sur le plan budgétaire, ni du point de vue des compétences et du périmètre. La loi votée n’est pas celle que nous voulions. En octobre 2014, le conseil des élus de la mission de préfiguration avait voté à 94 % une résolution exposant sa conception de la métropole. Le gouvernement ne l’a pas respectée. Je suis donc tout à fait à l’aise sur cette question de l’évolution de la métropole mais pas sur celle de sa suppression, bien entendu. Mais ce débat n’aura lieu qu’en 2017 après les élections présidentielles et législatives. Aujourd’hui, mon travail, du matin au soir, est de mettre en marche la métropole.

Valérie Pécresse propose que le périmètre de la métropole corresponde à celui de l’aire régionale…

La métropole est avant tout une intercommunalité de maires. Comme on compte près de 1 300 maires en Ile-de-France, je ne vois pas comment une métropole pourrait fonctionner sur un tel périmètre. Je me refuse à rentrer dans ce débat. D’abord, faisons vivre la métropole telle qu’elle est prévue puis, le moment venu, ouvrons le débat !

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