Enjeux Paul Duphil, OPPBTP

« Face à un risque invisible à effets différés comme l’amiante, il faut sensibiliser sans relâche »

Mots clés : Bâtiment et santé - Hygiène et sécurité du travail

Il ne suffit pas d’interdire la présence d’amiante dans les constructions et les matériaux nouveaux. Paul Duphil, secrétaire général de l’Organisme professionnel de prévention du secteur (OPPBTP) dégage, à la lumière des actions menées depuis vingt ans, les enjeux qui se posent encore à la profession. Avec, au premier plan, la mise en œuvre de modes opératoires adaptés aux enjeux du terrain et garantissant la sécurité des salariés.

Comment la profession s’est-elle mobilisée depuis 1997 ?

L’objectif premier était de préserver la santé et la sécurité sur les chantiers, pour combattre les risques causés par l’amiante présent dans les constructions antérieures à 1997. Fort de sa connaissance technique du terrain, l’OPPBTP s’est mobilisé aux côtés des organisations professionnelles du BTP, afin de favoriser une réglementation adaptée et efficiente.

Nous avons mené de nombreuses opérations d’information pour aider à la prise de conscience du risque et diffuser les solutions opérationnelles auprès des entreprises. Les actions se sont renforcées ces dernières années. La campagne « Pas formé, pas toucher », lancée en 2012 à la suite de la réforme de la réglementation sur la formation des salariés, a ainsi permis de sensibiliser les employeurs sur leurs nouvelles obligations et de les accompagner pour leur mise en œuvre.

Nous avons aussi initié en 2014 l’opération « Carto », en partenariat avec la direction générale du travail, l’Institut national de recherche et de sécurité et les organisations professionnelles du BTP. « Carto » vise à réaliser une cartographie des niveaux d’empoussièrement sur de petits chantiers courants impliquant de l’amiante. L’idée est de rendre la réglementation plus facilement applicable pour les entreprises, en leur permettant de fonder leur évaluation des risques sur une base de données reconnue et facilement accessible.

Quels enjeux se posent pour le BTP aujourd’hui ?

L’amiante est un enjeu de long terme, qui nous occupera pendant plusieurs dizaines d’années, le temps d’éliminer toute trace dans les constructions antérieures à 1997. La préoccupation principale aujourd’hui concerne la protection des salariés sur les petits chantiers compte tenu de la présence d’amiante souvent invisible, car pris dans d’autres matériaux, voire imperceptible tant il est fin.

On observe une conscience insuffisante du risque chez les donneurs d’ordre, particulièrement les propriétaires privés. Les repérages avant travaux sont certes obligatoires mais insuffisamment réalisés et pas toujours qualitatifs. Il faut trouver des modes opératoires pour intervenir à un coût plus acceptable : des barrières économiques s’opposent à une identification précoce du risque et son traitement dans de bonnes conditions. Enfin, depuis deux ans se pose le problème de l’amiante naturel, surtout dans les travaux publics. Cette question est encore en phase d’étude avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), afin de parvenir à un meilleur cadrage technique de mesurage et d’identification.

Comment relever ces différents défis ?

Tout d’abord en poursuivant notre campagne « Carto », qui a vocation à perdurer : nous visons à ce titre, au total, 400 mesurages sur chantier. Cette opération commence à porter ses fruits. Les premiers résultats de notre partenariat avec l’Union sociale pour l’habitat d’Ile-de-France (Aorif) montrent, pour la grande majorité des 60 chantiers tests de désamiantage réalisés à cette occasion, un niveau d’empoussièrement faible. Cela va permettre la mise en place, dans un certain nombre de cas, de modes opératoires simples garantissant la protection des salariés.

Nous nous réjouissons par ailleurs du lancement du plan recherche et développement amiante, destiné à trouver des solutions innovantes en matière de modes opératoires et de protection des salariés. Des solutions émergent : c’est encourageant ! Par exemple la mise au point d’une poche de gel à appliquer sur les murs, afin de percer sans créer d’empoussièrement de fibres, puisque celles-ci sont directement capturées dans le produit.

En somme, nous devons concentrer notre action sur les solutions de terrain : c’est le gage d’une prévention efficace. Enfin, l’amiante présentant des risques à effets différés et non visibles, il faut sensibiliser sans relâche. Nous allons ainsi engager de nouvelles opérations d’information des entreprises et – surtout -des salariés, avec notamment la mise à disposition de supports renouvelés.

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