Architecture Technique Concours d’idées

Europan 13, grand laboratoire de la souplesse urbaine

Mots clés : Concours d'architecture - Établissements de soins

La récente édition de cette compétition européenne ouverte aux jeunes professionnels portait sur le thème de la « ville adaptable ». Elle a fait émerger 93 projets, dont 30 en France.

Tous les deux ans depuis 1988, Europan invite les architectes, les urbanistes et les paysagistes de moins de 40 ans à se frotter aux questions les plus actuelles et parfois les plus ardues. Ainsi, pour la treizième session de ce concours d’idées d’envergure européenne, les candidats ont dû, comme lors d’Europan 12, réfléchir à la construction d’une ville « adaptable », capable notamment d’être fabriquée au fur et à mesure, par des acteurs nombreux et divers. Pour cette édition, 49 sites bien réels, répartis dans quinze pays, ont été soumis à l’analyse des jeunes professionnels, et 1 305 propositions ont été formulées. A l’issue des différents jurys nationaux, les résultats annoncés le 4 décembre dernier ont fait sortir du lot 93 projets, qu’ils aient été déclarés lauréats, mentionnés ou cités.

Exposition et publication.

En France, dix sites étaient à étudier. Ces cas, souvent complexes, ont suscité 316 réponses. Le jury a distingué 30 équipes, réparties selon un classement homogène : dix lauréates (voir page 68), dix mentionnées et dix citées (1). Le travail doit maintenant se poursuivre, car l’ambition d’Europan est d’aboutir, autant que possible, à des réalisations. Les équipes sélectionnées et les villes partenaires se rencontreront donc, dès le mois de février prochain. Cette treizième session fera ensuite, au printemps, l’objet d’une exposition et d’une publication.

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Un palmarès endeuillé

A l’annonce des résultats, Europan a rendu hommage à l’équipe du projet « Les collections navigables » (ci-dessus) mentionné par le jury pour le site de Vernon, et dont les membres figurent parmi les victimes des attentats du 13 novembre, à Paris. Les architectes Amine Ibnolmobarak et Emilie Meaud, ainsi que la sœur de cette dernière, Charlotte Meaud, consultante en innovation et entrepreneuriat, ont été tués lors des attaques. Maya Nemeta, l’épouse d’Amine Ibnolmobarak, a été grièvement blessée.

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« Les jeunes architectes et urbanistes ont une grande capacité d’ouverture »

Nathan Starkman, ingénieur, Grand prix de l’urbanisme 1999 et président du jury Europan France.

Que retirez-vous de votre expérience de président du jury français pour Europan 13 ?

Jusqu’alors, je n’avais connu le concours qu’à travers ses résultats et aussi, en tant que directeur d’agence d’urbanisme, en accompagnant une mairie qui avait proposé un site. En prenant part pour la première fois au jury, j’ai été frappé par l’enthousiasme que suscite Europan. Chez les candidats, d’abord. Rien que pour la France, 316 propositions ont été reçues. Il est vrai qu’Europan est né ici il y a 25 ans. La France occupe donc une grande place dans le bataillon des compétiteurs. Mais l’intérêt des villes qui soumettent des sites est aussi manifeste. Elles étaient dix en France pour cette session. Et leurs représentants se sont beaucoup impliqués. Ils ont mené un gros travail pour exprimer leurs attentes, puis pour analyser les projets et expliquer leurs préférences. Toutefois ils ne sont pas membres du jury d’Europan. Tout cela montre l’intérêt de ce concours, qui permet à des collectivités territoriales d’ouvrir des réflexions, souvent sur des sujets nouveaux, et à coût raisonnable. Quant aux jeunes professionnels, Europan est depuis l’origine un moyen de les mettre en valeur et de les faire accéder à la commande. La finalité de cette compétition est en effet de déboucher sur des réalisations. Mais ces cas restent encore trop minoritaires.

Europan a la réputation de détecter les meilleurs jeunes professionnels, mais aussi d‘être un concours exigeant…

On demande en effet beaucoup aux candidats, dans un concours qui a évolué ces dernières années vers des sujets plus urbains qu’architecturaux. Les équipes doivent répondre à une sorte de « double commande » : celle des villes, qui soumettent leurs sites d’études et aspirent à obtenir des réponses pragmatiques ; et celle définie par les thèmes d’Europan. Pour cette session, il avait été décidé de prolonger la réflexion engagée lors d’Europan 12, sur « la ville adaptable ». Plutôt que des objets, les candidats devaient élaborer des projets dans la durée, des processus. Il fallait donc penser « fabrication de la ville » : montage, financement, acteurs, gouvernance… Tout en traitant les enjeux de développement soutenable, de mixité etc.
Europan demande d’être créatif sur des sujets complexes, mais qui sont d’actualité. Les architectes et les urbanistes ne peuvent plus faire l’impasse sur ces thèmes, auxquels ils seront confrontés dans leurs parcours. D’ailleurs les sites proposés étaient révélateurs de questionnements actuels, tel celui de Bondy, emblématique de toutes les zones commerciales, dont on ne sait aujourd’hui comment les rénover. Ou encore le cas des trois communes de Corrèze réunies dans un même site (une première !), qui posait la question cruciale de l’avenir des bourgs ruraux (Voir l’article du « Moniteur » n° 5823 du 3 juillet 2015, NDLR).

Quelles conclusions tirez-vous des résultats ?

Les projets rendus ont montré que ces jeunes architectes et urbanistes ont une grande capacité d’ouverture. Même des sites d’apparence modeste, mais qui posaient des questions difficiles, comme celui de la Corrèze ou du vieux village de Goussainville, ont suscité un grand nombre de réponses. Et les équipes candidates ont su développer les compétences adaptées, au‑delà de celles propres à l’architecture, pour s’emparer des questions de processus et de participation comme de développement durable. Certes, elles succombent parfois aux modes, et nous avons vu un peu trop de fermes urbaines, de crowdfunding ou d’espaces de coworking. Mais les réponses de qualité sont nombreuses, plus que les projets retenus.
Nous avons constaté que beaucoup d’équipes savent sortir des périmètres proposés pour mieux accrocher leur projet aux atouts du site, et qu’il y a un intérêt marqué pour les questions de grand paysage.
Enfin, j’ai souvent été impressionné par la qualité des rendus. Je crois vraiment que les projets sélectionnés ont le potentiel pour approfondir l’idée de la « ville adaptable », et pour la mettre en œuvre.

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Dix sites en France

(1) Les résultats pour la France sont disponibles sur www.europanfrance.org

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