Enjeux Aménagement

Etalement urbain et massif forestier : cocktail incendiaire

Le risque feu de forêt concernera bientôt toute la France. Pour limiter les dégâts, deux solutions : le développement raisonné de la ville et un plan de prévention adapté.

Eté noir dans le sud de la France où 4 400 hectares de forêts sont partis en fumée mi-août. Bien que ces incendies ne soient pas rares – 24 000 hectares de forêt sont brûlés chaque année en France métropolitaine – ils surprennent par leur localisation périurbaine. « Et pourtant, plus l’urbanisme progresse dans les massifs, plus ces événements sont d’actualité », signale Eric Maillé, ingénieur chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea).

Réduire les interfaces avec la forêt.

Face à la pression démographique, les maires étendent leur ville pour accueillir les populations nouvelles. En Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), certains élus grignotent les terrains agricoles ou les forêts. « Dans les zones agricoles, les collectivités locales développent plutôt des lotissements assez denses, détaille Eric Maillé. A l’inverse, dans les zones forestières, les administrés recherchent un bâti plus haut de gamme, avec une urbanisation plus lâche. En conséquence, l’interface entre l’habitat et les zones forestières est plus importante. » Et c’est bien là où le bât blesse. Dans les Bouches-du-Rhône, par exemple, 47 % des départs de feux ont lieu dans ces espaces situés entre les constructions et la garrigue. « Pour protéger les habitations des feux de forêt, il faut créer des zones tampon afin de limiter les contacts avec la végétation, explique Myriam Bouhaddane-Raynaud, paysagiste-urbaniste au CAUE du Gard. Cela passe par l’aménagement d’espaces verts, de terres agricoles ou le débroussaillage des zones forestières. En parallèle, il vaut mieux éviter d’aménager les lotissements en raquette, dotés d’une seule sortie : en cas d’incendie, ils piègent les habitants. »

La loi oblige d’ailleurs les propriétaires à débroussailler dans une zone de 50 mètres autour de leur logement (le maire ou les services de l’Etat peuvent porter cette obligation à 100 mètres dans les zones à fort danger). Problème : dans un rapport publié en avril dernier, le Commissariat général au développement durable (CGDD) déplorait « le respect très insuffisant de l’obligation légale de débroussaillement ». Si les habitants rechignent à l’appliquer, c’est parce que « cela coûte cher, du moins la première fois, et que la garrigue devient moins sauvage, plus artificielle », croit savoir Eric Maillé. Et pourtant, le débroussaillage fonctionne ! « Des études prouvent que 90 % des habitations qui respectent la réglementation sont protégées lors d’un incendie important », assure Nicolas Chasez, directeur général adjoint des services techniques de Vence (Alpes-Maritimes).

Douze ans pour adopter un plan de prévention.

La loi n° 95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement a instauré les plans de prévention des risques naturels prévisibles. Dans les zones à risque, les services de l’Etat travaillent à l’élaboration des Plans de prévention des risques incendie de forêts (PPRIF). En Paca, « 85 ont été approuvés et 34 sont en cours d’instruction, dénombre Eric Maillé. Parmi eux, 20 le sont depuis plus de douze ans à cause des recours déposés. »

Les PPRIF adoptés sont annexés au plan local d’urbanisme (PLU). Ils limitent donc drastiquement la construction sur le territoire et, par ricochet, les possibilités de développement d’une commune. Sur ce sujet, le CGDD recommande « l’approbation, dans le délai d’un an, et au besoin par anticipation, des PPRIF prescrits depuis plus de dix ans sur les secteurs les plus vulnérables » (lire ci-contre). Le développement à venir des plans locaux d’urbanisme à l’échelle intercommunale (PLUI) pourraient eux aussi être mis à profit pour lutter contre le risque incendie. « Pour mener une politique de prévention des risques efficace, il faut penser l’urbanisation de la collectivité à l’échelle d’une forêt ou d’un massif, en travaillant avec les communes concernées, et pas seulement à l’échelle communale », juge Myriam Bouhaddane-Raynaud. Aujourd’hui, les populations du sud de la France sont les premières concernées par ce danger. Mais avec le réchauffement climatique, « les territoires à risque d’incendie de forêt devraient s’étendre significativement vers les régions du nord de la France à l’échéance de 2040 », prévoit une étude du CGDD publiée en 2011. Sont concernées les anciennes régions Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Centre, Bretagne et le nord de la région Midi-Pyrénées.

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Quatre mesures à appliquer pour réconcilier habitat et forêt

« La gestion de l’interface habitat-forêt constitue un des points faibles majeurs de l’action de prévention [des feux de forêts, Ndlr] », note le Commissariat général au développement durable (CGDD) dans un rapport publié en avril sur la défense de la forêt contre l’incendie. Les auteurs du document remarquent également que « le mitage de la forêt par l’habitat, dans un contexte de forte pression démographique et urbaine, se poursuit (non-respect des règles d’urbanisme, cabanisation…) ». Fort de ce constat, le CGDD propose quatre mesures pour réconcilier l’habitat avec la végétation qui l’entoure :

la généralisation du « porter à connaissance » et des cartes d’aléas, incluant les friches agricoles et autres couverts végétaux, à tous les territoires exposés au risque ainsi qu’à ceux qui vont l’être dans le contexte du changement climatique ;
l’approbation dans le délai d’un an, et au besoin par anticipation, des Plans de prévention des risques incendies de forêt prescrits depuis plus de dix ans sur les secteurs les plus vulnérables ;
la mise en œuvre d’un programme de démolitions d’office des constructions illégales dans les zones à risque incendie et des formes d’habitat illégal en forêt ;
l’application sans faille du code forestier pour s’opposer aux demandes de défrichement, lorsqu’elles sont porteuses d’un risque incendie de forêt.

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« Six ans pour modifier notre PPRIF »

« En 2002, Vence a été l’une des premières communes des Alpes-Maritimes à disposer d’un Plan de prévention des risques incendie feu de forêt (PPRIF).
Après avoir réalisé les travaux prescrits (pose de poteaux incendie, création de voies de bouclage, etc.), nous avons demandé en 2006 la révision du règlement et du zonage du PPRIF. Après six ans d’attente – les services de l’Etat sont débordés – notre PPRIF devrait être modifié d’ici à la fin de l’année. Car le plan de prévention impacte le développement de la commune. A Vence, la plupart des terrains non construits se situent en zone à fort risque. En conséquence, nous peinons à rattraper notre retard de production de HLM, et la construction du deuxième collège de la ville reste en gestation.
Par ailleurs, nous avons transféré à la métropole la compétence défense incendie et une partie de la compétence voirie. Quand elle souhaite réaliser des travaux sur le sol communal, elle doit demander des autorisations. Cela alourdit les procédures. Enfin, à l’échelle métropolitaine, les travaux de sécurisation représentent des millions d’euros… De fait, ils sont souvent repoussés. »

Nicolas Chasez, directeur général adjoint des services techniques de Vence (Alpes-Maritimes)

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4 000 départs de feu chaque année en France métropolitaine et, en moyenne, 24 000 hectares de forêt sont incendiés.
6 000 communes classées à risque dans l’Hexagone.
Source : Irstea – juin 2016

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