Technique et chantier

Etablissements de santé Une nouvelle jeunesse pour les maisons de retraite

Mots clés : Architecte - Bois - Enfance et famille - Grand âge - Maison individuelle - Rénovation d'ouvrage - Temps de travail

Les établissements d’accueil pour personnes âgées font l’objet d’une approche technico-architecturale plus humaine et plus sensible. Les besoins supposés de silence et de repos des pensionnaires sont désormais contestés. Dans les nouvelles maisons de retraite, tout est pensé au contraire pour solliciter et maintenir les sens en éveil et préserver le lien avec l’extérieur.

Le papy-boom dans les pays développés, dû aux départs en retraite massifs prévus jusqu’en 2020, semble susciter chez les maîtres d’œuvre et d’ouvrage un questionnement en profondeur sur l’architecture des établissements d’accueil pour personnes âgées. Comme au sortir d’une longue torpeur, cette réflexion apparaît d’autant plus vive que, pendant bien longtemps, ce type de programme ne semblait pas éveiller d’intérêt particulier, laissant souvent l’innovation architecturale sur le bas-côté, au profit de restructurations de bâtiments existants ou de réalisations de genre « vernaculaire ». Les opérations récentes témoignent aujourd’hui d’une recherche qui, soucieuse de rattraper le temps perdu, décloisonne les établissements et les dépoussière des préjugés du siècle dernier.

C’est ainsi que les besoins supposés de silence et de repos des pensionnaires sont désormais contestés. Dans les nouvelles maisons de retraite, tout est pensé au contraire pour solliciter et maintenir les sens en éveil, préserver le lien avec la vie, la ville et l’extérieur en général. Des extérieurs qui pénètrent ainsi le bâtiment, du hall jusqu’aux chambres qui se trouvent parfois disposées en balcon sur la rue. Comme le souligne en effet – avec pertinence – l’architecte Elizabeth Naud, si les actifs ont besoin, après leur journée de labeur, de se soustraire à l’agitation de la ville, les retraités, au contraire, ont besoin d’y être reliés du fait même de leur inactivité professionnelle. Dans ce renouveau contemporain des maisons de retraite, il est tout aussi intéressant de constater que le confort des pensionnaires n’est plus le seul visé. Celui des visiteurs entre enfin en ligne de compte : petits salons intimes, patios plantés, aires de jeux pour les enfants, etc. Et pour favoriser pleinement les liens intergénérationnels à l’intérieur même des établissements, certains accueillent parfois des crèches ! Manière de dire que la boucle est bouclée.

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L'EXPERT Elisabeth Kruczek, médecin-gériatre, conseillère technique auprès des maisons de retraite et des collectivités.

« 30 m2 de chambre constituent la bonne mesure »

« Nos enquêtes auprès des personnes âgées montrent un grand désir de rester à leur domicile. D’où la nécessité, en maison de retraite, de préserver l’intimité. Ce qui signifie des mètres carrés supplémentaires pour personnaliser les chambres, y disposer des meubles, partitionner différemment l’espace de l’une à l’autre. Et surtout, éviter depuis l’entrée la vue directe sur le lit, peu dynamisante à cet âge. Du point de vue des personnes interrogées, 30 m2 constituent la bonne mesure. Cependant, l’intimité commence dans les circulations, par des seuils, des zones semi-privatives avec des boîtes aux lettres, des photos. Cela se réfléchit en amont, afin que les personnes âgées acceptent de quitter leur « chez soi » pour en constituer un autre, presque dans l’esprit d’une nouvelle aventure. Ne l’oublions pas : personne n’envie ce qui a été donné à nos aînés ! »

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Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) Un bâtiment en lien avec la ville

«Pour une maison de retraite, l’important c’est la vie et donc la ville », fait valoir Elizabeth Naud, architecte avec Luc Poux de celle d’Issy-les-Moulineaux. Implanté sur un terrain cédé par l’hôpital Corentin-Celton, l’édifice (131 lits) parvient à s’abstraire de la machine médicale mitoyenne pour afficher un visage résolument tourné vers la vie urbaine. Massives, les façades sur rue sont revêtues d’un parement en pierre de Vals – de la quartzite en provenance des Grisons suisses – et imposent le bâtiment à l’angle de la voirie. Une partie des chambres se trouve ainsi en relation directe avec l’espace public extérieur.

Au rez-de-chaussée, la rue s’immisce au travers d’un grand hall vitré traité à la manière d’un lobby d’hôtel : bureaux de l’administration à l’entrée comme zone de réception, espace salon ouvert au centre, coin-café, salon de coiffure, etc. Par transparence, cette rue continue de s’insinuer au-delà du hall, jusqu’en fond de parcelle, en un long patio planté. Là, deux ailes de chambres se font face. Légères, leurs façades entièrement vitrées compensent la vue sur rue par celle sur jardin. Au-devant d’elles, des stores motorisés s’accrochent à une structure métallique et, par temps de brise, ondulent comme des voiles de bateaux. Une passerelle de type industriel, à l’usage du personnel, relie les deux ailes. Le tout formant un cœur d’îlot évocateur de l’utopie sociale du familistère de Guise (Aisne). Et si l’on interroge Elizabeth Naud sur un investissement particulier à l’égard de ce type de programme, elle répond tout de go : « A l’agence, on aime les gens, c’est tout ! »

Maîtrise d’ouvrage : société anonyme d’économie mixte de l’Arc-de-Seine (Semads).

Maîtrise d’œuvre : Elizabeth Naud et Luc Poux, architectes associés. SNC Lavalin Groupe, BET (structure, fluides, cuisines). GV Ingénierie, économiste.

Entreprise générale : GTM (Vinci).

Surface : 7 542 m2 HON.

Coût des travaux : 13,21 millions d’euros HT.

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Le Val-d'Ajol (Vosges) Le grand âge face au paysage

Petit bourg aux toits pentus entouré de massifs montagneux, le Val-d’Ajol vient d’inaugurer sa nouvelle maison de retraite (72 lits). Celle-ci vient se substituer à l’ancien bâtiment du XIXe siècle, refermé sur lui-même, avec ses façades austères et autoritaires.

Conçu par les architectes Pascale et Jan Richter, le nouvel édifice, dessiné comme un hôtel de montagne, embrasse au contraire le grand paysage. Ses longues lignes de faîtage s’accrochent au relief et la large utilisation qui est faite du bois le raccorde à l’univers omniprésent de la forêt.

Ainsi, tel un leitmotiv architectural, le mélèze guide les pas des usagers et des visiteurs depuis le parvis d’accueil, planté d’arbres, jusqu’à l’intérieur des chambres.

En effet, pour inscrire en grand le bâtiment dans l’environnement, le bois recouvre l’intégralité de la façade d’entrée. Sur les autres, il joue en duo avec la blancheur du béton, découpant les volumes pour en diminuer la hauteur.

A l’intérieur, l’ossature poteaux-poutres scande les circulations, comme un alignement de troncs d’arbres, tandis que dans les chambres, les placards en façade forment une épaisseur chaleureuse et intime, comme un volet de chalet. Ainsi, inscrite dans la nature, la maison de retraite du Val-d’Ajol répond à l’appel de la haute qualité environnementale (HQE) : structure et bardage en mélèze non traité, isolation par l’extérieur, chaufferie bois, ventilation double flux, plancher rafraîchissant, eau chaude solaire.

Conduit en site occupé, le chantier s’est déroulé sous les yeux des pensionnaires qui ont vu ainsi le bâtiment grandir jusqu’à maturité, avant de déménager en douceur. Un souhait des architectes pour la réalisation de ce bâtiment en harmonie avec le grand paysage vosgien.

Maîtrise d’ouvrage : maison de retraite du Val-d’Ajol.

Maîtrise d’œuvre : Richter architectes (Jan et Pascale Richter, architectes). Julie Peschard, chef de projet. SIB études, BET structure béton. Sédime, BET structure bois. G. Jost, BET fluides et électricité. Economie 2, économiste.

Principales entreprises : Socopa (structure et bardage bois), Grégoire et Dinkel (gros œuvre), Vollmer (menuiseries extérieures).

Surface : 3 008 m2 HON.

Coût des travaux : 6 millions d’euros HT.

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Lanvollon (Côtes-d'Armor) A la manière d'un hôtel de bord de mer

A priori, rien ne distingue ce foyer logement pour personnes âgées de Lanvollon, d’une résidence habituelle, voire d’un hôtel balnéaire du bord de mer. C’est précisément à cette dernière image que les deux architectes bretons, Jean Guervilly et David Cras, ont pensé en anticipant, avec force enthousiasme et humour, la manière de finir leurs vieux jours dans leur région natale.

Les quatre-vingt-sept logements de 30 m2 (type T1bis), avec espaces collectifs en rez-de-chaussée, sont répartis sur deux ailes parallèles séparées par un patio. Une configuration qui permet d’obtenir une échelle raisonnable pour l’ensemble. C’est en effet l’une des problématiques de ce type de programme que la répétitivité des logements en nombre, de petite taille et tous identiques, qui génèrent des façades sans fin, source d’anxiété diffuse pour les résidents âgés. Jean Guervilly et David Cras ont contourné cet écueil par un découpage volumétrique de l’édifice. Des loggias de 9 m2 viennent évider les façades et agrandir les chambres aux dimensions d’un vrai logement. Les salles de bains s’y avancent deux à deux, derrière des panneaux de béton matricé qui déjouent la trame serrée des studios.

En attique, des terrasses à usage collectif s’intercalent entre deux modules, créant un effet de petites maisons sur le toit. Elles offrent aussi la possibilité d’un bâtiment évolutif, où des studios supplémentaires pourront toujours venir se glisser dans les creux de l’existant. « Tout bâtiment doit contenir les conditions de son extension », ont comme credo commun les deux architectes. A fortiori, quand l’âge moyen de la population ne cesse d’augmenter.

Maîtrise d’ouvrage : Côtes-d’Armor Habitat.

Maîtrise d’œuvre : Jean Guervilly, architecte mandataire. David Cras, architecte associé. Armor Ingénierie, BET fluides. BSO, BET structures. Cabinet de La Peschardière, économiste.

Principales entreprises : Scobat (gros œuvre), Bernard Jan (charpente bois, menuiseries extérieures, menuiseries intérieures), Serumétal (Serrurerie).

Surface : 4 600 m2 HON.

Coût des travaux : 4,63 millions d’euros HT.

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