[TO] Urbanisme et aménagement

Equipements Les skateparks de nouvelle génération

Mots clés : Architecte - Architecture - Collectivités locales - Concours d'architecture - Mobilier urbain - Sport - Technique de construction

Lorsqu’ils se résument à une succession de modules préfabriqués posés sur une dalle en asphalte, les skateparks sont souvent délaissés par les usagers. Une nouvelle génération d’équipements apparaît, envisagés comme des projets mieux intégrés à leur contexte urbain et conçus par des maîtres d’œuvre spécialisés.

Le conflit d’usages généré par la pratique des sports urbains en ville n’est pas nouveau. Depuis les années quatre-vingt, les skateurs ont fait de la rue leur terrain de jeux favori, envisageant les éléments de mobilier urbain comme supports de leurs figures les plus spectaculaires, au grand dam des collectivités. Aujourd’hui comme hier, les amateurs de skateboard et de rollers partagent l’espace public avec les piétons, les poussettes, les trottinettes, les vélos, les voitures et… les chiens. Vouloir empêcher cette pratique relève de l’utopie tant la discipline est de toute évidence bien plus qu’une mode éphémère et s’est ancrée dans le paysage urbain.

Les collectivités publiques ont bien pris la mesure de l’engouement pour la pratique de ces sports. Depuis plusieurs années, nombreux sont les projets de skateparks indoor ou outdoor construits dans les villes. En créant des équipements dédiés à cette discipline, les municipalités espèrent voir les skateurs délaisser enfin l’espace public. Difficile pourtant de satisfaire et de canaliser cette population exigeante, qui n’hésite pas à bouder un équipement, même flambant neuf, si elle le juge mal conçu.

Equipements sur mesure

Depuis quelques années, on assiste à l’émergence de bureaux d’études et d’architectes (souvent skateurs eux-mêmes) spécialisés dans le domaine. S’adjoindre les services de professionnels pour concevoir leurs skateparks, écouter les besoins des usagers : les municipalités ont tout intérêt à prendre la mesure de l’enjeu afin de s’assurer du succès de leur projet. « De nombreux skateparks publics outdoor existants ne rencontrent pas leur public et ne répondent donc pas aux attentes des collectivités qui en font l’acquisition », déplore Jean-Baptiste Picot de Hall 04, un bureau d’études et d’ingénierie spécialisé. Mis en cause, les fabricants qui inondent le marché en proposant des solutions toutes faites, consistant à juxtaposer des modules en matériau composite sur une dalle en enrobé, sans se préoccuper du contexte environnant. « Cette dalle de base est généralement inappropriée, poursuit Jean-Baptiste Picot. En effet, la granulosité du support est une question essentielle en terme de rendement dynamique, et sera également l’ennemi le plus redouté lors des chutes, qui sont fréquentes. » Par ailleurs, au-delà de leur vocation sportive première, l’intégration de ces équipements dans la ville est une dimension à prendre en compte. « Il faut considérer les skateparks comme des pièces urbaines à part entière, comme un espace public partagé, convivial et accueillant », confient les architectes de Constructo, agence spécialiste de la question.

Ainsi envisagée, la nouvelle génération de skateparks a donc pour objectif de mettre fin à la logique modulaire qui a longtemps prévalu, en proposant des équipements conçus sur mesure par des maîtres d’œuvre. « Une démarche de création de skatepark regroupe un ensemble complexe de besoins et de contraintes qui nécessite l’expertise d’intervenants expérimentés et qualifiés », conclut Jean-Baptiste Picot.

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ANNECY (HAUTE-SAVOIE) Un jeu de plates-formes accrochées à la pente

Sur le site des Marquisats, la ville d’Annecy avait réalisé en 2000 un premier équipement pour la pratique des sports urbains. Malgré le succès rencontré, celui-ci s’est rapidement révélé insuffisant en termes de possibilités offertes aux usagers. Pour compléter le skatepark existant, la ville a organisé un concours afin d’en concevoir l’extension, une procédure inédite pour ce type de programme. Surplombant le lac d’Annecy, le site présente une forte déclivité d’environ six mètres. « La ville souhaitait créer un lieu atypique, fortement lié à la topographie », explique l’architecte Stéphane Flandrin. Au-delà d’un simple programme sportif, le projet a donc été appréhendé dans une logique paysagère où priment la modestie et l’effacement de l’intervention afin de respecter au mieux les qualités intrinsèques du lieu. « Collant au plus près de la topographie, poursuit-il, l’extension révèle la déclivité du terrain tout en offrant un nouveau parcours à travers le site. Il s’agit ici d’un véritable travail de paysage, même si aucun arbre n’a été planté, vu la prédominance végétale existante. » Le skatepark prend la forme d’un jeu de plateformes minérales reliées entre elles, qui créent les différences de niveaux que requiert la pratique des sports urbains.

Maîtrise d’ouvrage : Ville d’Annecy.

Maîtrise d’œuvre : Jean-Michel Favre, architecte mandataire, Constructo Skatepark Architecture ; ADP Dubois, paysagiste ; BE Plantier, BET.

Surface : 750 m².

Coût : 250 000 euros HT.

Calendrier : concours en avril 2007 ; livraison en octobre 2008.

Entreprises : Béton Projeté Méditerranée, génie civil ; Spie, éclairage.

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Samuel Stambul et Stéphane Flandrin, architectes (agence Constructo) « Il faut renouer avec les formes urbaines où ces sports sont nés »

Quel regard portez-vous sur les skateparks réalisés en France ?

Souvent, le skatepark est composé d’une juxtaposition de modules préfabriqués, sans relation avec les formes et les micro-architectures présentes dans la ville habituellement utilisées par les skateurs. Les matériaux composites utilisés pour ces modules s’éloignent de la minéralité et de l’urbain, valeurs recherchées par les pratiquants.

Les projets de skateparks contextuels se multiplient…

La connaissance des villes à l’égard de ces équipements s’enrichit par les premiers retours d’expériences. Elles mettent plus fréquemment en perspective les coûts d’investissement et d’entretien, la pérennité, les aspects d’attractivité, de notoriété et d’intégration paysagère. Elles prennent conscience qu’il est pertinent de réaliser un projet durable en béton, aussi bien pour sa valeur d’usage que pour son esthétisme et sa facilité d’entretien.

Quelles sont les clés d’un équipement réussi ?

Imaginer un skatepark comme un lieu de plaisir et de convivialité, c’est renouer avec les formes urbaines originelles où ces sports sont nés. Intégrer plus sensiblement cet équipement dans l’espace public se révèle indispensable. Mais s’adapter aux particularités d’un site, ce n’est pas seulement un moyen d’enrichir les projets de valeurs esthétiques et fonctionnelles. C’est surtout une manière de concevoir des formes plus libres, originales et adaptées aux attentes des pratiquants.

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Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) Une feuille minérale qui reconstitue des mouvements de terrain

Plus qu’un simple skatepark, cet équipement représente un enjeu urbain important pour Saint-Rémy. Il s’agissait en effet de recréer des liens entre la ville et les fonctions sportives déjà présentes sur le site, comme un mur d’escalade et un stade. « L’acte fondateur du projet, explique l’agence Constructo, maître d’œuvre de l’opération, a été de proposer une voie d’accès qui puisse jouer le rôle d’une véritable rue, redonnant au site le caractère urbain qui lui faisait défaut. » Autour de cette nouvelle épine dorsale s’articulent les différents éléments : un mur de 2,50 m de hauteur dévolu à l’expression graphique, qui sépare le stade de l’espace de glisse, un terrain de streetball implanté sur la dalle préexistante et le skatepark proprement dit. Dédié à la pratique du skateboard, du BMX et du roller, celui-ci prend la forme d’une « feuille minérale » d’un peu plus de 1 000 m² contrariée par des mouvements de terrain. L’accent a été mis sur la fluidité de transition d’une aire à l’autre, l’objectif étant de permettre aux trois disciplines concernées de trouver des lignes de pratiques originales et variées. Les sanitaires et un local associatif sont regroupés à l’entrée du site dans un bâtiment dont le toit est rendu accessible via une rampe végétalisée. Cofinancé par le conseil général des Bouches-du-Rhône et la région Paca à hauteur de 62 %, le reste étant pris en charge par la ville et le Centre national pour le développement du sport, ce skatepark a été inauguré le 16 mai dernier.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Saint-Rémy-de-Provence.

Maîtrise d’œuvre : Constructo (architecture et ingénierie).

Bureau de Contrôle : Anco Méditerranée.

SPS : TPING.

Surface totale traitée : 1 600 m² dont 1 070 m² de skatepark.

Coût : 336 000 euros HT (conseil général, région Paca, Ville de Saint-Rémy, Centre national pour le développement du sport).

Entreprises : Alpilles Terrassement ; BPM, génie civil ; Etablissement Jack Sautel, gros œuvre ; Croix-Sainte-Industrie, serrurerie ; René Rubio, plomberie ; Protelec, électricité ; Maniebat, aménagements paysagers.

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Saubion (Landes) Un lieu convivial ouvert à toutes les générations

La petite commune de Saubion (moins de 1 500 habitants) vient tout juste de se doter d’un équipement modeste en termes de taille néanmoins ambitieux. Ce nouveau skatepark est situé dans une zone multi-activités (école maternelle, terrains de tennis, piste de vélo BMX, zone ludique dédiée à la petite enfance). « Le concept est caractérisé par la diversité des supports techniques offerts sur une surface aussi réduite, tout en conservant une longueur totale de dalle supérieure à 40 mètres pour favoriser la diversité des lignes », explique Jean-Baptiste Picot de Hall 04, à qui la ville a confié le projet. Outre la vocation sportive de l’équipement, l’objectif était de créer un lieu ouvert à tous, intergénérationnel et intercommunal. Une exigence qui « nous a amenés à travailler la convivialité du site par l’adjonction de tables et de bancs à destination des pratiquants, des accompagnants et des visiteurs. La volonté de la maîtrise d’ouvrage sur ce projet était de recréer l’ambiance fronton, lieu de pratique sportive, mais aussi lieu de convergence sociale », poursuit-il.

Semi-enfoui, l’équipement est entièrement réalisé en béton ; 80 % de sa surface est dédiée à l’aire de street, 20 % au bowl (partie enfouie et incurvée).

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Saubion.

Maîtrise d’œuvre : Hall 04 & Cie.

Surface : 390 m².

Coût : 79 000 euros HT.

Livraison : février 2009.

Entreprises : Concrete Waves Skate Parks.

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