Edito

Epineuse question

C’est le dernier mais pas des moindres. Le 174e article de la loi pour la Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages s’est fait bien discret jusqu’ici. Pourtant, grâce à lui, la loi parue dans la torpeur de l’été instaure le titre de « paysagiste concepteur ». Elle en réserve l’usage à celles et ceux qui ont reçu une formation technique mais également culturelle à la transformation des paysages. En quelques mots, l’ultime article grave dans le marbre l’acte de naissance d’une profession avec ses formations, ses diplômes et son éthique.
Qui s’en plaindrait ? Le chantier de réparation de notre cadre de vie est colossal. Depuis le « tout-voiture » des années 1970, le mitage généralisé des campagnes par l’habitat individuel en passant par les lotissements mal intégrés dans les bourgs ou l’anarchie des zones d’activités en entrées de ville, nous avons laissé la France s’enlaidir, la biodiversité reculer et notre patrimoine naturel se détériorer.
Reste que, pour s’attaquer à une vaste reconquête territoriale, les paysagistes vont devoir régler l’épineuse question des limites de leur profession : choisir entre conception et travaux. Le Code Guadet avait répondu à la question dès 1895 pour les architectes, les libérant du conflit entre l’intérêt général de leur mission et tout risque d’activité mercantile dans un métier tourné vers le bien commun.
Les paysagistes concepteurs ne relèvent-ils pas de la même préoccupation ? En effet, leur activité fédère à la fois les contraintes techniques et sociales d’aménagement des territoires. Sans monopole à l’heure actuelle, ils ne devraient néanmoins pas tarder à s’imposer dans quelques domaines clés de cette discipline. Déjà, la loi sur la Liberté de création, l’architecture et le patrimoine – parue trop tôt pour le valider – l’envisageait pour les lotissements. Ce premier pas vers le recours obligatoire partagé avec les architectes imposerait d’abord de trancher cette question de séparation d’activités : la transformation des paysages, comme l’architecture, est-elle d’intérêt public ?
Les paysagistes ne peuvent faire l’économie de ce débat.

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