[TO] Urbanisme et aménagement

Entretien «Intensifier les liens entre les campus universitaires et la ville»

Mots clés : Métier de la construction - Qualification des entreprises

« Ville et université » était le thème retenu pour les 14es universités d’été du Conseil français des urbanistes (CFDU), qui se sont tenues du 2 au 4 septembre sur le Campus de Talence-Pessac-Gradignan, près de Bordeaux. Francis Cuillier, président du CFDU, fait le point sur ces échanges, et insiste sur le potentiel de transformation des campus français.

Quel est votre diagnostic sur les universités françaises telles qu’elles existent aujourd’hui ?

Un premier constat s’impose, celui de la faible attractivité des universités françaises auprès des étudiants et des chercheurs étrangers. Pourtant le niveau d’enseignement est reconnu comme élevé même si, par rapport aux autres pays occidentaux, nous accusons un fort retard en matière de transversalité : il y a un manque de passerelles, que ce soit entre les disciplines ou entre les Grandes écoles et les universités. Cette balkanisation de l’enseignement supérieur trouve un écho dans l’organisation spatiale des universités. Au morcellement des équipements s’ajoute une faible intégration des campus à la ville. Il ne faut pas oublier que la plupart des universités ont été construites dans l’urgence afin de répondre aux besoins d’enseignement des générations issues du baby-boom. Mai 68 était passé par là, et cela explique en partie que beaucoup de campus aient été construits à l’écart, en périphérie. Ces campus sont rarement devenus des lieux de vie, ouverts seulement huit mois sur douze, et fermés aux populations non universitaires.

Les campus existants ont-ils des atouts à faire valoir ?

Il y a aujourd’hui une véritable prise de conscience, tant de la part des élus que des universitaires, que l’université a un rôle important à jouer dans l’attractivité d’un territoire. De même, son poids économique, en termes de transports ou de logements par exemple, ne doit pas être négligé. Toutes les grandes villes cherchent d’ailleurs à ramener les équipements universitaires dans leur tissu dense, en les intégrant aux projets urbains en cours. De leur côté, les campus implantés en périphérie connaissent certes des difficultés, mais ils conservent aussi plusieurs atouts, avec en tête un foncier mutable important. On sait aujourd’hui que le nombre d’étudiants va stagner, voire baisser dans de nombreuses régions. C’est une occasion de repenser les liens entre l’université et la ville.

Comment réinventer les relations entre campus universitaires et villes ?

Tout ce qu’il y a sur le campus doit pouvoir être utilisable par d’autres. On peut y faire de la ville, densifier le bâti, amener des équipements par exemple, avec des Salles de musiques actuelles (Smac), des lieux permettant la tenue de colloques, de congrès. L’espace disponible permettrait aussi d’y aménager des parcs urbains ; des logements – pas seulement étudiants -, des complexes sportifs dont manque cruellement aujourd’hui la population collégienne et lycéenne. Enfin, il ne faut pas oublier que la plupart des étudiants ont besoin de travailler : amener de la vie économique sur les campus doit être une priorité.

Dans quelle mesure l’Opération campus* peut-elle changer la donne ?

L’Opération campus a eu le mérite de ranimer le débat sur les usages de l’immobilier universitaire. Aujourd’hui, la valeur économique d’une université est difficilement lisible. Les équipements appartiennent à la fois à l’Etat, l’université et les régions, ce qui complique d’autant les emprunts nécessaires à leur développement. Regardons comment fonctionnent nos voisins. Les universités britanniques emploient par exemple des « fund raisers », qui drainent des financements défiscalisés. Séparer la gestion et l’exploitation des infrastructures est une autre solution à explorer, évidente si l’on souhaite que les enseignants se consacrent exclusivement à l’enseignement. L’ouverture au privé est également une opportunité, à une période où la puissance publique ne peut plus réaliser tous les investissements nécessaires. Un encadrement public de ces investissements me paraît cependant nécessaire car il y a un risque réel de dériver vers un système à deux vitesses. Enfin la question de la gouvernance mérite d’être posée. L’échelon régional est sans doute le plus à même de répondre aux défis auxquels doivent aujourd’hui répondre les universités.

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* Présentée en février 2009, l’Opération campus vise à dynamiser les campus existants, avec des dotations de l’Etat allant de 70 millions d’euros à 850 millions. Douze campus ont été retenus, 13 autres, considérés comme « prometteurs » ou « innovants », bénéficiant également d’apports de la puissance publique (20 à 50 millions d’euros), pour un investissement total évalué à 5 milliards d’euros.
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