Enjeux Xavier Huillard

Entretien avec Xavier Huillard, P-DG de Vinci – « Notre modèle fonctionne merveilleusement bien »

Mots clés : Entreprise du BTP

Le P-DG de Vinci compte renforcer les deux piliers de sa stratégie : les concessions et les activités de travaux.

Le tout, au service d’une ambition mondiale.

Vous venez de finaliser l’acquisition des aéroports de Lyon. Le tropisme du groupe Vinci pour les métiers de la concession était-il inscrit dans ses gènes à sa création, il y a seize ans ?

Oui. Vinci est né en 2000 du mariage de la SGE et de GTM, mais l’intérêt des entreprises du groupe pour les métiers de la concession remonte à la fin du XIXe siècle. Une période où nos prédécesseurs ont eu l’idée de construire eux-mêmes le barrage hydroélectrique pour lequel ils avaient obtenu la concession. Ils ont eu l’intuition que l’alliance des métiers de court terme du contracting (activités de travaux) et de long terme – les concessions – créerait de la résilience. Ils ne se sont pas trompés et, après un XXe siècle où l’activité des concessions s’est développée lentement, l’acte fondateur de leur renaissance a été la consolidation de Cofiroute lors de la fusion de GTM et de la SGE, qui détenaient respectivement 34 % et 31 % de ses parts. Par la suite, l’activité s’est accélérée avec les acquisitions d’Escota et d’ASF en 2006, qui ont fait de nous le leader européen des concessions autoroutières, et plus récemment avec notre développement spectaculaire dans l’aéroportuaire, où nous nous sommes hissés dans le top 5 mondial.

Comment se manifeste la résilience issue de la complémentarité entre les concessions et le contracting ?

Notre modèle repose sur deux piliers : l’activité de concession, qui génère des résultats consistants et réguliers à travers ses contrats à long terme mais consomme énormément de capitaux ; et l’activité de contracting , qui génère moins de marges et est plus soumise aux cycles économiques, mais qui consomme infiniment moins de capitaux. C’est la complémentarité et l’équilibre subtil que nous trouvons entre ces deux activités qui nous permettent d’atteindre cette résilience. Ce modèle fonctionne merveilleusement bien : malgré la crise du secteur que nous subissons depuis 2007, notre résultat net courant n’a jamais baissé.

Quel avenir prédisez-vous aux concessions et aux PPP ?

Un avenir florissant ! Les concepts de PPP et de concession connaissent un développement partout dans le monde, notamment sur le continent américain. Mais leur montée en puissance n’est pas linéaire. Il y a parfois des mouvements contraires, par exemple en Grande-Bretagne, où les PPP, qui s’étaient beaucoup développés, ont presque totalement disparu pour des raisons conjoncturelles de nature essentiellement politique. Mais ils vont revenir.

Il s’agit seulement de se montrer patient. Ces modes de contractualisation ont le grand avantage d’assurer au client que son projet correspondra totalement à ses besoins, tout en lui garantissant des coûts maîtrisés. Leur deuxième atout est qu’ils permettent de sanctuariser les coûts de maintenance sur toute la durée de vie de l’équipement public, ce qui est vertueux en termes patrimoniaux et environnementaux : la réalité est qu’un PPP est bien plus qu’un simple outil financier !

Les PPP ont pourtant souvent mauvaise presse…

Là encore, cela dépend des cas. La LGV Tours-Bordeaux, dont nous sommes concessionnaires, n’a fait l’objet d’aucune levée de boucliers, par exemple. Il s’agit pourtant d’un projet géant (6 milliards d’euros de travaux), très impactant pour les populations traversées (113 communes) et les 223 espèces présentes sur le tracé. Cela signifie que tout le monde a considéré qu’elle était utile pour l’aménagement du territoire.

Ce qui n’est pas le cas de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, dont la controverse ne s’éteint pas…

En effet, mais ces controverses visent davantage le projet lui-même – même si les décisions récentes de la cour administrative d’appel lui sont plutôt favorables – que son mode de contractualisation. Elles ne nous concernent donc pas directement, et nous n’avons à aucun moment été mis en cause pour la qualité de notre travail. Nous sommes sur ce projet au service de l’Etat et nous nous mettons dans le droit fil des décisions qu’il pourra prendre.

Dans l’Hexagone, constatez-vous une reprise du bâtiment ?

Oui, mais essentiellement dans le logement. La relance de la production est enclenchée, et nous proposons de l’accélérer encore, notamment à travers l’offre innovante de Vinci Construction Primméa, qui permet de gagner 20 % sur les coûts de construction en optimisant nos process en interne. Cela passe notamment par l’augmentation de la polyvalence des opérateurs sur les chantiers : un compagnon qui a fini de couler sa dalle doit être capable d’installer une chaudière à gaz ou de poser des menuiseries. Ceci est rendu possible par les efforts de formations, déjà très intenses dans le groupe (18 heures par an et par personne en moyenne dans le monde), mais aussi par l’introduction progressive du BIM sur les chantiers.

En quoi le BIM peut-il favoriser la polyvalence des compagnons ?

Contrairement au BIM utilisé en conception – et maintenant en exploitation -, qui se développe à grande vitesse, le BIM en phase exécution en est encore à ses balbutiements. En simplifiant à l’extrême, il va permettre aux compagnons de disposer de « notices » de montage des éléments constitutifs de l’ouvrage. Ils appliqueront un mode opératoire défini en amont de manière très précise, qui leur permettra d’évoluer plus facilement d’un poste à un autre.

Après avoir traversé une période noire, les travaux publics semblent reprendre un peu de couleurs. Le constatez-vous ?

Nous étions très inquiets en début d’année concernant l’activité routière. Nous le sommes moins aujourd’hui. Les collectivités locales ont un peu desserré leurs budgets d’investissements grâce aux efforts sur les dépenses de fonctionnement. Grâce aussi aux aides de l’Etat et à la hausse des droits de mutation liée à la reprise de l’immobilier.

« Nous aurons sans nul doute l’occasion de négocier d’autres plans de relance autoroutiers. »

Elles ont, par ailleurs, retrouvé des capacités d’endettement à la faveur des taux bas. Néanmoins, l’activité routière est encore loin de ses niveaux de prospérité historiques.

Bénéficiez-vous des effets du plan de relance autoroutier ?

Effectivement. Les chantiers du premier plan de relance, signé l’année dernière, ont si bien démarré que François Hollande s’est rendu sur l’un de nos chantiers cet été pour annoncer un deuxième plan. Contrairement au premier, qui prévoyait une enveloppe de travaux de 3,2 milliards d’euros financés par les concessionnaires (dont 2 milliards pour Vinci Autoroutes) en échange d’un allongement de la durée des concessions, celui-ci sera financé par une augmentation des péages et une participation des collectivités locales concernées. De fait, il sera plus facile à enclencher car il prend place dans le dispositif contractuel existant.

Ces projets vont-ils aboutir ?

Les collectivités ont à cœur de voir sortir les projets qu’elles attendent depuis des années. Et il y en a beaucoup dans les tuyaux : sur les 10 milliards d’euros de projets que nous avions présentés pour établir la liste des projets du deuxième plan de relance, entre 500 millions et 1 milliard d’euros seront vraisemblablement retenus. On voit bien que dans les dix ans qui viennent, nous aurons sans nul doute l’occasion de négocier d’autres plans de relance.

Le réseau ferré du Grand Paris pourrait aussi constituer une bouffée d’oxygène ?

Tout à fait. Nous démarrons la future gare Eole sous le Cnit de La Défense et nous sommes en négociation pour des lots majeurs du Grand Paris Express, notamment pour la ligne 15 sud, qui succéderont utilement aux grands contrats de génie civil de la LGV Tours-Bordeaux, dont les travaux d’infrastructures se sont achevés il y a un peu plus d’un an.

Chaque année, la part de l’international croît dans votre activité (42 % en 2015). Allez-vous passer le seuil des 50 % ?

Nous ne nous donnons pas d’objectif chiffré, mais il est clair que notre empreinte à l’international doit continuer à augmenter et va devenir majoritaire, car c’est là que se trouvent nos principaux relais de croissance.

Ce développement à l’international peut prendre trois formes. La première, qui est de loin la plus rapide, consiste à acquérir des entreprises. Nous ciblons des entreprises au fonds de commerce et au tissu relationnel local solides, culturellement compatibles, que nous intégrons dans notre réseau afin d’en doper le développement et les capacités bénéficiaires grâce au process d’excellence à l’œuvre dans le groupe.

En un an, nous avons réalisé cinq acquisitions significatives dans le monde. La deuxième voie est celle de la croissance organique, qui consiste à aller chercher des affaires.

C’est notamment le rôle de Vinci Construction Grands Projets, de Soletanche Freyssinet et d’Entrepose Contracting.

Et la troisième voie ?

C’est celle des synergies entre nos métiers du contracting et ceux des concessions. Notre parcours en Colombie est à cet égard particulièrement parlant. Il y a quinze ans, notre division de génie civil spécialisée Soletanche Freyssinet a obtenu un premier chantier de fondations à Bogota, puis a créé une société commune dans le métier des fondations avec le leader local Conconcreto. L’affaire a prospéré, au point qu’il y a cinq ans, lorsque nous avons voulu nous développer dans les concessions en Colombie, nous nous sommes naturellement associés avec eux et avons fini par gagner une concession autoroutière, représentant 1 milliard d’euros de travaux, qui nous installe désormais dans le temps en Colombie. Il est maintenant probable qu’Eurovia et Vinci Energies profitent de cette implantation pérenne pour se développer.

Vinci Energies est-il très actif à l’international ?

Oui, notamment via des croissances externes. Les champs couverts par Vinci Energie sont très porteurs et cette filiale connaît une croissance continue depuis une dizaine d’années. Vinci Energies réalise 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et pourrait devenir le premier pôle contracting du groupe.

Votre activité internationale sera-t-elle impactée par l’arrivée de Donald Trump à la présidence américaine ?

Nous sommes présents aux Etats-Unis sur tous nos métiers, à l’exception de la construction traditionnelle, et nous y réalisons environ 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

L’ambition de Donald Trump d’investir massivement dans la rénovation et le développement des infrastructures est une bonne nouvelle, pour les filiales d’Eurovia notamment. Mais il faut évidemment attendre que ces annonces se concrétisent. Notons que nous commençons tout juste à voir les effets du grand plan pour les infrastructures lancé par Barack Obama.

Vous avez récemment nommé Pierre Coppey directeur général adjoint. D’autres mouvements sont-ils envisagés ?

Les patrons de nos cinq grands pôles sont tous en place depuis moins de cinq ans. La stabilité devrait donc régner dans la période qui s’ouvre. Quant à moi, j’ai 62 ans et mon mandat finit en 2018. Nous verrons à ce moment-là ; c’est le conseil d’administration qui décidera.

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