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Entretien avec Olivier Bedu et Gabi Farage, architectes « La fabrique d’un lieu est associée à l’idée de transformer ou de révéler une situation existante. »

Mots clés : Architecte - Architecture - Collectivités locales

L’acte scénographique peut être envisagé dans sa capacité d’ouverture : de la scénographie à la scène, de la scène au lieu. Cet élargissement dépend de la liberté d’usage contenue dans le projet. La programmation simplement impulsée en amont devient un phénomène évolutif et l’on observe que l’appropriation est souvent liée au caractère provisoire des installations. Six exemples de scénographies « appropriables » qui illustrent à travers ce dossier l’aptitude des usagers à se poser en testeurs critiques. Il suffit de permettre.

Dans quelle mesure un usager peut-il faire évoluer un espace scénographique et produire du lieu ?

Olivier Bedu : Nos travaux interrogent la place de l’usager dans sa relation sensible à l’architecture. On pourrait dire « ceci n’est pas un banc, ceci n’est pas une table, ceci n’est pas l’espace de jeu ». Les envies des usagers et leur capacité d’appropriation définissent la fonction et l’activité d’un lieu. La découverte peut provoquer des usages instinctifs qui vont évoluer pour devenir raisonnés, particuliers, au fur et à mesure que s’exerce la liberté d’action. Nous cherchons à montrer comment peuvent cohabiter différents usages en s’exerçant simultanément ou successivement. La fabrique d’un lieu est associée à l’idée de transformer ou de révéler une situation existante. Cela questionne la manière dont on l’aborde pour la première fois ou qu’on la redécouvre. Importe alors la construction d’un lien exceptionnel, personnel, que peut entretenir l’usager avec ce lieu.

Gabi Farage : L’observation des pratiques spontanées des usagers ne cesse de nous informer sur le pouvoir d’invention de chacun d’entre nous lorsqu’il s’autorise un acte d’appropriation qui peut être banal, original, plus ou moins conflictuel. Ceci est valable dans presque tous les champs de l’activité humaine liés aux contextes et pratiques quotidiennes : la cuisine, l’habillement, la transformation ou la création d’objets, la fabrique d’espace, la mise en place d’organisations collectives. Ces pratiques plus ou moins informelles sont entravées et séparées des systèmes de productions savantes. Elles pâtissent du manque de permissivité de notre société. Malgré certaines tendances grégaires, favoriser les pratiques sociales – dans leur densité et leur mixité – constitue un formidable terreau d’invention dont on ne sait se saisir. L’expérimentation d’usages nouveaux ou non, mais...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 200 du 01/10/2010
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