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Entretien avec Christian Baffy, président de la FFB qui tient cette semaine sa quatrième convention «Il nous faut mieux accueillir les jeunes recrues»

Mots clés : Cession d'entreprise - Contrat de partenariat - Hygiène et sécurité du travail - Informatique - Métier de la construction - Politique du logement - Qualification des entreprises - Télécommunications

Christian Baffy s’est fixé comme priorités de fidéliser les jeunes recrues, faciliter la transmission d’entreprise et imaginer un nouveau système de qualification des entreprises.

La FFB tient cette semaine sa convention à Paris. Qu’attendez-vous de ces rencontres ?

J’attends 8 000 acteurs de la filière construction sur deux jours pour participer à neuf ateliers, trois colloques et une séance plénière. J’attends également la présence de cinq ministres dont le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ainsi que Nicole Ameline, Jean-Louis Borloo, François Fillon et Gilles de Robien.

Cette convention est aussi marquée par le livre et l’exposition du centenaire de la FFB qui retracent 100 ans d’histoire du bâtiment et de combats syndicaux et par la présence d’un espace « Entreprise numérique du bâtiment » qui permet de découvrir toutes les phases d’un chantier faisant appel aux nouvelles technologies de la communication.

La construction de logements devrait encore progresser en 2004. L’appareil de production peut-il absorber un nouvel accroissement de la construction neuve de logements ?

Il est exact que nos carnets de commandes sont globalement bons. Nous prévoyons un chiffre d’affaires en légère croissance en 2004 par rapport à 2003 et le taux d’utilisation de nos capacités de production se situe à un taux très élevé proche de 90 %. Mais le logement neuf n’est qu’une partie de la production bâtiment : il ne représente « que » 25 % des 89 milliards d’euros de l’activité bâtiment contre 21 % pour le non résidentiel neuf. Il faut savoir que l’an dernier, le logement a progressé de 3,9 % tandis que le non résidentiel a reculé de 6,7 %.

En 2004, nous prévoyons une nouvelle baisse de 2,3 % pour le non résidentiel et une hausse qui devrait dépasser 1 % dans le logement grâce aux effets des différentes mesures d’aides à l’investissement locatif privé (de Robien) et des prêts destinés à relancer l’accession sociale à la propriété.

Ne risque-t-on pas d’assister à une nouvelle hausse des coûts de construction ?

Nos prix de revient sont calculés en fonction de deux composantes essentielles : les salaires et les matières premières. Dès que l’une bouge, comme l’acier actuellement, nos prix de vente répercutent cette évolution.

Vous avez fait de la transmission d’entreprise une priorité. Quel est votre plan d’action ?

La transmission d’entreprise est évidemment une des préoccupations prioritaires de la FFB. 50 % des chefs d’entreprise ont aujourd’hui plus de 50 ans : cela veut dire que la moitié des chefs d’entreprise actuellement en activité devront préparer la transmission de leur entreprise dans les dix ans qui viennent. Un véritable défi pour nous.

Ce constat nous a conduits à engager et développer de multiples actions. D’abord, en attirant l’attention des entreprises sur l’importance de cet acte, et aussi en leur faisant prendre conscience de la complexité de l’opération. Nous avons par ailleurs mis en place une cellule spécialisée, appelée Transmibat, déjà opérationnelle dans plus de la moitié des départements. Elle met en relation cédants et repreneurs et facilite la mise en oeuvre des actions à mener en liaison avec des experts-comptables, notaires, avocats, etc.

Nous veillons aussi à l’accompagnement des repreneurs. Notre école de formation des jeunes dirigeants (ESJDB) en constitue l’un des outils. Nous examinons également quelles actions de coaching peuvent être mises en oeuvre.

Pensez-vous arriver à faire diminuer le coût fiscal de la transmission ?

Oui, notre fédération milite pour faire baisser le coût fiscal de la transmission, principalement la taxation des plus-values. La récente loi Dutreil (1) sur l’initiative économique ne va pas assez loin. Elle constitue même une régression pour ce qui est de la taxation des plus-values afférentes aux TPME, puisque le seuil d’exonération a été abaissé de 152 000 euros à 90 000 euros.

Nous agissons enfin pour obtenir un meilleur étalement dans le temps du paiement de la taxation de cette plus-value qui, très souvent, s’ajoute aux annualités de crédit-vendeur.

Le gouvernement met en place une nouvelle étape de décentralisation. Quel sera, à votre avis, son impact sur le bâtiment ?

On ne peut que saluer la volonté de rapprocher du terrain le pouvoir de décision et le pouvoir financier. Mais l’impact sur le chiffre d’affaires sera limité à deux segments principaux : le logement, via les délégations possibles de gestion des aides à la pierre et les monuments historiques.

Cette réforme vise également à confirmer et à accroître le rôle des régions en matière d’équipements scolaires, de patrimoine, de formation, d’environnement, etc. Cela entraînera forcément un accroissement du rôle de nos fédérations régionales.

Les difficultés d’embauche sont la préoccupation numéro 1 des entreprises ? Comment faire pour attirer les salariés ?

A activité constante, le bâtiment recrute 60 000 personnes chaque année. Cette année, il faut ajouter le recrutement supplémentaire de 15 000 personnes pour compenser le départ anticipé à la retraite de ceux qui ont commencé à travailler à 14, 15 ou 16 ans. Le recrutement des 60 000 ne pose pas de problème et peut se faire par les filières habituelles : système scolaire, apprentissage et formation en alternance. En revanche, le recrutement des 15 000 supplémentaires exigera de faire appel aux jeunes demandeurs d’emploi. C’est pourquoi nous avons signé en novembre 2003 une convention (2) avec l’ANPE et l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa).

L’objectif est d’identifier les besoins et d’amener les jeunes demandeurs d’emploi à un bon niveau d’employabilité par les entreprises en leur apportant un complément de formation. Nous avons également lancé, avec l’aide des chefs d’entreprise, « Coup de jeune au bâtiment » et « Les coulisses du bâtiment », qui sont autant d’initiatives qui ont pour objectif de mieux faire connaître nos métiers.

Quels sont les premiers résultats de cette convention signée avec l’ANPE et l’Afpa ?

Deux régions « pilotes », la Bourgogne et le Poitou-Charentes, sont en train d’expérimenter ce dispositif. En Bourgogne, il rencontre un franc succès et 300 offres d’emploi sont en voie d’être satisfaites par ce dispositif. Je pense que les 250 000 personnes qui vont nous manquer dans les prochaines années doivent pouvoir être trouvées en partie parmi les 2,5 millions d’hommes et de femmes demandeurs d’emploi. D’autres pistes doivent être explorées. Nous pensons que la diminution de la pénibilité et l’amélioration significatives des conditions de travail offrent beaucoup d’opportunités aux femmes dans nos métiers et nous travaillons pour les accueillir dans les meilleures conditions.

Le nombre de jeunes de moins de 25 ans augmente dans le BTP. Mais ils sont également très nombreux à quitter le secteur dans les premières années. Comment les fidéliser ?

C’est un vrai problème. 21 % des jeunes nous quittent alors qu’ils sont dans le système de formation et 20 % des jeunes déjà formés quittent la profession dans les cinq ans qui suivent cette formation. Ce qui fait 41 % de défections. Il nous faut mieux accueillir les jeunes recrues. Si l’on veut garder ces jeunes, il est très important de leur présenter l’entreprise et de faire en sorte qu’ils soient considérés et reconnus. Enfin, il ne faut pas oublier de leur parler de leur carrière et d’évoquer les perspectives d’évolution pour passer de simple salarié à chef d’équipe, chef de chantier, conducteur de travaux… voire repreneur d’entreprise.

Tout ce que nous avons pu leur proposer doit ensuite se traduire par une « démarche compétences » en identifiant leur niveau de qualification et en leur donnant une formation tout au long de leur carrière professionnelle qui leur permettra de franchir toutes ces étapes.

La rémunération joue un rôle important dans la valorisation professionnelle. Peut-on dire aujourd’hui que le BTP a du mal à recruter parce qu’il paie mal ?

Aujourd’hui, nous n’avons pas à rougir des salaires que nous versons à nos salariés en matière de rémunération directe et de rémunération complémentaire. Je vous rappelle qu’au cours des quatre dernières années, les salaires du bâtiment ont augmenté de plus de 20 %. Si l’on se compare aux autres industries de main-d’oeuvre : restauration, hôtellerie, réparation automobile, ameublement, propreté… le bâtiment offre des rémunérations supérieures de 15 % à ces activités. Toutes les professions ne peuvent pas en dire autant. En outre, nous avons développé récemment des systèmes de rémunération complémentaire : chèques vacances, épargne salariale ou plans d’intéressement d’entreprises.

Je constate que l’informatique, malgré sa bonne image et ses bons salaires, peine elle aussi à recruter. Il semble bien que le problème dépasse les questions de rémunération et d’image et trouve ses sources dans la dénatalité et la baisse de la main-d’oeuvre disponible qui ne vont aller qu’en s’aggravant. Il nous faut donc tout mettre en oeuvre pour conserver les jeunes qui nous rejoignent.

Le Titre emploi entreprise (TEE) que vient de lancer Renaud Dutreil va-t-il accélérer les recrutements dans le secteur ?

Il faut saluer avec le TEE (3) la volonté de simplifier les procédures administratives. Cela va dans le bon sens et devrait permettre aux artisans qui hésitent à recruter un collaborateur de franchir le pas. Malheureusement, le TEE ne s’attaque pas aux racines de la complexité.

Quelle est votre position sur le développement des conventions de partenariat (PPP) ?

Les partenariats public-privé (4) sont le thème d’un des ateliers de notre convention. Sur ce sujet, nous n’avons jamais varié : nous constatons l’insuffisance des disponibilités financières publiques pour l’investissement, alors que les besoins en ouvrages publics, qu’il s’agisse d’hôpitaux, de prisons ou d’autres types d’équipements, demeurent très importants, voire urgents.

Il est donc clair que certaines constructions ne se feront pas si cette procédure de partenariat n’est pas mise en oeuvre. Les opérations réalisées en partenariat public-privé doivent donc venir en plus des marchés réalisés selon les procédures classiques.

Nous n’ignorons pas que les marchés conclus en partenariat iront plutôt vers les grandes entreprises. Nous veillerons donc particulièrement au respect des règles de protection des sous-traitants. Mais nous voulons aussi que des PME puissent intervenir directement sur ce nouveau type de contrats, car certaines en sont parfaitement capables.

Le projet d’ordonnance institue des garde-fous : par exemple, une évaluation économique et financière préalable devra être établie, avant tout lancement de la procédure, sur la pertinence du choix de ce type de montage par rapport à une procédure classique. Et puis, soyons réalistes : il n’y aura pas une déferlante de PPP.

Vos entreprises ont-elles intégré le développement durable ?

Le développement durable s’appuie sur trois leviers : le social, l’économique et l’environnemental. Les entreprises ont parfaitement intégré le social et l’économique. En revanche, l’environnemental n’est intégré que petit à petit. Il faut apprendre à nos entreprises à proposer et mettre en oeuvre des matériaux et des techniques qui aient un impact minimal sur l’environnement. C’est une nouvelle culture. Une première étape a été franchie avec le tri des déchets de chantier qui est maintenant pris en compte dans la gestion des chantiers. Il faut désormais aller plus loin.

Les promoteurs se montrent sévères sur la qualité des prestations du bâtiment. Quelle réponse pouvez-vous leur apporter ?

Nous partageons totalement cette préoccupation de qualité, qui ne serait pas toujours au rendez-vous, exprimée par les maîtres d’ouvrage. Mais n’est-ce pas précisément une responsabilité collective ? Une insuffisance du niveau de rémunération des entreprises conduit toujours à une réduction des délais de main-d’oeuvre, et donc du niveau de qualité. Et on en arrive à la situation actuelle, où les promoteurs éprouvent de sérieuses difficultés à trouver des assureurs acceptant de les couvrir en dommage-ouvrage.

Nous devons aussi imaginer un nouveau système de qualification des entreprises, qui ne soit plus aussi passif, mais dynamique, réactif, et incitatif. Une entreprise qualifiée devrait signifier une entreprise faisant du travail de qualité. Une étude stratégique est donc en cours sur l’évolution de Qualibat. Je pense enfin que l’éclatement de la maîtrise d’oeuvre a été aussi une des causes de baisse de la qualité. Il est regrettable que l’auteur du dessin de conception ne soit plus systématiquement aussi l’auteur direct du descriptif, ni en même temps le responsable du suivi de chantier.

Les entreprises font-elles un usage important d’Internet?

A l’heure actuelle, les entreprises du bâtiment sont moins branchées sur Internet que certains ne croient. Mais nous allons forcément passer un cap, lorsque la génération dirigeante actuelle, les plus de 50 ans, qui n’ont pas grandi avec des ordinateurs, laissera la place à ceux pour qui Internet constitue une réalité quotidienne. Cela étant, on constate dès aujourd’hui que les messageries des entreprises utilisent largement Internet. Et les femmes de chefs de petites entreprises s’y sont mises sans difficulté, pour l’accomplissement des tâches de gestion. Je sais aussi, pour l’avoir lu dans « Le Moniteur », que les entreprises utilisent de façon croissante Internet en matière de recherche de documentation technique. Au-delà de la montée en puissance de la nouvelle génération, Internet va être accélérée par les nouvelles réglementations sur la dématérialisation des marchés, où nous devons être très présents.

1. Loi Dutreil : « Le Moniteur » du 15/08/2003 (« Textes Officiels ») et du 5/09/2003, p.66.

2. Convention Anpe-Afpa-FFB : « Le Moniteur » du 14/11/2003 (« Textes Officiels »).

3. TEE : « Le Moniteur » du 16/01/2004, p. 78 et du 13/02/2004 (« Textes Officiels »). 4. PPP : « Le Moniteur » du 14/11/2003, p. 108 et du 21/11/2003, p.72.

La récente loi Dutreil sur l’initiative économique ne va pas assez loin.

21 % des jeunes nous quittent alors qu’ils sont dans le système de formation et 20 % des jeunes déjà formés quittent la profession dans les 5 ans qui suivent cette formation.

Une entreprise qualifiée devrait signifier une entreprise faisant du travail de qualité.

PHOTOS :

Christian Baffy (à gauche), Patrick Piernaz, rédacteur en chef du « Moniteur » (au centre) et Bertrand Fabre, directeur de la rédaction.

8 000 acteurs présents à la Convention

La 4e convention de la FFB se tient les 4 et 5 mars au Palais des congrès à Paris. Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin clôture la séance plénière « Le bâtiment en convention » le 5 mars à 11 h 45 et dans son discours final, le président de la FFB, Christian Baffy, présentera au Premier ministre les revendications de la profession.

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