Management et prévention

Entreprises innovantes Les grandes étapes du financement

Mots clés : Création d'entreprise - Innovations

Trois types d’acteurs majeurs se relaient pour assurer au jeune créateur innovant le continuum financier nécessaire au développement de son projet, puis de son entreprise.

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Les réseaux d’accompagnement

Tous les experts vous le diront : il faut commencer par aller chercher l’argent là où il est le moins cher. A savoir chez les proches et auprès des réseaux d’accompagnement à la création d’entreprises innovantes.

Le créateur d’une entreprise innovante a besoin d’argent dès la mise au point technique de son produit. Bien souvent, les banques ne prêtent pas à ces sociétés en devenir, sans référence, sans chiffre d’affaires. Ce qui les amène à se financer sur leurs fonds propres. « C’est à ce moment-là que nos plates-formes commencent à intervenir, explique Gyl Coppey, du réseau France Initiative. Nous leur attribuons un prêt d’honneur qui leur permettra d’étoffer leurs fonds propres. Ce qui aura pour effet d’augmenter le montant d’autres prêts, notamment celui d’Oséo, calculés sur la base de ces fonds propres. » Cet effet de levier, d’autres structures le proposent. C’est le cas du réseau Entreprendre, qui a lancé, il y a un an, le programme Innotech, dédié aux créateurs innovants. « Ces derniers présentent deux spécificités majeures : une phase de développement plus longue et un manque de connaissance des problématiques commerciales, indique Fabrice Richard, délégué national au programme Innotech Entreprendre. Leur parrainage par des chefs d’entreprise expérimentés permet de répondre à cette seconde problématique. S’agissant de la première, nous intervenons plus tôt que pour les autres créateurs, en consolidation des fonds propres. »

Les experts notent que beaucoup de ces créateurs, très centrés sur les aspects techniques, s’essoufflent au moment de la structuration financière de leur entreprise. Le soutien, notamment par d’autres chefs d’entreprises, plus expérimentés, s’avère alors particulièrement utile. « Par cet accompagnement, nous leur apprenons à maîtriser leur développement en maîtrisant leur financement », souligne Gyl Coppey. En un mot, à devenir chef d’entreprise.

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Les business angels

Ces « anges » du business sont en général des entrepreneurs expérimentés qui, outre leur argent personnel, apportent au jeune chef d’entreprise un carnet d’adresses et de précieux conseils.

Très sollicités, les business angels interviennent en phase d’amorçage, sur des projets innovants – les brevets doivent être déjà déposés – à fort potentiel de développement. « Au bout de cinq ans, il faut que le chiffre d’affaires de l’entreprise ait atteint entre 5 et 10 millions d’euros », souligne l’un d’eux. Faire appel à un business angel impose bien sûr d’accepter de lui céder une partie du capital de l’entreprise. S’il aime en avoir une part « significative », le business angel n’a en revanche jamais vocation à se retrouver majoritaire : le créateur doit garder les commandes de son entreprise, ne serait-ce que pour conserver toute sa motivation et ne pas avoir l’impression de travailler pour ses actionnaires. L’argent levé auprès des business angels (le plus souvent entre 300 000 et 500 000 euros) permettra à l’entreprise de travailler, de s’installer dans des locaux, de rémunérer les équipes et de commercialiser son produit.

La recherche de ce type d’investisseurs est en général assez rapide, ces derniers se montrant parfois moins regardants que d’autres sur la valorisation. Il ne faut pas hésiter à faire jouer la concurrence, tout en veillant à ne pas lancer de recherches tous azimuts, mais au contraire à avoir une approche privilégiée avec quelques-uns. Il est tout à fait possible d’en compter plusieurs dans son capital, sans pour autant dépasser la limite de 10. « Le plus simple étant d’avoir le moins de business angels possible, avec un ticket le plus gros possible », souligne l’un d’eux.

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Les fonds d’investissement

Leurs tickets d’entrée, qui se comptent parfois en millions d’euros, donnent aux jeunes pousses les moyens d’accélérer leur croissance, de passer du statut de TPE à celui de PME.

Dès que son besoin dépasse 500 000 euros, le dirigeant d’une jeune entreprise innovante a vocation à se tourner vers des fonds d’investissement. Une démarche qu’il n’accomplit guère facilement, inquiet à l’idée de diluer son capital. « Des entreprises se sont développées sans passer par un capital-risqueur, reconnaît Laurent Dumas-Crouzillac, investisseur chez Oddo et Compagnie. Mais en le faisant, elles iront plus vite car elles auront plus d’argent. » Ce que confirme Isabelle Rappart, créatrice de Climat Mundi, société spécialisée dans les émissions de CO2. « Un an et demi après la création, nous nous sommes rendus compte qu’il nous faudrait de l’argent, relate-t-elle. Nous avons opté pour une banque, car nous n’avions pas beaucoup de temps à consacrer à ça, et parce que nos besoins n’étaient pas très importants. Aujourd’hui, nous nous préparons à la deuxième étape, qui passera certainement par des fonds d’investissement. »

Il est vrai que rechercher des fonds prend du temps, six mois au minimum, et impose de bien poser les grands équilibres financiers. La plupart des jeunes dirigeants se font accompagner d’un avocat spécialisé, certains faisant aussi le choix de passer par un intermédiaire, de type Chausson Finance ou Aelios. Fonds d’investissement de proximité, fonds commun de placement dans l’innovation… peu importe la forme. Les experts s’accordent à dire que dans ce jeu de séduction entre investisseur et entreprise, ce qui prime demeure la qualité de la relation humaine.

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« Nous aidons les créateurs à se poser des questions »

Véronique Bensemhoun responsable du Concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes chez Oséo

« Cette année, nous avons eu 170 lauréats au Concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes, piloté par le ministère de la Recherche. Il s’agit de profils essentiellement techniques, que nous accompagnons dans plusieurs domaines. Ils ont avant tout besoin de présenter leur projet à une personne extérieure qui les aidera à se poser des questions. Ensuite, il leur faut renforcer leur équipe avec des profils différents ; nous identifions les compétences qui leur manquent et essayons de les mettre en relation avec celles-ci. Enfin, ces entrepreneurs innovants présentent des besoins récurrents d’argent, qui vont augmenter au fil du temps. Bien sûr, ils préfèrent bien souvent être autonomes et ne se financer qu’à partir de leurs fonds propres. Mais nous leur expliquons que les investisseurs extérieurs sont pour eux une opportunité ; ils leur permettent d’aller plus vite. »

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« Nous sommes de véritables coentrepreneurs »

Christophe Raynaud délégué général de Paris Business Angels

« Nous sommes comme des fées autour du berceau d’un jeune entrepreneur. La présence dans son capital du P-DG d’une grosse entreprise permet au créateur de crédibiliser son projet aux yeux des banquiers ou des fournisseurs à un moment où il n’a pas encore fait ses preuves. Véritables coentrepreneurs, nous lui ouvrons notre carnet d’adresse, identifions les recrutements ou partenariats stratégiques, l’aidons à constituer des équipes cohérentes et homogènes. Nous étudions environ 1 000 opportunités par an, que nous trions sur la base de différents critères. Ensuite, au moment du closing, nous abordons des points tels que la stratégie de développement, le budget, le rôle attribué à chacun (« invité permanent », siège au conseil d’administration…). En théorie, les business angels ne restent qu’entre trois et cinq ans dans le capital d’une entreprise. Mais dans la pratique, nous n’en ressortons que lorsque la société est rachetée par un industriel ou lorsqu’elle va sur un marché boursier (Alternext…), ce qui implique qu’elle soit rentable. »

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« Nous redonnons de l’ambition au projet »

Patrick Vignaud associé Aelios Finance, société de levée de fonds

« Faire entrer des fonds dans son capital est une opération longue et complexe, notamment sur le plan juridique. Le pacte d’actionnaire doit être soigneusement rédigé. En qualité d’intermédiaire, nous veillons dans un premier temps à vérifier la stratégie et à redonner de l’ambition au projet, car les chefs d’entreprise ont parfois tendance à réduire la voilure…

Ensuite, nous discutons avec eux de leur plan d’action, des éléments chiffrés du projet, pour être sûrs qu’ils arriveront suffisamment préparés devant des investisseurs. Ces derniers apprécient les entreprises dont la stratégie est clairement définie et qui ont désormais envie d’accélérer les choses. Ils injectent en moyenne entre 1 et 3 millions d’euros. De l’argent qui permettra à la société de financer son besoin en fonds de roulement, ses investissements, ses recrutements commerciaux…

Ensuite, lorsque l’entreprise devient rentable et montre sa capacité à se tourner vers l’export, le capital-risqueur, qui aura réalisé sa plus-value, passera le relais à un capital-développeur, qui apportera entre 3 et 5 millions d’euros. »

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