Evénement

Entrepôt Macdonald : Un cadavre exquis à l’échelle urbaine

Mots clés : Architecte - Bâtiment d’habitation individuel - Centre commercial - Établissements de soins - Établissements industriels, agricoles, ICPE - Gares, aéroports - Immeuble de grande hauteur - Logement social - Matériel - Equipement de chantier - Urbanisme - aménagement urbain

Imaginée initialement par l’agence OMA, la reconversion de l’entrepôt Macdonald – « gratte-ciel horizontal » de plus de 600 m de long – constitue un laboratoire pour construire la ville sur elle-même. Arrimé le long du boulevard Macdonald (Paris XIXe), entre le boulevard périphérique nord et les voies ferrées de la gare de l’Est, celui-ci forme la pièce maîtresse du réaménagement du Nord-Est parisien. À l’instar d’un cadavre exquis, cette œuvre collective conçue par quinze architectes accueille sur 165 000 m2 des logements, des bureaux, des -commerces, ainsi que des équipements publics.

La reconversion de l’entrepôt Macdonald est une œuvre collective, dont le concours a été remporté initialement par l’agence OMA en 2007, le masterplan établi en 2008 par les architectes flamands Floris Alkemade et Xaveer de Geyter (FAA+XDGA), et la réalisation, partagée entre quinze autres architectes (voir p. 19). Découpé, surélevé, reconstitué, densifié et reconverti, le bâtiment propose une échelle nouvelle d’intervention dans la ville : un quartier s’y crée comme une alternative aux processus classiques des secteurs d’aménagement. « Il s’agissait littéralement d’utiliser le bâtiment originel comme une base sur laquelle une nouvelle ville, d’une échelle différente, serait érigée », indique Floris Alkemade. Cette reconversion remet en question les limites entre architecture et urbanisme, comme le soulignait Henri Bresler, historien de l’architecture (1) : « Il en résulte une ville constituée de fragments autonomes et hétérogènes […]. L’îlot tout en longueur sur lequel est édifié l’entrepôt Macdonald constitue l’un de ces fragments. Le bâtiment, lui-même issu des infrastructures, assume pleinement son rôle de catalyseur du territoire. Peut-on pour autant le considérer comme un édifice-territoire ? »Le projet s’inscrit dans l’évolution du quartier Paris Nord-Est, qui garde de son passé industriel de grandes parcelles. Cette particularité permet de ne plus penser la ville en quartiers divisés en îlots, mais d’assimiler l’échelle d’un édifice à celle d’un quartier.

Opportunité urbaine

Dans les années 1960, l’une des usines à gaz de Paris, qui s’étendait des voies ferrées de la gare de l’Est jusqu’au boulevard Macdonald, est déplacée. Cette vaste emprise laisse place au développement des transports routiers et d’infrastructures logistiques. En 1964, l’entreprise Calberson décide d’y construire une plateforme de transit rail-route. Dessiné par l’architecte Marcel Forest, l’entrepôt se développe d’un seul tenant sur 617 m de long, parallèlement aux infrastructures de mobilité. Sa structure en béton armé est composée d’une nappe de poteaux distribués selon une trame de 8,50 x 8,50 m et d’un plancher à caissons, supportant les fortes charges de marchandises. Une surface utile de stockage de plus de 90 000 m2 est répartie sur deux niveaux, reliés par une rampe à l’extrémité ouest accessible aux camions de livraison. Mis en service en 1970, peu après l’ouverture du boulevard périphérique nord, l’entrepôt a été conçu comme un support structurel, base d’une potentielle évolution programmatique. « Du fait de la servitude imposée par la ville de Paris d’une future construction pouvant comporter trois autres niveaux et non encore définie, et pour que celle-ci puisse conserver son indépendance architecturale, la construction actuelle, étant donné sa grande longueur, devait être étudiée pour apparaître en quelque sorte comme le socle, le soubassement des constructions futures », indiquait à l’époque Marcel Forest (2).

En 2002, la ville de Paris lance le grand projet de renouvellement urbain (GPRU), qui prévoit la démolition de l’entrepôt pour accueillir un nouveau quartier, composé de quatre îlots de programmes d’activité, face à la ZAC Claude-Bernard située de l’autre côté du boulevard Macdonald. Mais l’année suivante, l’agence Dusapin-Leclercq, lauréate pour le schéma directeur du Nord-Est parisien, propose...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 249 du 14/03/2016
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