Territoires Ardennes

Entre l’Aisne et la Meuse, un PPP au service des infrastructures fluviales

Elément majeur du programme de modernisation de la voie d’eau mené par Voies navigables de France (VNF), le projet, d’un montant global de 312 millions d’euros, consiste à automatiser, dans un délai de cinq ans, 23 barrages sur la Meuse et 6 sur l’Aisne. L’opération fait l’objet d’un partenariat public-privé (PPP) — le premier du genre dans l’Hexagone — entre VNF et la société dédiée Bameo, dont les actionnaires sont Vinci Concessions (50 %), Shema (Groupe EDF, 20 %) et Méridiam (30 %). Signé le 24 octobre 2013 pour une durée de trente ans, le contrat porte sur la conception, le financement, la construction, puis l’exploitation, la maintenance et le gros entretien renouvellement (GER) des 29 barrages et de leurs équipements associés. Il comprend également la déconstruction des barrages manuels existants ainsi que la remise à niveau, l’exploitation, la maintenance et le GER de deux barrages déjà automatisés. En outre, il est prévu d’équiper trois barrages de la Meuse de microcentrales de production d’hydroélectricité (5,5 MW), conformément aux objectifs de transition énergétique.

Quatre heures de route.

Le chantier a démarré sur dix sites, dont celui de Lumes (Ardennes), où vient d’être posée la première pierre du futur centre d’exploitation des barrages de l’Aisne et de la Meuse. « La principale difficulté de l’opération tient à son étendue géographique, quatre heures de route, sans autre alternative, du barrage de Givet, dans les Ardennes, à celui de Belleville, dans la Meuse », explique Stéphane Brodino, le président de Bameo. 12 ha seulement d’emprise au total mais trois régions, quatre départements et 41 communes concernées, ce qui en dit long sur la prouesse administrative réalisée en amont des travaux. « Pour la sécurité des riverains, ceux-ci ne peuvent se dérouler que sur une petite dizaine de sites à la fois, au cas où une crue d’été obligerait à débatarder, poursuit Stéphane Brodino. Comme il n’est possible de travailler qu’en période de basses eaux, de mars à octobre, chaque ouvrage nécessite une intervention sur deux ans. »

Lors de la première année, seront réalisés la première passe du barrage, le local technique, et la passe à poissons (voir encadré ci-dessous). L’année suivante, seront réalisées les deux autres passes du barrage avant des phases de test et la déconstruction de l’ancien barrage. Au total, ce sont 45 000 m3 de béton qui seront coulés. Concrètement, il s’agit de remplacer les barrages à aiguilles, mis en place sur la Meuse à partir de 1875, dont la manutention présente de fortes contraintes en termes de moyens humains, de dangerosité et de pénibilité, par des barrages à bouchures gonflables à l’eau. Cette technique très répandue en Allemagne et en Autriche est une première en France. Conçue par BRL Ingénierie, Faubourg 2/3/4/, Hydrostadium et ISM, elle a été choisie car elle répond parfaitement aux caractéristiques de la voie d’eau, aux débits comme aux hauteurs de chute, garantissant de manière fiable la tenue de la ligne d’eau pour les usagers, les exploitants et les riverains. De plus, cette solution présente un niveau de standardisation élevé à même de faciliter l’exploitation et la maintenance. Au pic de l’activité, 200 personnes seront mobilisées. Les premiers barrages automatisés seront mis en service en 2017. L’ensemble sera opérationnel en 2020. A Charleville-Mézières, Bameo déléguera à la société SeMAO la maintenance et l’exploitation des barrages au fil de ces mises en service.

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ENCADRE

Pas de barrages pour les poissons

Le projet des barrages de l’Aisne et de la Meuse s’inscrit dans le cadre des objectifs de performance environnementale 2011-2013 de VNF. Les nouveaux barrages seront ainsi tous équipés de passes à poissons afin de rétablir la continuité écologique de la rivière et du fleuve et de permettre la migration des 89 espèces protégées dans cette région. Grâce à un courant d’attrait en aval du barrage, les poissons seront orientés vers le franchissement via un système de paliers successifs. Pour préserver au maximum le paysage sur les bassins de l’Aisne et de la Meuse, les barrages seront développés au ras de l’eau, venant souligner les grandes horizontales que créent les cours d’eau et leur environnement. Seul le local technique annoncera la présence du barrage sur la berge. Les paysages des sites seront en outre préservés par des plantations d’essences et d’espèces correspondant aux particularités des différents territoires.

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