Architecture Technique

Enseignement La marine marchande rentre au port

Mots clés : Gares, aéroports - Transport maritime

Au Havre, l’agence AIA Associés a récemment livré un bâtiment impeccable pour l’Ecole nationale supérieure maritime.

Pour venir à la rescousse de ses friches portuaires, Le Havre a fait appel à la Marine. Pas à la « Royale », comme on appelle la Marine nationale, mais aux « Mar-Mar » et, plus précisément, aux élèves officiers de la Marine marchande, avec lesquels le port de Seine-Maritime entretient une longue histoire. L’école d’hydrographie du Havre a, en effet, été fondée en 1666. Trois siècles et demi plus tard, « la zone portuaire est en mutation, explique-t-on à la Communauté de l’agglomération havraise, la Codah. Ses anciennes activités partent et la ville arrive. La volonté est donc d’y aménager un campus dédié à la formation aux métiers de la marine et de la logistique ».

L’Ecole nationale supérieure maritime (ENSM) y avait toute sa place et « l’Hydro » est redescendue des falaises de Sainte-Adresse, une commune voisine où elle s’était installée en 1961, pour s’amarrer au bassin de l’Eure. Pour la Codah, maître d’ouvrage du nouvel édifice, l’ENSM devait même être « la figure de proue » du campus. L’agence AIA Associés, désignée maître d’œuvre en 2012, s’est employée à réaliser un bâtiment signal, tout à la fois école et navire (lire page 55), mais en évitant les écueils du geste ostentatoire et de la métaphore appuyée.
« Nous nous sommes demandé comment construire sur un site où la beauté, justement, résidait dans le vide », raconte Pacôme Bommier, l’un des architectes associés d’AIA. Pour ne pas envahir le paysage, l’agence a rassemblé l’ensemble du programme en un seul bâtiment, vertical et compact. Et si ce volume très géométrique n’a pas été dessiné pour ressembler à un bateau, il en a simplement pris la position, le long du quai du Cameroun. A ceci près qu’il est bien posé sur la terre ferme…
Les espaces intérieurs de l’ENSM, destinés à accueillir un millier d’étudiants ainsi que l’équipe pédagogique et administrative, s’organisent de manière nette autour d’un escalier central et monumental. Cette circulation, large de cinq mètres, perce l’édifice dans sa quasi-longueur et sur 20 mètres de hauteur, depuis le rez-de-chaussée haut jusqu’au R + 4. « Nous avons fait pénétrer l’espace public à l’intérieur du bâtiment. Nous sommes dans la ville », estime l’architecte Jean-Pierre Buffi, également associé d’AIA.

Mystère.

Une impeccable sobriété est de mise dans le traitement des espaces, des matériaux et jusque dans la signalétique que l’agence AIA a conçue. La lumière naturelle est distribuée en abondance grâce aux verrières zénithales de l’escalier ou aux vues sur les eaux du bassin. C’est surprenant tant, vue de l’extérieur, l’ENSM entretient le mystère. A l’exception de la grande échancrure vitrée embrassant le niveau de l’accueil, le bâtiment est enveloppé dans une résille métallique sombre. Sur les bassins du Havre, l’ENSM affirme sa présence. Mais elle en dit peu sur sa vie intérieure.

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Maîtrise d’ouvrage : Codah. Groupement conception-réalisation : Sogea Nord-Ouest (Vinci), entreprise (mandataire). Maîtrise d’œuvre : AIA Associés, architectes. BET : AIA Ingénierie (fluides, VRD), Sogea Nord-Ouest (structure, acoustique), Echos (environnement). Surface : 9 650 m² Shon. Coût : 27,8 millions d’euros HT. Livraison : avril 2015.

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Efficacité énergétique - Les loyaux services de la mer

Au Havre, l’ENSM a de hautes ambitions pour consommer l’énergie avec modération ainsi que pour en produire : une architecture bioclimatique, une ventilation double flux avec un haut rendement de récupération, le réglage automatique de l’éclairage en fonction de la lumière extérieure, des panneaux solaires, etc. Et une pompe à chaleur d’un genre inhabituel puisqu’elle tire profit du voisinage de la mer. « Au départ, nous envisagions de pomper l’eau du bassin et de l’acheminer dans le bâtiment pour alimenter l’échangeur de la pompe, expliquent Philippe Colombié et Majdi Meftah, respectivement ingénieur associé et ingénieur chez AIA. Mais les études nous ont amenés à une autre solution : nous avons immergé cet échangeur dans le bassin de l’Eure. » Cette option a requis un investissement supérieur mais, ajoutent ses concepteurs, « elle sera rentabilisée en quatre ou cinq ans ». En effet, la maintenance de ce système est plus aisée, et l’électricité qui aurait été nécessaire, dans le premier cas, au puisage de l’eau est économisée.

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Pédagogie - A bord d’une école-navire

Evidemment, l’ENSM du Havre a des amphithéâtres (quatre, dont un de 200 places) et des salles de cours. Mais, comme il existait auparavant des navires-écoles, le bâtiment est une école-navire. Conformément au cahier des charges, ce ship in school dispose d’une salle des machines, de simulateurs de passerelles où l’on s’entraîne à piloter sur toutes les mers du monde, d’un poste médical, etc. Ces équipements, qui représentent un tiers des espaces, permettent d’expérimenter « un fonctionnement très proche de ce que les officiers trouveront à bord », explique Christian Larrieu, le directeur de l’école.
En outre, alors que le programme du concours prévoyait de séparer physiquement la théorie et la pratique, « nous avons dilué le principe du ship in school dans tout l’édifice », explique Laurent Pérusat, architecte associé chez AIA. Dans son ensemble, le bâtiment se vit et se parcourt donc comme un bateau. Une impression renforcée par le traitement brut et efficace des espaces intérieurs, notamment des circulations.

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