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En attendant les grands projets, les professionnels grincent toujours des dents

Mots clés : Travaux publics

L’Europe attribue 1,76 milliard à des projets d’infrastructures français. De quoi donner de l’activité aux TP… mais à moyen terme. Pour l’instant, le secteur dépérit.

La réponse tant attendue de l’Europe est arrivée ! Fin février, le gouvernement français déposait à Bruxelles une trentaine de dossiers de projets d’infrastructures, candidats aux subventions européennes dans le cadre du « mécanisme pour l’interconnexion en Europe » (MIE), un outil financier permettant d’améliorer le « réseau transeuropéen de transport » (RTE‑T). En haut de la pile des projets déposés : le canal Seine-Nord Europe (CSNE) et le tunnel euralpin Lyon-Turin (TELT).

Le 29 juin, après six mois d’examen des dossiers, la Commission européenne a rendu son verdict : Bruxelles octroiera 13,1 milliards d’euros de fonds européens à 276 projets de transport (sur 700 présentés) partout en Europe. La France, avec un montant de subventions de l’ordre de 1,76 milliard d’euros pour plus de 25 projets en sera « le premier bénéficiaire », s’est réjoui Manuel Valls, qui s’était auparavant estimé confiant dans la volonté de l’Europe de voir se concrétiser ces projets. Sans surprise, le CSNE et le TELT se taillent la part du lion des subventions (voir tableau ci-contre) : 979 millions d’euros d’aides pour le canal et 813 millions pour le tunnel (répartis pour moitié entre la France et l’Italie). Leurs promoteurs se félicitent de cette impulsion donnée par l’Europe, dont chacun s’accorde à dire qu’elle était la condition sine qua non de la réalisation de ces deux grands projets.

Manque de visibilité.

Pour autant, les entreprises de travaux publics pourront-elles bientôt faire vrombir leurs pelleteuses et tourner leurs tunneliers ? Pour le secrétaire d’Etat aux transports Alain Vidalies, cela ne fait aucun doute : « Le temps des réalisations est désormais venu. » Mais du côté des TP, on grince des dents. Bruno Cavagné, le président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), ne veut pas se réjouir tant qu’il n’y aura pas « une vraie visibilité sur les dates de démarrage » de projets qu’il estime encore soumis à des aléas politiques et financiers (lire son interview page 10).

Et quand bien même ces projets seraient lancés rapidement (au mieux 2017 pour le CSNE, 2018 pour le TELT), ils seraient, selon Bruno Cavagné, une réponse bien insuffisante à la situation dramatique du secteur, qui ne cesse d’empirer. Après avoir perdu 20 000 emplois depuis 2007, une perte quasi équivalente pourrait intervenir dans la seule année 2015, le volume d’activité ayant déjà chuté de 13 % sur les quatre premiers mois. Davantage que des annonces, le président de la FNTP attend donc que la puissance publique enraye cet effondrement sans attendre. Or, du côté des collectivités locales, qui sont de loin les premiers clients des entreprises de TP, les chantiers sont au point mort. C’est ce que confirme le deuxième baromètre Le Moniteur-FNTP sur l’investissement des collectivités (lire page 11). En réaction à la baisse des dotations de l’Etat, elles tentent bien d’optimiser leurs dépenses de fonctionnement, mais l’exercice est délicat, et l’investissement demeure pour elles une variable d’ajustement. Les incertitudes liées à la réforme territoriale et les élections régionales en fin d’année accentuent encore leur attentisme.

Outils inusités.

« Un quart des collectivités sondées n’a pas eu recours à l’endettement, alors que les taux sont historiquement bas », s’étonne Bruno Cavagné. De fait, les collectivités semblent à ce point paralysées que peu d’entre elles recourent aux quelques dispositifs qui leur permettent d’investir à court terme et facilement, comme le mécanisme d’avance de trésorerie que la Caisse des dépôts a mis en place à la mi-juin… Et les TP n’en peuvent plus d’attendre.

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98 %
des communes
qui prévoient de diminuer leurs dépensesd’investissementlient cette baisseà des contraintes financières. Seules 1% l’attribuent à une diminution de leurs besoins en équipements.

1/4
des collectivités territoriales
ont eu recours à l’endettement ou à la hausse des taux de la fiscalité locale en 2015 pour financer leurs investissements
22 %
des communes seulement envisagent d’avoir recours au mécanisme de compensation de la TVA
, mis en place mi-juin par la Caisse des dépôts pour préfinancer les dépenses d’investissement des collectivités locales

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Infrastructures - « L’Etat schizophrène doit arrêter les effets d’annonce ! »

Déblocage de 1,76 milliard d’euros de subventions européennes pour des projets d’infrastructures français, pérennisation du budget de l’Afitf (1) au-delà de 2015… Toutes les nouvelles qui pourraient apparaître comme bonnes pour les travaux publics ne sont, aux yeux du président de la FNTP, que des annonces. Des réponses insuffisantes face au marasme dans lequel le secteur ne cesse de s’enfoncer.

La Commission européenne a dévoilé la liste des projets d’infrastructures français qui pourront bénéficier de ses subventions. Vous en réjouissez-vous ?

En bon entrepreneur, je ne crois que ce que je vois. Je m’en féliciterai donc lorsque nous aurons une vraie visibilité sur les dates de démarrage de ces projets. Or l’Europe a validé le principe d’attribution de ses subventions à des infrastructures qui n’ont pas de réalité concrète. Je pense notamment au canal Seine-Nord Europe et au tunnel euralpin Lyon-Turin.

Vous voulez dire que ces deux projets ne se feront pas ?

J’espère ardemment que le canal Seine-Nord Europe et le tunnel euralpin Lyon-Turin se feront, car ils apporteraient une bouffée d’oxygène aux travaux publics. Mais, en l’état, on est encore loin des premiers coups de pioche. Politiquement d’abord, ce sont des projets soumis à de forts aléas. Financièrement ensuite, la contribution de l’Etat français et des collectivités n’est pas bouclée. Par ailleurs, Bruxelles subventionne ces deux projets à plus de 40 %, comme il avait été annoncé, mais sur la base d’un budget qui correspond à une fraction de l’enveloppe globale nécessaire à la réalisation des travaux ! A ce stade, rien ne nous dit que l’Europe assurera sa contribution jusqu’au bout.

En attendant, l’activité dans les TP continue de péricliter…

Comme je l’ai déjà martelé, 2015 sera pour les TP une année noire. Après avoir perdu 5 % d’activité l’an dernier, nous prévoyons une chute catastrophique cette année : nous sommes à – 13 % sur les quatre premiers mois. Si rien n’est fait pour enrayer cet effondrement, nous allons perdre 16 000 emplois en 2015. Et, hormis les chantiers du plan de relance autoroutier, nous n’avons aucune visibilité pour 2016 et 2017…

La pérennisation du budget de l’Afitf annoncé par le gouvernement ne vous donne-t-elle pas de la visibilité ?

Là encore, arrêtons les effets d’annonce ! L’Etat est schizophrène : il ne cesse d’annoncer des projets d’investissement tout en manifestant son incapacité à s’en donner les moyens. Les modalités qui permettraient de pérenniser le budget de l’Afitf n’ont pas encore été trouvées. Et quand bien même elles le seraient, à quel niveau le budget serait-il sanctuarisé ? S’il est reconduit à 1,9 milliard d’euros, comme cette année, on est bien loin des 2,5 milliards qui avaient été préconisés par le rapport Duron de la commission Mobilité 21.

L’embellie ne semble pas non plus devoir venir des collectivités, comme l’indique le baromètre Le Moniteur-FNTP [lire ci-contre] ?

Pour faire face à la baisse des dotations de l’Etat, les collectivités considèrent l’investissement comme une variable d’ajustement. Cela n’est pas étonnant, mais les coupes budgétaires ne sont pas non plus une fatalité ! Plusieurs collectivités, comme le département de la Haute-Saône, l’ont prouvé avec efficacité à travers des initiatives qui ont permis de relancer leurs investissements.

Le baromètre révèle plusieurs paradoxes…

Oui, seul un quart des collectivités a recours à l’endettement, alors que les taux d’emprunt n’ont jamais été aussi bas. Par ailleurs, je suis très surpris du nombre de collectivités qui ne connaissent pas ou n’envisagent pas de recourir au dispositif de FCTVA (2) que la Caisse des dépôts vient de mettre en place. Il ne s’agit pourtant pas d’un emprunt mais d’une avance de trésorerie. A travers nos fédérations régionales, nous allons démarcher les collectivités pour les inciter à utiliser ce mécanisme, qui leur permet de manière simple d’investir à court terme. Mais pour que cet instrument soit réellement efficace, il faudra le reconduire au moins l’année prochaine.

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Méthodologie

Ce second baromètre des collectivités locales a été construit à partir d’une étude quantitative en ligne (CAWI), réalisée du 2 au 16 juin 2015, auprès de 355 collectivités locales, dont 217 mairies, 51 conseils départementaux et régionaux et 68 intercommunalités.

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