Management et prévention

Emploi public Face aux enjeux énergétiques, les collectivités intègrent de nouvelles compétences

Mots clés : Collectivités locales - Concours d'architecture - Education - Energie renouvelable - Enseignement supérieur - Fonction publique - Marché de l'énergie - Marché de lénergie - Métier de la fonction publique

Afin de réduire leur facture énergétique, les collectivités doivent recruter des énergéticiens, tout à la fois techniciens, gestionnaires et pédagogues. Elles vont aussi former leurs ingénieurs à ces nouveaux enjeux.

Les collectivités territoriales ont besoin de spécialistes de l’énergie, notamment du chauffage, au sein de leurs services « patrimoine bâti ». En effet, les bâtiments représentent 77 % de la consommation d’énergie d’une commune (1). Les trois quarts de cette consommation sont liés aux usages thermiques (chauffage et eau chaude sanitaire). Ainsi, pour réduire leur facture énergétique, les collectivités devront réguler la température dans leurs bâtiments, et bien les isoler. Pour ce faire, elles devront s’attacher les compétences d’énergéticiens « tout à la fois techniciens, gestionnaires et pédagogues », selon Philippe Tessier, animateur du groupe de travail énergie de l’Association des ingénieurs territoriaux de France (AITF), et responsable du service énergie et environnement au Syndicat intercommunal pour le gaz et l’électricité en Ile-de-France.

Ce groupe rassemble environ 500 professionnels de l’énergie travaillant dans les collectivités territoriales, les syndicats d’énergie, les agences locales de l’énergie, et des réseaux associatifs ou institutionnels. Il participe aux travaux des instances de concertation et de décision, mêlant expérience de terrain et réflexion prospective.

Vision globale, « du puits de pétrole à la roue de voiture »

Selon Philippe Tessier, les responsables en charge du patrimoine bâti notamment devront avoir une réflexion globale sur toute la chaîne énergétique, et être compétents « du puits [de pétrole] à la roue [de voiture] ». « L’énergie et la thermique des bâtiments sont des domaines complexes, et doivent s’inscrire dans une problématique d’ensemble. C’est pourquoi, ces professionnels de bons niveaux devront posséder une réelle technicité, une vision globale, devront être gestionnaires (ils auront à gérer nombre de tableaux de bord et de suivi) et des pédagogues persévérants, pour la pérennité des actions, et prêts à communiquer : en relation avec les élus et les usagers, ils devront convaincre les décideurs des choix à mener, et faire évoluer les comportements des utilisateurs », assure l’animateur.

Pour faire face à ce champ immense de travail, le département de l’Essonne a créé une cellule énergie il y a deux ans.

« Rattachée à ma direction, elle ne travaille cependant pas que sur le patrimoine bâti. Ses ingénieurs sont missionnés auprès de toutes les directions pour les conseiller et les accompagner dans le cadre de toutes leurs politiques, sur le thème de l’énergie », explique Pascal Desfray, directeur du patrimoine au conseil général.

Les multiples missions des ingénieurs territoriaux

Cependant, aujourd’hui, 69 % des communes n’ont aucun responsable énergie. Les ingénieurs territoriaux bâtiment remplissent des missions variées, en relation avec la taille et les compétences de la collectivité. Multicompétents dans les villes moyennes ou les intercommunalités, ils sont maîtres d’ouvrage pour la construction de bâtiments publics et communautaires, de bâtiments scolaires, chargés de la maintenance et de la gestion des équipements publics. Ces ingénieurs « bâtiment » assument souvent une fonction d’animateur, comme responsables des services techniques. Plus spécialisés dans les grandes collectivités, certains sont missionnés pour mettre en œuvre une politique de maîtrise de l’énergie en assurant la cohérence entre la conception énergétique des équipements, l’exploitation des installations climatiques et la gestion des dépenses d’énergie.

Mais, selon cette même enquête nationale, lorsqu’il y a un responsable « énergie », dans l’immense majorité des cas, il consacre moins de la moitié de son temps à ces questions. Aussi, pour répondre aux enjeux énergétiques, les collectivités devront faire évoluer leur pratique. Elles devront former leur personnel technique, au sein de l’Ecole nationale d’application des cadres territoriaux de Montpellier par exemple, qui anime déjà des stages sur ces questions, avec le groupe énergie de l’AITF. Les collectivités devront également recruter de nouveaux profils, comme des énergéticiens, pour remplacer les départs en retraite attendus. Des perles rares sur le marché.

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ENCADRE

Sabine Narbonne-Luxey, architecte à la direction Construction Patrimoine, à la ville de La Roche-sur-Yon

« Rénover est l’occasion d’améliorer la consommation énergétique »

« J’ai exercé le métier d’architecte à Saumur pendant sept ans et suivi des projets de haute qualité environnementale (HQE) après une formation en architecture HQE. J’ai alors pris conscience que si le maître d’ouvrage ne porte pas clairement ce type de projets, notamment en termes budgétaires, ils n’aboutissent pas. C’était frustrant. J’ai donc passé le concours de la FPT pour apporter une aide à la décision au maître d’ouvrage et réaliser des programmes intégrant en amont les cibles de la HQE. Aujourd’hui, j’exerce trois métiers : ceux de programmiste et de conducteur d’opération pour les gros projets, et celui de maître d’œuvre interne pour des dossiers de moindre envergure (réhabiliter un centre de loisirs, créer un bâtiment récupérant l’eau de pluie). Actuellement, je suis la réhabilitation d’un groupe scolaire et celle des anciennes écuries des Oudairies où nous avons appliqué des enduits naturels (chanvre et chaux), installé une ventilation double flux et choisi de chauffer le bâtiment avec une pompe à chaleur en géothermie. Toute rénovation dans un bâtiment est l’occasion d’améliorer la consommation énergétique. »

ENCADRE

Olivier Aime, chef de projets maîtrise d’ouvrage à la direction des collèges du CG 33

« Concilier les exigences esthétiques et énergétiques »

« Après l’Ecole supérieure d’ingénieurs de Chambéry, option bâtiment, j’ai travaillé comme ingénieur travaux chez Chantiers Modernes. Puis j’ai intégré une SEM dans le Lot-et-Garonne, sur des missions de maîtrise d’ouvrage déléguée, dans la gestion du patrimoine de collèges et de lycées. Dès 2002, nous avons accompagné des opérations de haute qualité environnementale. Souhaitant œuvrer en maîtrise d’ouvrage publique, j’ai passé le concours d’ingénieur territorial en 2005. Aujourd’hui, je suis chef de projets à la direction des collèges du département de la Gironde, qui gère 104 établissements. Une mission de chef d’orchestre où je suis des programmes de rénovation et de construction neuve. Ces opérations souvent de grande ampleur doivent mettre en musique les délibérations de l’agenda 21 départemental, selon dix thématiques d’action, proches de la démarche HQE. Il s’agit de concilier les exigences, parfois contradictoires, d’un bâtiment esthétique et celles d’un bâtiment efficace sur le plan énergétique, tout en préservant la qualité sanitaire des locaux. »

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Isabelle Le Vannier, directrice des moyens généraux et des bâtiments de Montpellier Agglomération

« Les équipements les plus économes possibles »

« J’ai en charge les services ‘‘architecture et bâtiments’’, ‘‘énergie et télécom’’, et ‘‘moyens généraux et patrimoine’’. Nous intervenons, aux côtés des directions, dès la phase de programmation et jusqu’à la réception des travaux pour que les nouveaux équipements soient le plus économes possible. Sur le patrimoine existant, nous proposons la mise en œuvre de travaux de modernisation et de correction (remplacement de vieux brûleurs, régulation du chauffage, changement du système d’éclairage…). Par ailleurs, nous installons des systèmes de production d’énergies renouvelables sur les constructions neuves ; un programme pluriannuel d’investissement prévoit d’équiper aussi les bâtiments existants. Maîtriser les dépenses d’énergie est mon cœur de métier. Thermicienne de formation – j’ai obtenu un DUT de génie thermique –, j’ai commencé ma carrière à l’Agence française de la maîtrise de l’énergie (AFME) avant d’intégrer le service énergie de la ville de Montpellier puis la direction des moyens généraux et des bâtiments de Montpellier Agglomération. »

(1) Enquête nationale publiée par l’Ademe, l’Association des ingénieurs territoriaux de France (AITF), EDF et GDF, sur le thème « Energie et patrimoine communal ».
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