Management et prévention

Emploi Coup de frein sur le recrutement des cadres dans le BTP

Mots clés : Conjoncture économique - Efficacité énergétique - Energie renouvelable - Entreprise du BTP - Hygiène et sécurité du travail - Métier de la construction - Politique du logement - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine

2009 sera une année en demi-teinte en matière de recrutement des cadres dans le BTP. Sans stopper les embauches, les entreprises réduisent néanmoins la voilure. Elles privilégient les profils confirmés et portent leurs efforts sur l’intégration de commerciaux et de spécialistes des études de prix.

L’heure est à la prudence. Après huit années de croissance soutenue et de recrutements massifs, 2009 est résolument placée sous le signe du ralentissement. « L’emploi n’est que la résultante de l’activité, rappelle Philippe Bouquet-Nadaud, DRH du groupe Cegelec. L’activité du groupe devrait baisser de 10 % cette année. Une baisse qui aura des répercussions sur l’emploi l’an prochain. » Si ce groupe reste cette année sur un plan de recrutement équivalent à celui de l’an passé, la situation est bien différente dans la plupart des grandes entreprises du secteur. Les majors comme les grandes sociétés indépendantes affichent en effet des baisses de recrutement allant de 30 à 80 % par rapport à 2008 ! « Nous réfléchissons à deux fois avant d’embaucher, illustre Eric Logheder, chargé du développement des ressources humaines chez GCC. Nous pensons à l’employabilité de la personne à moyen terme et prenons le temps de sélectionner le meilleur candidat pour un poste. » Cette entreprise de gros œuvre limitera ses recrutements à une quinzaine de cadres cette année.

Dans d’autres proportions, les grands groupes marquent également le pas en termes d’embauche. Ainsi, Bouygues Construction prévoit de recruter 1 500 personnes cette année, tous niveaux confondus, contre plus de 4 000 l’an passé. « La conjoncture ne doit pas nous conduire à stopper le recrutement de jeunes, martèle François Jacquel, directeur central des ressources humaines du groupe. Nous devons en effet penser à l’avenir et préparer la sortie de crise. »

A la recherche de profils confirmés

Outre la cure d’amaigrissement des plans de recrutement, les entreprises recentrent leurs besoins sur des profils confirmés tant en travaux qu’en études. L’intégration massive de jeunes ces dernières années conduit en effet les recruteurs à se recentrer sur des confirmés, opérationnels immédiatement et capables d’encadrer les jeunes recrues. « Nous avons prévu d’embaucher environ 1 000 personnes cette année, essentiellement des expérimentés. La tâche est loin d’être simple car les cadres en poste sont d’une grande frilosité », constate Olivier Jambrusic, responsable du développement des ressources humaines de Spie. Un avis partagé par Eric Logheder : « Les cadres se mettent en veille, restent rigoureux pendant le processus du recrutement mais font marche arrière au moment de quitter leur entreprise. Ils ne prennent pas le risque de lâcher la proie pour l’ombre. » Le taux de démission des cadres, en très nette baisse dans les entreprises du secteur, en témoigne.

De leur côté, les jeunes diplômés devront faire montre d’une grande motivation pour décrocher un emploi. « Nous allons rester dans des proportions de 50 à 60 % de recrutement de jeunes diplômés ou avec une première expérience, indique Christophe Leblanc, chef du service recrutement et relations écoles du groupe Colas. La baisse du volume de nos recrutements va nous conduire à être plus sélectif et à nous recentrer sur le projet professionnel du candidat. » Pour les jeunes, le stage de fin d’études sera plus que jamais appréhendé comme une période de « préembauche ».

Préparer la relève

Si les entreprises réduisent le nombre de postes, elles maintiennent leurs efforts en termes d’offres de stages et de contrats en alternance. « Nous avons maintenu nos capacités d’accueil de stagiaires, notamment sur les postes de VIE (volontariat international en entreprise) car nous avons de bons espoirs de décrocher des grands chantiers à l’international », précise François Jacquel. Chez Vinci, le plan d’intégration des contrats en alternance est d’ores et déjà fixé. « Nous allons prendre environ 1 500 jeunes en alternance cette année, tous niveaux confondus. Cela nous permettra de préparer les deux à trois ans qui viennent », indique Patrick Plein, directeur du développement des ressources humaines. Une politique également suivie par Spie qui souhaite renforcer ses efforts en direction des jeunes. « Nous recrutions environ 400 jeunes apprentis par an. L’objectif pour l’an prochain est d’atteindre 1 000 apprentis de niveaux bac pro et bac 2 tant sur des métiers de monteurs de réseaux, dans les domaines de la maintenance et de l’installation », détaille Olivier Jambrusic.

Des secteurs restent porteurs

Alors que la crise touche aujourd’hui l’ensemble du BTP, certaines activités tirent mieux leur épingle du jeu. En amont, si la promotion immobilière connaît quelques frémissements dans certaines régions, le logement social affiche une bonne santé. Côté maîtrise d’œuvre, les bureaux d’études recherchent encore et toujours des ingénieurs structures, des économistes de la construction et des projeteurs. Les ingénieurs et chefs de projet compétents dans les domaines des infrastructures, des transports et de l’aménagement urbain sont également très recherchés. Dans les bureaux de contrôle, l’essentiel des besoins se concentre sur des spécialistes de l’énergie et de la thermique qui seront amenés à réaliser des audits énergétiques notamment. En bout de chaîne, le secteur du second œuvre maintient un niveau d’activité soutenu et affiche des besoins de recrutement importants. « Nous avons les mêmes besoins que l’an passé, illustre Cécile Chatendeau, DRH du groupe Balas, spécialisé dans les activités de plomberie-climatisation-couverture. Nous recherchons des chefs de chantier, conducteurs de travaux et chargés d’affaires ainsi que des personnes en études d’exécution et de projet. » Des métiers du second œuvre qui devraient profiter à plein des effets du Grenelle de l’environnement. Cette entreprise vient de créer un groupe de réflexion pluridisciplinaire chargé de définir l’offre de l’entreprise en la matière.

A la recherche de spécialistes

Nombre d’acteurs commencent à se structurer pour être en mesure de se positionner sur ces nouveaux marchés. Aussi, le cabinet nantais de recrutement Human Building a créé un département dédié aux lots techniques. « Les clients commencent à nous solliciter sur des profils spécialisés dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la construction durable. Ils souhaitent recruter un spécialiste capable de construire, d’imaginer et de construire une offre », expose David Boisdron, directeur associé. L’entreprise GCC souhaite recruter deux personnes sur ce créneau. « Nous recherchons à la fois un expert énergétique capable de réaliser des audits et de préconiser des solutions techniques ainsi qu’un chef de projet bâtiment capable de concevoir des bâtiments BBC et à énergie positive », indique Eric Logheder. L’entreprise va également créer une cellule dédiée à la performance énergétique des bâtiments. L’entreprise Cari, déjà positionnée sur ces marchés, mise sur les jeunes. « Nous avons recruté, en contrat de professionnalisation, trois jeunes qui démarrent la nouvelle licence professionnelle « bâtiment haute performance énergétique » au lycée Léonard-de-Vinci d’Antibes, explique Ljiljana Treillet, responsable du recrutement. Nous en cherchons un quatrième. De plus, nous identifions les formations universitaires et d’ingénieurs qui offrent cette double compétence. »

Dans le domaine de l’énergie, le nucléaire reste également un secteur porteur d’emploi. Ainsi, Areva affiche un besoin d’environ 200 postes dans les métiers de la construction. « Sur la partie conception de réacteurs, nous embauchons des jeunes ingénieurs qui sortent de cursus génie civil, indique Jérôme Eymery, responsable du recrutement France. Sur la partie construction de réacteurs, nous intégrons essentiellement des profils confirmés, type ingénieur travaux, capable de faire de la coordination de travaux. » De bonnes passerelles pour des cadres du BTP en quête de nouveaux horizons.

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CHRISTIAN KOWALSKI, directeur du pôle immobilier-habitat social, mercuri urval - « Le secteur de l'habitat social recrute des ingénieurs et des techniciens travaux »

« Le secteur de l’habitat social est très porteur en période de crise tant dans les domaines de la construction de logements que dans celui de la réhabilitation du parc. Par ailleurs, dans l’ensemble des structures de maîtrise d’ouvrage à caractère social, la pyramide des âges étant dégradée, les entreprises doivent également recruter pour pallier les départs à la retraite. Les demandes portent principalement sur la partie « technique » du bâtiment, du montage d’opération, à la réalisation en passant par l’entretien et la maintenance. Faute d’ingénieurs en nombre suffisant, nous allons chercher des techniciens expérimentés. Les ingénieurs et architectes possédant des compétences dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de l’isolation, de la construction durable sont prisés. Malheureusement, ces compétences restent rares sur le marché. »

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David Boisdron , Directeur associé du cabinet Human Building - « Les professionnels des études de prix sont toujours aussi prisés»

« Les principales demandes des entreprises se concentrent sur des profils d’ingénieur études de prix ou de BTS économie de la construction possédant cinq ans d’expérience minimum. En période de ralentissement de l’activité, les entreprises doivent répondre à plus d’appels d’offres pour décrocher des marchés.

Les PME cherchent de leur côté à renforcer leur encadrement. Nous intervenons sur des missions de recrutement de directeur d’exploitation capable de prendre en charge la production ou sur des postes d’adjoint de direction. La difficulté cette année réside dans la finalisation des missions tant du côté candidat que du côté entreprise. Les candidats affichent une certaine frilosité à bouger et les recruteurs hésitent davantage avant de lancer un recrutement. »

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FABRICE VEYRE, directeur de la division immobilier-construction de michael page - « Les entreprises recherchent des commerciaux »

« Fait assez nouveau, nos clients nous ont sollicités en début d’année sur des postes d’ingénieurs commerciaux et de responsables commerciaux. Jusqu’à présent, les bureaux d’études techniques comme les entreprises générales ou de second œuvre n’avaient pas besoin de prospecter pour décrocher des affaires. La crise a changé la donne. Ces profils demeurent difficiles à trouver car les candidats possédant une bonne expérience dans le BTP et un carnet d’adresses solide ne sont pas légion. Les autres besoins se situent principalement dans les secteurs des infrastructures – sur des postes de chef de projet, d’ingénieur études et de patrons d’agence – du second œuvre, principalement des chargés d’affaires, et dans le secteur du logement social sur des profils de responsables techniques et de chargés d’opérations. »

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« Il y a moins d'offres pour les jeunes diplômés » - PIERRE LAMBLIN, directeur du département Etudes & Recherche - Apec

Quelle est la situation du marché de l’emploi cadre ?

Depuis septembre 2008, nous constatons une dégradation de l’emploi cadre en France. Cette situation devrait se poursuivre cette année car la plupart des indicateurs économiques sont en berne. Dans le secteur privé, nous tablons sur une baisse de 27 % des recrutements de cadres cette année par rapport à l’an passé. C’est deux fois plus que lors des précédents retournements conjoncturels de 1990-1993 et de 2002-2003. Concernant la diffusion des offres d’emploi cadre, l’ensemble des secteurs sont touchés, excepté celui du médico-social. Dans le secteur de la construction, les offres d’emploi enregistrent une baisse de 28 % au premier semestre 2009 et celles concernant spécifiquement les cadres de chantier chutent de 30 %.

Quels sont les cadres les plus touchés par la crise ?

Principalement les jeunes diplômés. En période de crise, quels que soient les secteurs d’activité, les recruteurs se tournent prioritairement vers des profils confirmés. Cela se confirme dans la volumétrie des offres. Pour le BTP, seules 9 % des offres d’emplois sont ouvertes aux jeunes diplômés. Elles étaient deux fois plus nombreuses il y a trois ans !

D’une façon générale, nous constatons que les intentions d’embauche sont en baisse dans le secteur de la construction : alors qu’au troisième trimestre 2008, 43 % des entreprises déclaraient vouloir embaucher un cadre, elles ne sont plus que 37 % à vouloir le faire aujourd’hui.

Cette situation va-t-elle s’installer ?

Les clignotants ne sont pas au vert. Nous ne voyons, pour l’instant, aucun signal de reprise. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aura aucun recrutement. En 2008, le secteur du BTP a recruté près de 10 500 cadres. Cette année, les embauches devraient avoisiner les 8 500 cadres. Des recrutements qui restent à un niveau supérieur à celui que l’on a connu au début des années 2000. Par ailleurs, la diminution des recrutements n’efface pas la difficulté à pourvoir certains postes de confirmés.

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LAURENT DEROTE, RESPONSABLE DE L'activité construction & immobilier, hudson « Nous sentons un début de redémarrage des programmes de logements »

« Toute la filière bâtiment subit aujourd’hui les effets de la crise. Mais certains signes sont porteurs d’espoir. A commencer par un début de redémarrage de programmes de logements dans certaines régions comme en Ile-de-France et dans le Sud-Est. Nous sommes de nouveau sollicités pour recruter des monteurs d’opérations. Intégrés aux directions commerciales, ces professionnels sont chargés d’imaginer et de concevoir les opérations immobilières.

Le second amortisseur de la crise sera la rénovation énergétique du parc existant. Nos clients, tant dans l’ingénierie que dans les entreprises de construction, commencent à nous missionner sur des postes de spécialistes dans les domaines de l’énergie. Cela ne se traduira pas par des recrutements de masse mais par la création de quelques postes dans les entreprises. »

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Fabien Stut, directeur adjoint en charge de métiers de la construction, Hays - « Les projets d'infrastructure et d'aménagement urbain sont porteurs d'emploi »

« Les grands projets liés au plan de relance offrent une lueur d’espoir à moyen terme. Les projets d’infrastructure et d’aménagement urbain vont être porteurs d’emploi dans les mois à venir. Les recrutements de candidats confirmés en travaux possédant une compétence dans les domaines du terrassement, des tramways et des autoroutes se maintiennent toujours à un bon niveau. A l’avenir, le secteur aura besoin de professionnels du génie civil possédant des connaissances en écoconception. Le Grenelle de l’environnement va impacter les métiers des travaux publics comme ceux du bâtiment. Sur ce secteur, les profils d’ingénieur ou d’architecte avec des compétences avec une spécialisation en qualité environnementale ou dans les domaines de l’énergie sont très recherchés. »

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