Architecture Exposition

Embarquement immédiat

Mots clés : Gares, aéroports - Manifestations culturelles

A Paris III , la Gaîté-Lyrique présente les œuvres d’artistes inspirés par l’univers clos des aéroports pourtant ouverts sur le monde.

« Les aéroports sont les métaphores de nos sociétés mobiles, globalisées, connectées. Ce sont des laboratoires de la vie contemporaine où s’expérimente le monde de demain », explique Franck Bauchard. Il est le commissaire de l’exposition qui se déroule actuellement à la Gaîté-Lyrique (Paris IIIe ), « Aéroports/ Ville-Monde ». Et de reprendre : « L’aéroport est une métropole virtuelle où nous sommes partout et nulle part. » Cette exposition fonctionne comme une immersion sonore et visuelle dans un aéroport décalé, critiqué et questionné par des artistes de tous horizons. Car, si ce lieu du spectacle est un appel au voyage et une source de rêverie, c’est aussi celui de la surveillance et du chaos. Avec ses cartes d’embarquement pour cartels, l’exposition reconstitue le parcours des passagers qui scrutent les panneaux d’affichage – conçus par la slovène Jasmina Cibic – pour des destinations imaginaires, empruntent le serre-file de l’allemand Matthias Gommel, sur lequel est écrit un chant de marins anglais du XIXe siècle, et passent sous le portique de sécurité du néerlandais Marnix de Nijs, qui associe les visages avec ceux d’un criminel ou d’une comédienne. Les installations sonores du français Kerwin Rolland participent à l’atmosphère, entre messages d’appel des passagers et bruits sourds des bagages tombant sur le carrousel. Dans une cabine factice, des artistes, architectes et designers parlent de leur relation à l’aéroport comme s’ils étaient les voisins de vol des visiteurs.

Fantasmes. Les frontières s’amenuisent entre l’imaginaire des artistes et la réalité, loufoque ou terrible. Mêlant performance et documents véritables, Gwenola Wagon et Stéphane Degoutin (France et Canada) dévoilent le refoulé de l’aéroport, entre angoisse du terrorisme et fantasmes des dispositifs de contrôle. Loin des « cathédrales de la rencontre entre les nations que les aéroports représentaient après la Seconde Guerre mondiale, ce sont désormais les terminaux clivés de notre déshumanisation qui se transforment en palais de justice, lieux de détention ou de manifestation », analyse Franck Bauchard.

A la lumière de la crise migratoire, la vidéo de l’albanais Adrian Paci montre des hommes aux visages fermés, bloqués sur un escalier d’embarquement… sans avion. Avec ses images de Google Earth retravaillées pour évoquer des tapis persans, l’irlandais David Thomas Smith pointe l’impact écologique de grande ampleur des aéroports. Plans et maquettes à l’appui, les architectes d’intérieur françaises Fanchon Bonnefois et Camille Demouge ont projeté un terminal dédié aux relations intimes, offrant un parcours sensoriel transposant dans la sexualité l’imaginaire du voyage : accès, attente, tension, accélération, envol et relâchement. Tandis que sur le toit de la Gaîté-Lyrique flotte un drapeau d’Audrey Martin reproduisant les ultimes paroles du commandant du vol MH370, comme un écho à travers le temps et l’espace de cet avion disparu il y a trois ans : « All right, good night. »

Jusqu’au 28 mai, la Gaîté Lyrique, 3 bis rue Papin, Paris IIIe.

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