Dossier

Du badigeon à l’événement urbain, la couleur gagne en épaisseur

Accompagnant de nouvelles formes architecturales et urbaines, la couleur a la capacité de faire tout et son contraire. Autant son application sur un bâtiment peut être un facteur d’harmonie et participer à la création d’un paysage unitaire, autant elle peut dominer visuellement, produire une rupture volontaire par rapport à l’environnement. De la mise en place d’un signal fort à celle d’un effet de mimétisme frôlant l’effacement, la couleur est aussi – malheureusement – souvent réduite à un maquillage discordant palliant la triste réalité d’une pauvreté architecturale. On a tous en tête l’image d’immeubles de logements bavards ayant concentré toute leur innovation dans la coloration flashy des halls, balcons et autres parties saillantes. De même que les crèches rose bonbon et les écoles recouvertes des couleurs de l’arc-en-ciel pullulent, cantonnées à une littéralité artificielle se voulant l’expression d’un monde enfantin gai et multicolore. Une chose est sûre, la couleur ne surgit pas par une simple application de peinture. Son statut change dès qu’elle se retrouve dans l’espace public, où elle devient un critère d’appréciation sensorielle, en lien avec la lumière, le matériau et la texture. Son rôle est un vieux problème qui s’est transformé en sujet de conflit permanent. Déniée, voire méprisée, la couleur a souvent été rabaissée au rang d’accessoire de la forme, de matériau de second œuvre, complètement déconnecté de la phase de conception.

Chromophobie

Si chaque époque a sa polychromie fondée sur des motifs idéologiques, force est de constater quau cours du XXe siècle, la couleur a rarement été considérée comme un élément clé de la composition. Jusqu’à récemment, l’absence de couleurs, ou plutôt la présence des non-couleurs, a prévalu au sein de nos paysages. Globalement, c’est la vision d’un bâti uniforme, presque atone qui domine, même si des cas isolés contreviennent à la règle. Du blanc au beige en passant par le gris, la sobriété architecturale issue de la monochromie a fait foi ; comme si la couleur avait fleuré le mauvais goût et qu’il fallait la combattre pour conserver une homogéneité patrimoniale de « bon ton » fuyant devant le pittoresque. Nombre d’expérimentations polychromes ont pourtant mis en lumière l’importance de la couleur dans...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 250 du 20/04/2016
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