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DoCoMoMo 10 €

Mots clés : Association et mouvement associatif - Culte - Démarche environnementale - Développement durable - Gestion et opérations immobilières - Manifestations culturelles - Politique du logement - Produits et matériaux - Rénovation d'ouvrage

C’est dans l’usine Van Nelle Ontwerpfabriek que s’est tenue la 10 € conférence de l’association internationale DoCoMoMo – DOcumentatin COnservation MOuvement MOderne – en septembre dernier. Le colloque abordait de front une thématique sous-jacente à l’objectif même de conservation des œuvres édifiées par le Mouvement Moderne : celle du changement. Nombre de bâtiments du Mouvement Moderne, fragiles témoins d’une époque de modernité (état) que l’on a dénommée modernisme (style), ont disparu avant même que ne soit questionnées leur raison d’être et, surtout, leur légitimité à perdurer dans notre environnement construit. Créée en 1990 en réaction à cette situation, l’association a le double objectif de faire connaître et reconnaître l’importance de ce patrimoine bâti, et d’encourager sa préservation par le recours à des techniques et méthodes appropriées d’entretien ou de restauration de manière à ce que soient conservées ses qualités initiales (1). Aujourd’hui, grâce à l’action de ce réseau, qui compte des délégations dans plus de 40 pays, certaines réalisations ont désormais acquis leurs lettres de noblesse, accédant parfois au rang de monument. Mais bien d’autres sont encore incomprises, mal-aimées, délaissées, maltraitées, défigurées ou déjà promises aux pics des engins de démolition. Au-delà de la protection de ces édifices ou ensembles construits se pose la question de leur avenir, de leur potentiel d’évolution et d’utilisation, de manière à ce qu’ils demeurent vivants, acteurs du présent. Tenir compte de cet impératif de changement est le défi concret de toute intervention intelligente sur ce patrimoine, cherchant à la fois à éviter les pièges de la muséification, à le rendre conforme aux normes en vigueur et à le faire bénéficier de l’apport des techniques et matériaux contemporains. En France, un bon exemple en a été donné par la transformation du Centre administratif de Pantin de Jacques Kalisz en Centre national de la danse par Robain et Guyesse. Le cas inverse est celui de la Cité des Bruyères à Sèvres, conçu par Candilis-Josic-Woods, qui devrait être démolie prochainement pour céder la place à un projet immobilier. Du reste, et c’est là un point important qu’il ne faut pas oublier, cette notion même de changement était intrinsèque à la démarche progressiste du Mouvement Moderne, et notamment après 1945. Pour s’en convaincre, il suffit de s’en référer au débat du team 10 sur la mise en œuvre de principes d’habitat essentiellement évolutifs procédant d’une logique de changement, d’addition et d’amélioration ou encore au projet d’Alger de Le Corbusier. La réflexion de DoCoMoMo sur cette question était articulée autour de cinq sous-thèmes : changement et continuité, restructuration des villes et paysages, évolution des programme et flexibilité, enseignement, technologie, progrès et développement durable. Des tables-rondes étaient également proposées sur quatre questions : reconstruction des édifices MoMo, stratégies pour le logement de masse, pratiques de conservation durable, réemploi des édifices religieux de l’après-guerre. Parallèlement aux séances du colloque qui réunissaient plus de 300 personnes d’horizons variés venues de 65 pays, se déroulait également un Workshop international de 48 étudiants, issus de 18 universités qui avait pour enjeu de proposer des stratégies d’intervention sur la Coolsingel strip, secteur névralgique du centre de Rotterdam. Outre la richesse des débats, l’organisation était impeccable et il était en outre plus qu’enthousiasmant de noter la présence d’une jeune génération active et motivée. Comme l’écrivait le scientifique américain Charles Kettering, inventeur du moteur à explosion (1910), « le monde déteste le changement, c’est pourtant la seule chose qui lui a permis de progresser ». Dans le monde en mutation qu’est le nôtre, et qui s’emballe parfois si rapidement, suspendre le temps pour réfléchir au sens et aux modalités du changement est salutaire. DoCoMoMo prolongera d’ailleurs cette réflexion en la centrant sur la dimension urbaine, en 2010 à Mexico.

Vous lisez un article de la revue AMC n° 183 du 01/11/2008
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