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Disparités règlementaires, résistances culturelles : le long chemin de la mixité

Si le fonctionnalisme des années 60 a débouché sur un urbanisme de zoning, la mixité est inscrite dans la ville ancienne occidentale depuis le Moyen Âge, avec ses îlots de commerces surmontés de logements sur rue et des cours vouées à l’artisanat et au stockage. « À Paris, la linéarité des façades accueillait la densité et les cœurs d’îlots accessibles aux véhicules étaient des lieux de passage. Là où la densité baissait, on cultivait des légumes rappelle l’historien François Loyer. Rue Cadet, à Paris dans le 9e, les potagers se mêlaient aux hôtels particuliers. Rue des Jeûneurs (2e) l’architecte Visconti a inventé une typologie mêlant commerces et activités sur les niveaux bas et des logements en haut. Le quartier de l’Opéra, illustre la mixité des immeubles haussmanniens avec, au gré des besoins, des bureaux ou des logements dans des volumes « capables » où tout peut se transformer ».

Face aux limites de la ville sectorisée, ségrégative et consommatrice d’espace de la seconde moitié du XXe siècle, des élus, des urbanistes et des promoteurs reviennent à la mixité pour réintroduire des activités en centre-ville et valoriser la densité et la polyvalence des îlots, voire des immeubles. Bâtir des logements dans les quartiers d’affaires favorise leur vitalité et permet de mutualiser des services en s’adaptant aux temporalités de la ville. Cela permet aussi d’implanter dans des quartiers en mutation des programmes qui couturent le tissu urbain ou fédèrent des centralités.

Des immeubles polyfonctionnels inédits voient donc le jour pour répondre à des situations variées, à la rareté du foncier et aux évolutions économiques et sociétales. Ceci trouve d’ailleurs un écho dans les repères de l’architecture moderne si l’on songe à la Cité Radieuse de Le Corbusier à Marseille, aux tours Marina City à Chicago, au quartier de Barbican à Londres, à la Cité internationale de Renzo Piano à Lyon ou à sa récente intervention sur le quartier délaissé de Central Saint-Gilles à Londres.

Intérêts contradictoires

Aux Pays-Bas et au Japon, pays de fortes densités et des micro-centralités, les cohabitations et superpositions de commerces, logements et bureaux sont courantes dans un même immeuble. À Rotterdam, l’agence MVRDV enveloppe un marché couvert avec des logements et Rem Koolhaas installe dans un bâtiment composé de trois tours reliées des logements, des bureaux, un hôtel, un centre de congrès, des espaces de loisirs, des commerces et un parking. Toujours aux Pays-Bas, dans la ville nouvelle d’Almere, Christian de Portzamparc a construit en 2006 un centre commercial surmonté de logements autour d’une prairie suspendue formant une colline.

En France, des disparités réglementaires, structurelles et normatives (sécurité incendie, accessibilité, IGH…) entre logements, commerces et bureaux, mais aussi des résistances culturelles, suscitent la réticence des aménageurs et des promoteurs à l’égard des opérations mixtes. Outre leur complexité technique (par exemple, pour autonomiser les accès à chaque programme), il faut aussi résoudre les servitudes et les nuisances éventuelles et concilier des intérêts contradictoires entre utilisateurs. Les études de marché et les analyses juridiques nécessaires peuvent...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 231 du 12/03/2014
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