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Didier Ridoret, président de la Fédération française du bâtiment « Nous misons beaucoup sur le plan de relance »

Mots clés : Conjoncture économique - Maison individuelle - Sport

Les 11 et 12 juin, la Fédération française du bâtiment organise la deuxième édition des « 24 heures du bâtiment » au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Didier Ridoret, président de la FFB, ne veut pas céder à la sinistrose ambiante. Il appelle les entrepreneurs à profiter des opportunités du plan de relance.

La deuxième édition des « 24 heures du bâtiment » s’ouvre dans un contexte de crise, après une première édition qui s’était tenue en 2006 dans une conjoncture très favorable. Quel message allez-vous faire passer à vos troupes et aux pouvoirs publics ?

Un message d’optimisme et de détermination car notre secteur souffre mais moins que d’autres. Nous ne devons pas ajouter à la sinistrose ambiante afin que les entreprises se tournent vers l’avenir. Nous invitons nos adhérents à aller vers les débouchés ouverts par le Grenelle de l’environnement et, plus généralement, à se diversifier. En temps de crise, être mono-marché est souvent un handicap.

Evidemment, nous encourageons aussi nos adhérents à se montrer extrêmement attentifs à leur gestion : passer les frais généraux à la paille de fer et, surtout, ne pas sacrifier les marges ! Au passage, nous n’avons pas le sentiment d’être dans la catégorie de patrons à critiquer pour leur train de vie. Nos entreprises sont souvent patrimoniales, leurs dirigeants n’ont pas des salaires pharaoniques et nous sommes dans le réel, pas dans le virtuel.

Où en est la conjoncture ? Que penser du « frémissement » ressenti par les promoteurs et les constructeurs de maisons individuelles ?

Nous sortons d’une période où nos carnets de commandes étaient extrêmement hauts. Ils ont baissé, après 12 années de hausse ininterrompue. Ils sont aujourd’hui grosso modo stables à 5,6 mois (6 mois dans le gros œuvre). C’est encore élevé. Je reste très prudent face à ces chiffres car l’arrêt d’un chantier n’est jamais à exclure en période de crise. Et cela peut être très grave pour une PME.

Nous sentons effectivement un frémissement chez les promoteurs-constructeurs. Mais d’ici à ce que cela se concrétise en travaux, il y aura un délai certain. Je ne vois pas les mises en chantier se relever de manière significative avant au mieux octobre.

Ne craignez-vous pas que la reprise actuelle soit due à un rattrapage par rapport au quatrième trimestre 2008 ?

Le doublement du prêt à taux zéro est une bonne chose, le Pass Foncier monte en puissance… des opportunités de ce type incitent les acheteurs à se lancer. Les mois prochains diront si c’est du rattrapage. N’oublions pas que le besoin de logements est là et que le stock achevé des promoteurs se réduit à moins de 6 000 logements.

Qu’en est-il de la commande publique ?

Nous misons beaucoup sur le plan de relance qui est très complet : en plus de l’Etat, toutes les grandes entreprises publiques ont été sollicitées. Ce qui compte désormais, c’est sa vitesse de mise en œuvre. Les 30 000 logements en Vefa rachetés par les HLM ont aidé les promoteurs. Nous leur avons néanmoins demandé de ne pas répercuter sur les entreprises les baisses de prix qu’ils consentaient aux HLM. Les baisses de prix inquiétantes – elles peuvent aller jusqu’à 20 % – que les entreprises accordent pour traiter des affaires sont notre problème le plus grave actuellement. Ces plongeons sont déraisonnables.

Que pensez-vous du succès du dispositif de remboursement anticipé de TVA ?

Près de 19 000 conventions ont été signées, ce qui correspondrait à 54 milliards d’euros dont une bonne part de travaux. Les préfets nous ont beaucoup aidés. Nous avons été systématiquement associés aux observatoires sur le suivi du plan. Certains préfets organisent encore des réunions toutes les semaines. Nous sommes en relation permanente avec le cabinet de Patrick Devedjian. Dès qu’un dossier bloque – même hors plan de relance – nous le lui signalons. L’hyperréactivité, qui est parfois critiquée, a été une bonne chose.

Avez-vous été entendu lorsque vous avez appelé les bailleurs sociaux à ne pas jouer la baisse des prix ?

Globalement, je rencontre beaucoup d’opérateurs responsables. Mon message à leur attention ainsi qu’à de grands promoteurs est clair : ne participez pas à la déstructuration de la filière bâtiment, dont vous aurez besoin demain. Aujourd’hui le moindre dossier génère des dizaines de réponses : jusqu’à 180 réponses pour des petites opérations comportant 10 à 12 lots ! Au mieux, la chute des prix permet aux maîtres d’ouvrage publics de lancer des travaux supplémentaires. Nous essayons de les sensibiliser et nous avons rédigé à leur intention un guide qui s’intitule « Guide pour le choix de l’offre économiquement la plus avantageuse » qui inclut une partie sur les offres anormalement basses.

Est-ce que vous maintenez votre prévision d’une baisse de l’activité de – 4 % en 2009 ?

Je n’ai pas d’élément aujourd’hui qui me permette de dire que ce sera mieux ou moins bien. Pour autant, rien ne dit que l’évolution de l’emploi sera catastrophique. Nous avons trois soupapes de sécurité : l’intérim, la durée du travail et la sous-traitance afin d’éviter de toucher au noyau dur des entreprises. Malheureusement certaines d’entre elles commencent à le faire.

Les textes sur l’éco-prêt à taux zéro sont sortis dans un temps record. Sentez-vous une demande de « bouquets de travaux » émanant des particuliers ?

10 000 éco-prêts sont déjà dans les tuyaux, alors que l’offre des réseaux bancaires monte en puissance. Le chauffage est très demandé par les ménages, ainsi que l’isolation des combles, par l’extérieur et les travaux sur parois vitrées.

Qu’en est-il de la capacité des entreprises à répondre au Grenelle de l’environnement ?

Je sais que l’idée prévaut que les entreprises seraient très en retard. Mais, il ne faut pas s’autoflageller. Le Feebat monte en puissance et nous nous sommes engagés à former 50 000 personnes avant la fin 2010. En parallèle, les entreprises suivent beaucoup d’autres stages et, ce d’autant plus volontiers qu’elles sont en contraction d’activité.

Une entreprise compétente dans son métier est déjà en situation de répondre aux bouquets de travaux lorsqu’elle est associée à d’autres corps d’état. Nos entreprises doivent se mettre en ordre de marche pour faire une offre élargie au client. Soit sous forme de groupement, soit par une formule d’entreprise générale, intégrée ou pas.

Êtes-vous d’accord avec les majors du BTP qui affirment que 2010 sera l’année la plus difficile ?

Les grands groupes avaient beaucoup de grands chantiers en commande. Ils ont une bonne visibilité jusqu’au début 2010. Ils s’inquiètent pour la suite, au vu de la contraction des commandes.

Les entreprises artisanales et moyennes connaissent déjà, pour certaines, des difficultés en 2009 et espèrent sentir en 2010 les effets du plan de relance et des changements de comportement induits par le Grenelle de l’environnement. En outre, elles sont souvent plus réactives que les grandes entreprises.

Quelle est votre position sur les délais de paiement ?

Nous avons beaucoup protesté contre cette réforme même si, sur le fond, on peut penser que c’est une bonne idée de vouloir réduire les délais de paiement en France. Mais, c’est une très mauvaise période pour le faire. Ce n’est pas quand tout le monde crie « au secours » qu’on se lance dans une telle opération ; de plus, la spécificité de notre branche n’est pas prise en compte : nous allons devoir régler nos fournisseurs très rapidement en amont alors qu’en aval, ce sera beaucoup plus difficile de nous faire payer par nos clients.

La signature d’accords dérogatoires n’arrange-t-elle pas les choses ?

Certes, nous avons signé des accords dérogatoires. Mais, aujourd’hui, notre trésorerie se dégrade. Le mot d’ordre à nos troupes est le suivant : « nous avons le couteau sous la gorge vis-à-vis des fournisseurs. Il faut donc que nous fassions respecter les délais en aval ». Concrètement, cela signifie que nos entreprises doivent obtenir des intérêts moratoires en cas de retard de paiement. Cela doit être une attitude générale. Sinon, nos trésoreries seront laminées. Jouons le jeu mais jusqu’au bout !

Cette réforme n’a-t-elle pas l’avantage de mettre sur le tapis une question qui gangrène les rapports dans le BTP depuis longtemps ?

Certes, mais le travail n’a pas été fait jusqu’à son terme. Il aurait fallu aller plus loin et imposer un délai maximum d’approbation du décompte général définitif dans le CCAG des marchés publics ! Nous avons mis en place un groupe de travail avec des économistes, des maîtres d’œuvre, des maîtres d’ouvrage pour leur faire comprendre que si, globalement, le délai de paiement de nos situations de travaux est respecté, nous avons des délais cachés de vérification insupportables surtout en ce qui concerne le paiement du solde.

Que pensez-vous du quadruplement de l’avance sur les marchés de l’Etat ?

Bien sûr, nous avons applaudi des deux mains à cette mesure décidée dans le plan de relance. J’aimerais que toutes les collectivités territoriales fassent de même. Les élus locaux de la FFB sont mobilisés pour qu’elles augmentent leurs avances, qui sont en moyenne de 5 %. Avec quelques succès : la région Nord est montée à 30 %, la Bourgogne à 15 % Nous dresserons une carte de France du taux d’avance sur les marchés publics département par département. C’est un axe essentiel.

L’assurance-crédit est très critiquée. Que pensez-vous de Cap ?

Le problème dans ce dossier est que l’entreprise est un tiers : l’information s’exerce au niveau du fournisseur. C’est lui qui apprend à l’entreprise qu’elle n’est plus assurée. Mais, je me réjouis que les assureurs-crédit s’engagent désormais à une nouvelle obligation d’information.

Nous avons recommandé aux entreprises de réduire leur panel de fournisseurs et d’éliminer ceux avec lesquels elles ne travaillent plus pour restaurer leurs capacités de crédit. Quant à Cap , c’est vrai que c’est cher mais ça a le mérite d’exister. Beaucoup de Cmistes (1) étaient dans une situation difficile et nous avons travaillé notamment avec le cabinet d’Hervé Novelli pour mettre au point un Cap Cmiste couvrant leurs sous-traitants.

N’êtes-vous pas inquiet du financement de l’Anru ? Comment va-t-on financer les travaux lancés à partir de 2011 ?

Connaissant le fonctionnement du 1 % logement aujourd’hui, on ne peut qu’être inquiet. Le désengagement de l’Etat a conduit à une redéfinition des emplois du 1 % et à la suppression du Pass-travaux, un outil qui nous paraissait incontournable. Ont aussi disparu des prêts complémentaires aux organismes d’HLM pour les aider à boucler les opérations Anru. On ne peut pas à la fois mettre en doute l’utilité du 1 % et continuer à le ponctionner comme on le fait. Ou bien on conforte le dispositif en lui donnant les moyens adéquats, ou bien on l’arrête. Quant au financement des travaux au-delà de 2011, nous nous posons la question. Ce dossier est très conflictuel.

N’est-on pas en train d’assister à un scénario du même type sur les caisses de congés payés ?

Il est bon de rappeler qu’il s’agit de l’argent des entreprises. Ce n’est pas une taxe, ni un impôt mais ce sont les entreprises du BTP qui, spontanément, se sont volontairement organisées pour gérer les congés payés. Ce n’est pas de l’argent public ! C’est aux entreprises de juger si ce système est plus onéreux ou moins efficace que le régime général. Ce sont des entrepreneurs qui siègent au conseil d’administration des caisses de congés. Tant que la majorité se montre satisfaite, nous continuerons.

Pourquoi avoir accepté, alors, de mettre 100 millions sur la rénovation thermique des HLM ?

En 1995, nous avons déjà fait une démarche analogue. En novembre 2008, la Capeb, la FNTP et les Scop ont lancé le mouvement pour faire de même. En proposant de nous prélever de l’argent en janvier 2009, Jean Arthuis nous a pris de vitesse. Depuis, le dossier a mûri et nous allons prêter 100 millions à 1 % pendant 15 ans aux HLM. Compte tenu de l’effet de levier, cela permettra de financer 300 à 400 millions de travaux.

La FFB est vent debout contre le régime de l’auto-entrepreneur. Pourquoi ?

Le régime de l’auto-entrepreneur n’est pas fait pour le bâtiment. Nous l’avons répété inlassablement aux pouvoirs publics en les avertissant que ce régime faisait une concurrence déloyale aux artisans et aux PME. Les quatre garde-fous – la qualification, l’assurance biennale et décennale, l’autorisation de l’employeur – nous paraissent insuffisants. Le 10 avril, j’ai demandé à Hervé Novelli de retirer le bâtiment du champ du dispositif. Le 5 mai, la FFB, l’APCM, la Capeb, l’UPA, la Cnam ont adopté une position commune, l’APCM et l’UPA allant même au-delà et demandant le retrait de l’artisanat en général du champ de l’auto-entrepreneur.

Les arguments ne nous manquent pas : la durée hebdomadaire du travail, la franchise de TVA dans la facturation de la main-d’œuvre de l’auto-entrepreneur, la sécurité du travail, la qualification… On va déstructurer l’artisanat ! Il y a un risque majeur.

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(1) Cmiste : constructeur de maison individuelle.
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