Architecture Technique

Développement durable : le coût global

Mots clés : Démarche environnementale

Les édifices sont, en principe, conçus pour durer. En fin de vie, leur bilan économique montre qu’ils coûtent davantage en usage, entretien et déconstruction que pour leur édification initiale. Il est alors possible d’optimiser le coût global d’un bâtiment en intégrant tous ses composants. Ce travail est encadré par plusieurs normes (lire encadré ci-dessous).

Principe

Le découpage du coût global d’un lycée public détruit au bout de cinquante ans a été réalisé en 2009. La ventilation des dépenses en six postes dévoile que la phase de conception-construction représente moins de 30 % du total :
Conception 2 %
Construction 27 %
Gros entretien/renouvellement 30 %
Exploitation/maintenance 28 %
Fluides 11 %
Déconstruction 2 %
Source : ministère de l’Environnement.
L’approche en coût global (ACG) permet au maître d’ouvrage ou au gestionnaire du bâtiment de prendre en compte l’impact des coûts différés dans leurs choix d’investissement. L’ACG indique clairement les conséquences des décisions d’investissement prises à l’origine sur l’ensemble de la vie du bâtiment.
Reste à définir le cadre de l’évaluation des projets, capable de quantifier les coûts différés dans une échelle étendue au temps et à l’espace. Une méthode qui se complète d’autres types d’évaluations tels que l’étude d’impact environnemental, l’analyse des risques ou l’évaluation de la qualité d’usage de l’ouvrage.

Normalisation en plusieurs volets

Le cadre de l’ACG est défini par la norme européenne EN 16627, adoptée le 19 mars 2015 et qui a le statut de norme française. Elle reprend les principes développés dans l’ISO 15686 pour répondre au contexte européen. Elle spécifie les méthodes et règles de calcul, en incluant d’autres informations économiques pour évaluer la performance économique d’un bâtiment à édifier ou existant. Les performances environnementales et sociales du bâtiment sont aussi considérées dans le cadre de l’évaluation et décrites dans les normes cadres (EN 15643-1 à -4).

Définition des coûts

L’ACG est définie par la somme des coûts directs fixes connus (construction…) et des coûts indirects variables et incertains (usage…). La norme EN 16627 propose plusieurs approches pour le calcul de la performance économique :

Coût global : la performance économique est exprimée en coût pendant tout le cycle de vie, en tenant compte des coûts négatifs liés à l’énergie vendue à l’extérieur et à la réutilisation et au recyclage de certaines parties du bâtiment tout au long de son cycle de vie et en fin de vie. Le calcul de cet indicateur est obligatoire pour établir la conformité à la norme.
Bilan économique global : cet indicateur inclut le coût global et les revenus générés tout au long du cycle de vie et en fin de vie. Le calcul de cet indicateur reste facultatif.
La stabilité de la valeur est aussi une approche facultative.


L’ACG aide le maître d’ouvrage à définir au mieux son projet, notamment pour :

établir des budgets de maintenance en estimant les futurs coûts d’entretien ou d’exploitation ;
encadrer le contenu des appels d’offres d’entretien en estimant les coûts de nettoyage ou de consommation énergétique ;
estimer les coûts en fin de vie et les flux de déchets ;
réaliser des analyses économiques spécifiques au projet, calculer des bénéfices ;
répartir et affecter des flux monétaires à des acteurs individuels (propriétaires, locataires) ;
appliquer des méthodes d’évaluation (investissements nécessaires…).

Définition des objectifs

et du champ de l’étude

Afin de ne pas créer de confusion, la norme définit les 70 termes utilisés dans la démarche. La méthodologie est décrite dans des processus décomposés en tâches qui déterminent les actions à lancer afin de collecter les bonnes informations (voir tableau ci-dessous).

Périmètre de l’étude

L’évaluation a pour objet le bâtiment dans son ensemble, y compris ses fondations et les ouvrages extérieurs situés dans le périmètre de la parcelle. Tous les montants engagés doivent être consignés dans le rapport. Cela inclut les coûts liés à la parcelle et au bâtiment tout au long des phases de pré-utilisation (conception, construction), utilisation (maintenance, gestion, entretien) et fin de vie (démolition, déconstruction). Mais aussi les recettes associées, comme celles des ressources renouvelables intégrées au bâtiment. Le bâtiment atteint sa fin de vie quand tous les matériaux ont été évacués et que la parcelle est prête à être réutilisée.

Plusieurs scénarios

Les évaluations sont multiples et établies à partir de scénarios choisis pour être réalistes et conformes aux exigences techniques actuelles. Leur comparaison permet d’opérer les meilleurs choix dès la conception. Les scénarios varient selon les trois phases identifiées du projet : pré-utilisation, utilisation, fin de vie. Pour chacune, les frontières définissant les coûts qui doivent ou ne doivent pas être pris en compte sont détaillées très précisément.

Pré-utilisation

La phase de pré-utilisation traite de la préconstruction et comprend les nombreux coûts liés à la planification, au foncier et aux honoraires du projet. Elle inclut aussi les coûts de fabrication des produits, en intégrant minutieusement les processus d’élimination (« du berceau à la tombe ») pour les matériaux et services utilisés, les coûts de la construction du départ de l’usine des produits jusqu’à l’exécution pratique des travaux et les coûts de la réalisation du chantier.

Utilisation

La phase d’utilisation couvre la période allant de la fin des travaux de construction (réception) jusqu’à la déconstruction-démolition. Elle inclut tous les coûts liés à l’utilisation et à la maintenance (gestion, inspection, réparation, remplacement et réhabilitation), ainsi qu’à ses équipements et consommables (chauffage, climatisation, éclairage, eau, ascenseurs et escalators, nettoyage).

Fin de vie

La phase de fin de vie commence dès que le bâtiment est désaffecté ou n’est plus utilisé. Elle comprend trois modules. D’abord, la déconstruction, avec le démantèlement ou la démolition du bâtiment et le tri initial des matériaux sur site. Ensuite, le transport des matériaux pour assurer leur traitement (recyclage ou élimination). Enfin, l’élimination des déchets non-recyclables et la gestion du site.
La démolition ou la déconstruction sont considérées comme des processus à multidébouchés, assurant une source de matériaux, de produits et d’éléments de construction à éliminer, à valoriser par recyclage ou à réutiliser. Les scénarios de fin de vie doivent toujours reposer sur des processus dont la viabilité économique et technique a été prouvée.

Période prise en compte

L’évaluation porte sur une période de référence choisie pour le calcul de toute la durée de vie requise. Même si cette période de référence peut être différente de la durée de vie requise, l’évaluation s’appuiera toujours sur le cycle de vie global du bâtiment, y compris sa fin de vie.
Si la période de référence pour le calcul est inférieure à la durée de vie requise, les coûts en fin de vie sont calculés puis actualisés en fin de vie requise.
Si la période de référence est supérieure à la durée de vie requise, des scénarios de réhabilitation ou de démolition-construction d’un bâtiment neuf équivalent devront être proposés. Ils permettront d’étendre la durée de vie pour qu’elle soit égale ou supérieure à la période de référence pour le calcul.
L’évaluation économique doit inclure la totalité des coûts et revenus générés aussi bien pendant la durée de vie réelle requise du bâtiment que durant l’extension de sa durée de vie. 

Le contexte

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ENCADRE

Objectifs et champ de l’étude de coût global

ENCADRE

Plusieurs normes détaillent les différents aspects méthodologiques de l’approche par coût global (ACG) applicable aux ouvrages de construction :

EN 15804 + A1 définit les règles régissant les produits de construction.
EN 15978 propose une méthode de calcul pour évaluer la performance environnementale des bâtiments.
EN 15643 encadre en quatre parties les performances environnementales et sociales du bâtiment dans sa contribution au développement durable :

– partie 1 : méthodologie générale ;

– partie 2 : évaluation des performances environnementales ;
– partie 3 : évaluation de la performance sociale ;
– partie 4 : évaluation de la performance économique.

ISO/DIS 15686 décrit les objectifs, méthodologie et principes d’application pour un calcul du coût global.
EN 16627 spécifie au niveau européen les méthodes de calcul fondées sur l’approche en coût global (ACG ou LCC, Life Cycle Cost) et détaille les informations économiques quantifiées pour évaluer la performance d’un bâtiment.

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